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REPORTAGE. À Vierzon, habitants et commerçants partagés sur le couvre-feu à 18 h... |
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Corinne Perriault, du salon L’Coif, à Vierzon (Cher), se dit prête pour « un nouveau confinement court. Au moins on en connaît les effets ». © Ouest-France
Le département du Cher fait partie des huit nouveaux qui vont appliquer le couvre-feu à compter du dimanche 10 janvier. Cette mesure est déjà en vigueur dans quinze départements de l’est de la France.
« Je ne vois pas quel impact fort ça pourrait avoir ! » Martial Goncalves est « très dubitatif » sur le choix d’avancer le couvre-feu de 20 h à 18 h. Comme beaucoup à Vierzon, ville de 26 000 habitants, le chauffeur de bus attendait samedi 9 janvier une décision de la préfecture du Cher. La mesure était discutée depuis plusieurs jours dans ce département où le virus circule beaucoup. Et « une majorité d’élus locaux avait fait connaître leur opposition ».
Mais « avec un taux d’incidence de 243,60 pour 100 000 habitants et un taux de positivité de 10,80 %, la situation sanitaire du Cher demeure extrêmement préoccupante » , a justifié samedi la préfecture, dans un communiqué annonçant le couvre-feu anticipé à compter du dimanche 10 janvier.
« Un impact sur les commerçants »
En vertu de l’arrêté préfectoral, les règles du couvre-feu à 20 h s’appliquent à partir de 18 h et jusqu’à 6 h du matin, avec les mêmes dérogations. Un parent pourra ainsi aller chercher son enfant à la crèche ou à l’école après une activité périscolaire. Salariés ou lycéens terminant tard pourront rentrer chez eux pendant le couvre-feu. Mais les activités extrascolaires (sport et loisirs) s’arrêteront à 18 h. Les commerces fermeront aussi à cette heure, seules les livraisons restant possibles.
« Cela va compliquer la vie des gens qui travaillent, regrette Joëlle Rouzeau, sortant d’une supérette du centre-ville. Ils vont devoir courir pour faire des courses. S’agglutiner dans les magasins le midi ou le samedi. L’effet recherché risque d’être vite annulé. » Sac de provisions à la main, Joël Thognard acquiesce. « Je ne vois pas ce que ça peut changer sur l’épidémie. Mais ça va avoir un impact sur les commerçants. »
« La fermeture à 18 h va peser »
Pour ceux du cœur de Vierzon, « la fermeture à 18 h va peser, lâche Ange Kone, derrière la caisse de son épicerie de produits exotiques, ouverte d’ordinaire jusqu’à 20 h. On réalise l’essentiel de notre chiffre d’affaires en fin de journée. Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps ». Ce qu’espère aussi Valérie Thiébault, patronne du bar-tabac La Civette. « On subit, mais notre région est particulièrement touchée. »
Même si elle aussi n’est pas « persuadée de l’impact » d’un couvre-feu avancé, elle relativise : « Mieux vaut baisser le rideau à 18 h, qu’un nouveau confinement… Je pense aux commerçants obligés alors de fermer. » Le mois de janvier « n’est heureusement pas le plus fort de l’année », estime aussi Isabelle Duchaussoy, responsable de la librairie d’un espace culturel Leclerc, situé dans la même avenue de la République.
« Il faudra trouver des solutions »
« C’est plus calme le soir, relève aussi le boulanger, Rachid Benmoussa. De toute façon, il faut agir contre le Covid ». Il est « d’accord » avec la décision du préfet. Plus loin, au salon L’Coif, Corinne Perriault s’interroge : « Ça ne va pas être simple avec les prises de rendez-vous… Il faudra trouver des solutions sur des créneaux du midi, dit-elle, inquiète de l’évolution de l’épidémie. Nous étions en fait prêts à un nouveau confinement court. Au moins on en connaît les effets. Ça va peut-être arriver… »
Ce que n’exclut pas Michel Autissier, le président LR du conseil départemental du Cher. « En tant que médecin, je suis plutôt favorable à l’extension du couvre-feu. Même si son incidence semble faible, mathématiquement, cela peut réduire la propagation du virus », note-t-il, disant aussi comprendre l’opposition d’une majorité d’élus à cette mesure en raison de l’impact sur l’économie.Mais Michel Autissier y voit en fait une mesure intermédiaire. « La vaccination ne portera pas ses fruits avant deux mois. Au regard des chiffres sur la circulation du virus, un nouveau confinement peut être annoncé d’ici-là. »