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Procès des empoisonneuses inspirées de Netflix en Vendée : 20 ans réclusion criminelle requis contre les deux accusées... |
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L’avocate générale a pris ses réquisitions, ce vendredi 27 mars 2026 (photo d’illustration). © Franck Dubray, Ouest France
Dernier jour du procès d’Amélie Debruyne et Carole Decreton, accusées d’avoir empoisonné Enrique Bonte en s’inspirant de séries Netflix, devant la cour d’assises de la Vendée. Ce vendredi 27 mars, Sarah Huet, l’avocate générale, a requis 20 ans de réclusion criminelle contre les deux accusées. Avant que les avocats de la défense ne dénoncent un manque « d’individualisation de la peine ».
C’est un projet criminel macabre construit par un couple mère fille
, pose Sarah Huet, l’avocate générale. Le procès d’Amélie Debruyne, 37 ans, et Carole Decreton, 62 ans, touche à sa fin devant la cour d’assises de la Vendée ce vendredi 27 mars.
Les deux femmes, accusées d’avoir empoisonné Enrique Bonte pendant plus d’un an en s’inspirant de séries Netflix, ont vu leur peine requise par le ministère public. La même peine. Vingt ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers. Et un suivi socio judiciaire de sept ans, avec obligation de soins et interdiction d’entrer en contact avec Enrique Bonte, sous peine de repartir cinq ans en détention.
La répartition des tâches entre la mère et la fille
David Poitier, l’avocat d’Enrique Bonte, a d’abord porté la voix de son client. Un survivant. Comment on se reconstruit de ça ? On lui a retiré l’amour, la confiance, il n’imagine même plus une relation sentimentale. Il se force encore aujourd’hui, chez sa mère, à ne plus vider l’eau du café
, plaide la robe noire. Mon client, ce qu’il veut, c’est ne plus en entendre parler. Partir. Et qu’il soit interdit à madame le plus longtemps possible de reprendre contact avec lui.
Dans de longues réquisitions, Sarah Huet s’est ensuite attachée à démontrer la culpabilité des accusées. Cette volonté de tuer qui transpire du mode opératoire et de leurs déclarations
. Cette répartition des tâches. L’une broie les poisons. L’autre les administre. Cette manière, aussi, d’associer le fils d’Amélie Debruyne, 12 ans, à ce projet en le mettant dans la confidence. Ces tests sur le chien pour vérifier la nocivité des produits qu’elles savaient mortels.
Surtout, elle a remis en perspective la posture des deux accusées. Une mère qui n’a pas arrêté sa fille, voire qui l’a poussé à trouver une solution pour se débarrasser de son conjoint. Et cette femme, « manipulatrice »
, qui s’est toujours posée en victime d’un conjoint violent sans que rien ne vienne le démontrer. Tout ça pour quoi ? L’argent. Le mobile financier est prégnant. Amélie Debruyne n’a pas hésité à laisser ses grands-parents à l’Ehpad sans le sou
, rappelle Sarah Huet. Elle dénonce leur absence de remise en question et estime que les soins devront être longs
.
« Aller au-delà de la paresseuse évidence »
En défense, Meriem Abkoui, l’avocate d’Amélie Debruye martèle l’existence d’un contexte de violences conjugales
. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les assistants sociaux venus à la rencontre du couple
, tranche-t-elle. Elle rappelle les procédures ouvertes et les certificats médicaux de sa cliente. Avant de s’appuyer sur la fragilité de sa cliente. Elle a trouvé dans la fiction une solution à une réalité qu’elle ne pouvait pas gérer. Aujourd’hui, elle a entamé des soins. Elle a cheminé. Vous devez le prendre en compte.
Quand Morgan Lepinay, l’avocat de Carole Decreton, cherche à apporter de la nuance dans ce dossier. Cette audience m’a laissé le sentiment de l’évidence. On a une victime abîmée, sincère, authentique et des accusées manipulatrices. Mais votre rôle c’est d’aller au-delà de la paresseuse évidence.
Il décrit la mécanique dans laquelle cette mère, qui a déjà perdu un enfant, était enfermée. Le plus grand reproche qu’on peut lui faire, c’est de ne pas avoir protégé sa fille. Elle aurait dû dire non. Mais à 62 ans, elle n’est pas dangereuse. Laissez-lui un espoir d’un bout de vie en dehors de la prison.
Le verdict sera rendu en fin de journée.