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Sablé-sur-Sarthe. Deux ans après avoir frôlé la mort, Philippe revit avec son camion à pizzas... |
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Philippe Barbaud aux fourneaux dans son camion à pizzas, jeudi 23 septembre 2021, à Parcé-sur-Sarthe. © Ouest-France
Grièvement brûlé en octobre 2019 par une explosion qui l’a plongé dans le coma, le Parcéen Philippe Barbaud reprend son activité de pizzaïolo ambulant après deux ans de convalescence. Il est ce vendredi 24 septembre 2021 à Sablé-sur-Sarthe.
« Vous ne pouvez même pas imaginer le plaisir que c’est… » Depuis une semaine, Philippe Barbaud remet la main à la pâte dans son camion à pizzas. Et il savoure. Il faut dire que ce cuistot ambulant revient de loin. Il y a près de deux ans, il a frôlé la mort. De très près. C’était le 13 octobre 2019, dans son « labo », ce garage aménagé à Parcé-sur-Sarthe où il prépare ses ingrédients. Ce jour-là , la faucheuse avait pris la forme d’une déflagration, générée par une rarissime fuite du gaz réfrigérant d’un de ses gros frigos.
« Je suis rentré pour cuisiner. Comme d’habitude, j’ai allumé mon réchaud. Là , une boule de feu s’est formée et m’est passée dessus, raconte-t-il. J’ai eu de la chance de rester debout. J’ai pu sortir dans la rue et arrêter une voiture. Une infirmière était au volant. C’est elle qui a prévenu les secours. »
Six semaines de coma, deux arrêts cardiaques
Le pizzaïolo est transporté en hélicoptère et admis au service des grands brûlés de l’hôpital Trousseau, à Tours (Indre-et-Loire). Ses bras et son dos sont brûlés au troisième degré. Son visage, ses jambes et son torse ont aussi été touchés. Il est plongé dans le coma. Il y reste six semaines, durant lesquelles il survit à deux arrêts cardiaques.
Au réveil, il n’arrive plus à se redresser dans son lit, à parler, à marcher. « J’ai passé six mois au centre de rééducation Bel-Air à La Membrolle-sur-Choisille, en Indre-et-Loire. Il a fallu tout réapprendre », se remémore-t-il. Aujourd’hui, il fait encore trois séances de kiné par semaine. Pour favoriser la cicatrisation sur son torse et ses bras, il continue à porter jour et nuit des vêtements compressifs. Sa « petite carapace » comme il l’appelle.
Durant sa convalescence, l’homme de 59 ans a pu compter sur le soutien de sa famille. Un objectif l’a aussi fait tenir : reprendre son activité. « J’ai encore trois-quatre ans à travailler », calcule-t-il humblement. Ce Saumurois d’origine est arrivé à Parcé en 1993. Il a d’abord tenu l’épicerie de la commune avant d’intégrer la cuisine centrale de Sablé-sur-Sarthe puis de se lancer dans les pizzas en 2006 sous le nom de « Pizz’à gogo », trouvé par sa fille.
« Les clients sont contents de me revoir »
Le feu vert des médecins est arrivé juste avant l’été 2021. « Je travaille trois jours par semaine. Jeudi à Parcé, vendredi à Sablé et samedi à Précigné. C’est un mi-temps thérapeutique pour six mois. Ensuite, c’est la Sécu qui décidera », résume Philippe Barbaud. Il espère pouvoir revenir à terme à temps complet mais reste prudent. « Il ne faut pas trop tirer sur la corde », remarque-t-il.
Sa reprise après 23 mois d’arrêt forcé, en fin de semaine dernière, a été éprouvante physiquement. « Entre jeudi et samedi, j’ai perdu trois kilos, confesse-t-il. Je pense qu’il me faudra trois semaines pour retrouver le rythme. » Moralement, en revanche, c’est une renaissance. « Les clients sont contents de me revoir. Et c’est réciproque », glisse le pizzaïolo, qui s’estime heureux d’avoir survécu. « Ce n’était pas mon heure. Il faut savoir en profiter… »