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Sarthe. Apprentissage : « Il y a une dynamique régionale »... |
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Joël Fourny, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat France. © ©shehanhanwellage
Joël Fourny, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat France et président régional, se réjouit des chiffres de l’apprentissage en 2020 avec 495 000 contrats signés en entreprise. Il évoque aussi une « dynamique régionale » dans les Pays de la Loire.
« Le Maine Libre » : Elisabeth Borne, la ministre du Travail, annonce un record historique du nombre d’apprentis en France ? Qu’en est-il dans les CFA des chambres de métiers ?
Joël Fourny : « Oui, nous constatons les mêmes évolutions. Dans les Pays de la Loire, par exemple, nous enregistrons une augmentation de +10 % du nombre d’apprentis à la rentrée 2020-2021, et au niveau national, nous sommes en augmentation de +4 %, sachant que notre secteur de l’artisanat est déjà très engagé dans la formation par l’apprentissage depuis très longtemps. Cela veut dire que, même dans une période de crise et de difficulté, les entreprises ont continué à former et à s’engager sur la formation par l’apprentissage. C’est une bonne nouvelle ».
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Cette augmentation est en partie liée aux aides gouvernementales.
« Ces financements complémentaires, dans le cadre du plan de relance, ont en effet permis aux entreprises de continuer à s’engager. 5 000 € pour un mineur et 8 000 € pour un majeur, ce sont des aides très importantes. Dans nos CFA, et dans les entreprises artisanales, on constate notamment une augmentation de 20 % de contrats d’apprentissage pour les majeurs. On voit que cela a été une opportunité pour certaines entreprises et c’est très bien ».
Quels sont les secteurs fragilisés par la crise actuellement ?
« La partie hôtellerie-restauration, service en salle, sont des secteurs en grande difficulté actuellement avec la crise sanitaire et on a eu moins de jeunes que les années précédentes. Mais, je reste optimiste pour l’avenir car c’est un secteur qui aura besoin énormément de main-d’œuvre dès que nous aurons une visibilité plus précise. Un autre secteur est en léger tassement, c’est celui de la coiffure, sans doute aussi parce qu’il a attiré beaucoup de jeunes. C’est une profession qui a énormément formé ces dernières années. À l’opposé, on constate un regain d’intérêt pour le secteur de la mécanique cette année ».
Vous êtes aussi président de la chambre régionale des métiers. Combien d’apprentis sont formés dans les Pays de la Loire ?
« Nous avons 6 900 apprenants au sein des CFA dans la région. 6 300 apprentis et 600 contrats de professionnalisation. 93 % des apprentis qui sont passés dans nos centres de formation se disent extrêmement satisfaits. C’est important pour l’image de nos centres de formation. Au-delà , nous atteignons des taux de réussite de 96 %. Et parmi ces jeunes, entre 82 et 83 % d’entre eux trouvent un emploi moins de sept mois après l’obtention de leur diplôme. Tous ces résultats sont aussi la conséquence de l’engagement de la région des Pays de la Loire qui a porté une attention particulière sur l’apprentissage avec des mesures bien adaptées sous la volonté de la présidente Christelle Morançais. Cela porte ses fruits aujourd’hui. Il y a eu une dynamique régionale ».
Vous ne cachez pas votre satisfaction alors que le contexte semblait plutôt difficile
« On avait beaucoup d’inquiétudes avant la rentrée. On était sur des prévisions entre -5 et -10 % d’inscriptions alors que nous sommes à + 10 %, sachant que l’on permet des inscriptions tout au long de l’année ».
L’apprentissage se porte donc plutôt bien ?
« Il y a une prise de conscience du consommateur pour qui l’économie de proximité a une importance particulière désormais. On avait oublié qu’autour de nous, il y avait des entreprises artisanales bien présentes. On a pris le temps de regarder autour de nous et, du coup, on porte un intérêt sur ces entreprises et ces artisans. On va avoir d’autres comportements de consommation avec le « made in France », le consommer local, etc... Ce sont des éléments extrêmement positifs pour valoriser l’artisanat et donner envie aux jeunes de se lancer dans ces formations et ces métiers ».
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L’image de l’artisanat est en train de changer ?
« On ne communiquait pas. On avait une mauvaise image. Certes, il y avait un savoir-faire mais on ne parlait pas d’innovation, de recherche, de nouvelles technologies, etc... Aujourd’hui, il y a un effort de communication important. Il y a des parcours exemplaires qu’il faut partager auprès des jeunes. Là où certains métiers avaient plutôt une mauvaise image, on sent que la vision change. C’est aussi un secteur très résilient. Dans la période de crise, des entreprises ont réussi à reprendre de l’activité très vite dès que c’était possible. Il y a une capacité de rebond et d’adaptation très important dans l’artisanat. Il faut montrer tout cela aux jeunes. En outre, un certain nombre d’entreprises artisanales vont être à céder dans les prochaines années. Il y a donc là aussi des perspectives d’avenir pour les jeunes ».
Serge DANILO
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