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POINT DE VUE. Une pierre dans le jardin chinois... |
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La Première ministre sortante du Japon, la très nationaliste Sanae Takaichi, a remporté une victoire triomphale dimanche. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la Chine. FRANCK ROBICHON © via REUTERS
La victoire de Sanae Takaichi au Japon est une pierre lancée dans le jardin de Xi Jinping. De même, les remaniements permanents qui caractérisent le parti chinois à tous les niveaux depuis 2012, année de son arrivée au pouvoir, reflètent une certaine nervosité, analyse Philippe Le Corre, professeur de géopolitique et d’études asiatiques à l’Essec.
La victoire écrasante dimanche du parti de Sanae Takaichi (PLD) aux élections législatives japonaises (316 sièges sur 465) n’est pas une bonne nouvelle pour la Chine qui avait stigmatisé la déclaration de Mme Takaichi devant la Diète, en novembre. La Première ministre conservatrice avait laissé entendre que le Japon ne resterait pas inerte en cas d’intervention de l’armée chinoise contre son voisin, Taïwan. Un diplomate chinois basé à Osaka du nom de Xue Jian avait même proféré des menaces physiques contre Mme Takaichi.
Tout cela a incité de nombreux Japonais à voter pour elle. Résultat, le Japon et Taïwan ressortent renforcés de l’épisode et Pékin apparaît comme celui qui a extrapolé, voire fait monter les enchères pour des raisons de politique intérieure.
Car tout ne va pas pour le mieux au sein des élites chinoises si l’on en juge par la succession de purges au sommet de l’Armée populaire de libération (APL). Le vice-président de la commission militaire centrale, le général Zhang Youxia, et son bras droit le général Liu Zhenli, ont été démis de leurs fonctions pour avoir dévié de la ligne directrice imposée par Xi Jinping – à la tête du parti communiste (PCC) et de l’armée.
De folles rumeurs ont circulé ces dernières semaines sur les règlements de compte au sommet du pouvoir, mais il faut rappeler que ce ne sont pas les premières purges dans l’armée : plusieurs dizaines de généraux ont été écartés depuis 2013 pour motifs politiques ou « corruption ».
Prête à envahir Taïwan en 2027
Or le général Zhang n’est pas de ce bois-là  : âgé de 75 ans, plus haut gradé de l’APL bénéficiant d’une expérience militaire de terrain, il jouissait d’une relation privilégiée – y compris sur le plan familial – avec Xi Jinping. L’explication la plus plausible semble liée à Taïwan, le secrétaire général du parti ayant donné des objectifs à la hiérarchie militaire pour la prise éventuelle de l’île autonome, située à 160 km des côtes chinoises. L’APL se doit d’être « opérationnellement prête » en 2027.
Or cette même armée, dont on a pu observer les moyens considérables lors du défilé militaire de septembre 2025, n’a guère l’expérience de combat que peuvent avoir certaines grandes puissances, à commencer par les États-Unis. Que se passerait-il en cas de conflit dans le détroit de Taïwan ? Rien n’est moins sûr. Mais on peut être certain que Xi Jinping, à dix-huit mois environ du 21e congrès du PCC, fera tout pour avancer ses pions, y compris face à Donald Trump lors de la visite de ce dernier à Pékin en avril.
En cela, la victoire de Sanae Takaichi est une pierre lancée dans le jardin de Xi Jinping. De même, les remaniements permanents qui caractérisent le parti à tous les niveaux depuis 2012, année de son arrivée au pouvoir, reflètent une certaine nervosité – comme le remplacement annoncé de 40 % des cadres provinciaux d’ici 2027, avec un focus sur les formations d’ingénieurs, d’économistes ou d’administrateurs si l’on en croit le sinologue Wu Guoguang. La politique chinoise n’est pas un long fleuve tranquille.