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Résurrection artistique pour le chemin de croix de cette église... |
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Le chemin de croix restauré. © Le Maine Libre
L’église Saint-Pierre d’Avezé (Sarthe) abrite un trésor artistique discret mais d’un grand intérêt patrimonial. Quatorze tableaux représentant les stations du chemin de croix ont été restaurés.
Ces œuvres, réalisées en 1945 dans un contexte de renouveau de l’art sacré, portent la marque d’une époque soucieuse de conjuguer profondeur spirituelle et qualité plastique. Inspirés par la volonté de donner un nouvel élan au patrimoine religieux après des décennies d’austérité, ces tableaux témoignent du raffinement de la polychromie et d’une recherche esthétique sensible.
Souscription de la Fondation du patrimoine
Si leur origine exacte reste à ce jour sujette à investigation, des indices sont dans les archives de la ville de Paris. Au fil des années, ces œuvres ont subi les outrages du temps : fissures, écaillements, altération des couleurs et décollement du plâtre en surface menaçaient leur pérennité.
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Consciente de la valeur inestimable de ce patrimoine, la municipalité d’Avezé s’est mobilisée, soutenue par l’Association de sauvegarde du patrimoine d’Avezé (ASPA), la Fondation du patrimoine et les instances publiques. La réussite de cette restauration résulte d’une dynamique locale : bénévoles, associations, donateurs et institutions publiques ont uni leurs efforts pour sauvegarder ce pan de mémoire collective.
Grâce à la souscription lancée avec la Fondation du patrimoine, les habitants ont pu s’impliquer concrètement dans la transmission de leur héritage, bénéficiant de dispositifs de défiscalisation attractifs.
Une restauration pas à pas
Au centre de cette renaissance artistique se trouve Valérie Thuleau, artiste peintre et restauratrice d’art reconnue pour sa rigueur et sa sensibilité. Son approche méthodique et respectueuse a permis de redonner vie aux 14 tableaux tout en préservant l’authenticité de chaque station. « Le chantier a débuté par un diagnostic précis de l’état des œuvres », explique Valérie Thuleau qui s’est attachée à identifier avec minutie les altérations structurelles et chromatiques. « Un fixage minutieux de la polychromie écaillée a ensuite été réalisé, chaque zone fragile étant stabilisée au pinceau pour éviter toute perte de matière originale », ajoute la restauratrice. Elle a ensuite procédé à un nettoyage en profondeur, éliminant les résidus et les anciennes couches de vernis ternies par le temps.
Une restauration pour restaurer le travail originel
Les comblements des zones lacunaires et la consolidation des supports ont nécessité l’utilisation de résines spécifiques, garantes d’une cohésion durable sans alourdir les structures. Les angles manquants ont été reconstitués, les mortaises disparues restituées, et les fragments cassés recollés avec une patience d’orfèvre.
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Pour les interventions picturales, Valérie Thuleau a privilégié des peintures acryliques réversibles, permettant de futures restaurations dans le respect des œuvres. « J’ai apporté un soin particulier à la restitution du faux bois sur les cadres, chaque détail étant scruté et ravivé pour retrouver la finesse du travail originel », confie l’experte.
Aujourd’hui, les 14 stations du chemin de croix rayonnent à nouveau dans l’église Saint-Pierre. Cette résurrection artistique, rendue possible par la science et la passion de Valérie Thuleau, incarne l’attachement profond de la commune au patrimoine et son désir de le transmettre intact aux générations futures.