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Pays fléchois. Des centrales photovoltaïques en projet à Bazouges et à Crosmières... |
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Les rangées de panneaux photovoltaïques seront alignées au sol. © Archives Le Maine Libre – Hervé PETITBON
Deux demandes de permis de construire, déposées en mars et en juin 2021, sont en cours d’instruction pour un projet double situé sur les hauteurs de Bazouges-sur-le-Loir et à Crosmières en bordure de la route de Durtal. Les parcs solaires s’étendraient sur 7,4 ha et 6,6 hectares.
Deux autres projets sont en gestation. Basés sur les communes de Bazouges-sur-le-Loir et de Crosmières, ils sont portés par la même entreprise, JP Énergie – Environnement.
Les dossiers sont en cours d’instruction à la préfecture de la Sarthe.
7,4 hectares aux Richottières
La demande de permis de construire concernant le site bazougeois a été déposée le 24 mars 2021. La zone convoitée par JPEE est située près du lieu-dit Les Richottières sur la route menant à Crosmières. Il s’agit plus précisément d’une parcelle d’une dizaine d’hectares sur laquelle avaient été aménagées des pistes d’entraînement pour chevaux de course.
La centrale photovoltaïque occupera 7,4 hectares. On ne travaille que sur la partie sud et il y aura une zone tampon de dix mètres entre le site et la route
indique Pierrick Rouault, chef de projets photovoltaïque chez JP Énergie – Environnement. Le dossier à l’instruction prévoit l’implantation des panneaux solaires au sein du plus petit des deux anneaux équestres. L’espace est actuellement occupé par des bosquets et par une prairie Les arbres qui se trouvent en périphérie de l’anneau seront préservés
précise Pierrick Rouault.

Pierrick Rouault, chef de projets solaires au sein de JP Énergie Environnement. Le Maine Libre
Plan d’urbanisme à modifier
Une des conditions pour que le parc solaire voie le jour sera de modifier le plan local d’urbanisme car le terrain ciblé est actuellement classé en Zone agricole, ce qui rend impossible une artificialisation des terres.
Les panneaux solaires seront disposés sur des structures porteuses de type armatures métalliques. La partie haute des rangées culminera à 3,30 m et la partie basse des panneaux sera à 80 cm du sol.
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Trois petits bâtiments abritant des postes de transformation électrique et un poste de livraison seront construits.
Le site des Richottières affichera une puissance de 7,3 mégawatts-crête (MWc). Soit une production de 7 800 mégawatts par heure. Ce qui couvre les besoins de 3 730 habitants avec chauffage ou 7 300 habitants sans chauffage
indique Pierrick Rouault.
6,6 hectares à La Poterie
À vol d’oiseau, c’est à 1,5 km des Richottières qu’est projeté le second parc photovoltaïque. L’emplacement est situé sur la commune de Crosmières à proximité du lieu-dit La Poterie, en bordure de la route de Durtal.

À Crosmières, le parc photovoltaïque pourrait voir le jour en lieu et place de cette peupleraie. Le Maine Libre
Sur les 19 hectares visés initialement, seuls 6,6 ha seront exploités. La parcelle est actuellement peuplée de peupliers de régénération. Une autorisation de défrichement a été adossée à la demande de permis de construire. Le dossier a été déposé le 16 juin.
On est sur des parcelles à faible valeur agronomique, c’est de la fiche arborée
affirme le chargé de projets. Là aussi, une modification du PLUi sera nécessaire pour rendre possible la construction d’équipement de production d’énergies renouvelables.
Des haies pour barrière visuelle
La puissance du site sera de 7 MWc. Comme à Bazouges, JPEE dit travailler à la meilleure intégration paysagère possible. Notre stratégie est de conserver la végétation périphérique. Les haies naturelles seront conservées et complétées
. Elles constitueront un masque visuel dense
.
Deux postes de transformation et un poste de livraison seront implantés.
Pour les deux sites, le raccordement électrique au poste source d’Enedis (situé route de Sablé à La Flèche) se fera via un réseau souterrain.
La Poterie et Les Richottières appartiennent au même propriétaire foncier. Si le projet était validé, un bail de 30 ans sera conclu entre la famille Benoist et la société JP Énergie – Environnement.
Enquêtes publiques à venir
Si les dossiers ont été déposés dans les mairies de Bazouges et de Crosmières, leur instruction se fait en préfecture. Les demandes d’autorisation d’urbanisme concernant les centrales photovoltaïques au sol relèvent de la compétence de l’État. La direction départementale des territoires est en charge de leur instruction
indique la préfecture de la Sarthe.
Le public pourra prendre connaissance des projets, et faire des observations, lors des enquêtes publiques.
Après prise en considération du résultat de l’enquête publique (rapport du commissaire enquêteur), de la consultation de la commission départementale de préservation de la nature, des paysages et des sites, l’aboutissement de la procédure se traduit par une décision du préfet par arrêté préfectoral
poursuit la préfecture.
En cas de réponse positive, JPEE devra ensuite finaliser son business plan et son montage financier, se raccorder au réseau Enedis et aménager les centrales solaires.
Dans le plus optimiste des scénarios, les parcs photovoltaïques de Bazouges et Crosmières pourraient voir le jour en 2023.
Inquiétude des riverains
Sur le site de Crosmières, c’est du côté du château de La Bouillerie que la contestation se fait jour.
Tout projet qui contribue à la lutte contre le réchauffement climatique ne peut que rencontrer l’adhésion a priori. Pour autant, cela ne justifie pas de sacrifier la beauté d’un site apprécié des habitants et des visiteurs et que les riverains et les élus s’efforcent de valoriser depuis plusieurs années
affirme en préambule Anne Bretel avant d’expliciter ses craintes.
La parcelle visée par ce projet est longée par un chemin pédestre dont les riverains ont concédé à la commune le passage pour permettre aux promeneurs de rejoindre l’Argance. Nous craignons que l’impact, visuel notamment, de cette très importante installation ne détruise la beauté d’un site dont la fréquentation va croissant
.

Les propriétaires du château de La Bouillerie, à Crosmières, craignent une covisibilité avec le parc solaire. Archives Le Maine Libre
Anne Bretel poursuit : Par ailleurs, l’attraction du domaine de la Bouillerie, site classé et ouvert à la visite au public, sera certainement affectée par une dégradation du paysage. L’implantation végétale envisagée ne permettra pas d’occulter le parc photovoltaïque dont il faut rappeler la superficie gigantesque de 66 000 m². Peut-être qu’une solution alternative dans un environnement moins valorisé serait une voie de compromis à étudier, mais notre proposition d’échange pour une autre parcelle du domaine n’a pas semblé retenir l’attention…
.
Préservation d’une zone agricole
À Bazouges aussi le voisinage du futur parc solaire rue dans les brancards. Via des courriers adressés à la préfecture, aux maires du Pays fléchois et à la Chambre d’agriculture, une riveraine fait part de son inquiétude
et de sa stupéfaction
. Manuela Goupil évoque les dégâts écologiques et environnementaux d’un tel projet
. Elle regrette la transformation d’un site équestre en un parc photovoltaïque. Même si ce genre de projet est louable et va dans le sens de la transition énergétique, le « à tout prix » est-il raisonnable ? ».

Les riverains du lieu-dit Les Richottières, à Bazouges-sur-le-Loir, s’indignent de la disparition du site équestre. Le Maine Libre
Elle ajoute : N’existe-t-il par d’autres lieux pour ce type de projet que des terres agricoles ?
.
La préfecture de la Sarthe se borne à lui répondre :La demande de permis de construire sera soumise à enquête publique en phase finale d’instruction. Il vous sera possible, lors de cette procédure, de vous exprimer sur le sujet, à l’appui du dossier d’instruction complet et des avis reçus ».