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Nuit des Chimères. Les portraits des « héros du confinement » illuminent le Vieux Mans... |
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Le spectacle polychrome créé par Skertzo et les projections végétales de l’artiste urbain Philippe Écharoux ont illuminé le Vieux Mans lors de la soirée d’inauguration, vendredi. © Dominique Breugnot photographer
Ils sont aides-soignants, éboueurs, boulangers… L’artiste urbain Philippe Écharoux a photographié les « héros du confinement » manceaux. Des portraits lumineux à découvrir sur les arbres du Vieux Mans, tout l’été, pour la Nuit des Chimères.
Entretien avec Philippe Écharoux, photographe et artiste urbain.
Ce n’est pas votre première projection de portraits… Comment est venue cette idée ?
Spécialisé dans la photographie de portrait, mais aussi street artist, je voulais proposer un art urbain à ma manière. Faire quelque chose qui n’existe pas dans cette mouvance de l’art. Le portrait est déjà un art social, mais j’avais aussi envie d’échanger avec des spectateurs pas forcément intéressés au monde de l’art ou de la photo. J’ai décidé d’utiliser la lumière comme outil, car l’art urbain se veut éphémère. Ça, et le fait de projeter mes photos sur des supports végétaux, ici, au Mans, ne sont pas des hasards : c’est aussi une façon de parler d’écologie de manière détournée. Mon travail a toujours été engagé.
Quand et comment a commencé votre collaboration avec la ville du Mans ?
La municipalité m’a contacté l’an dernier pour me proposer de participer à l’édition 2019 de la Nuit des Chimères. L’idée était de projeter des Manceaux et des Mancelles dans leur environnement, leur ville. Cette année, il y a une petite valeur ajoutée : l’exposition met en lumière les « héros du confinement » manceaux, pour rebondir sur l’actualité. J’aime surprendre les spectateurs en projetant quelque chose qu’ils n’ont jamais vu dans des endroits qui leur sont familiers.
Qui sont ces hommes et ces femmes ?
J’ai photographié, durant une semaine, fin mai, vingt-cinq Manceaux qui ont eu des actions très positives pendant le confinement. Des soignants, notamment le responsable du service réanimation de l’hôpital, mais aussi un boulanger, un pompier, le gérant d’une épicerie, une costumière qui a fait des blouses pour les soignants, un jeune circassien et une prof de biologie qui se sont engagés au sein d’associations caritatives pendant le confinement… Il y a aussi un éboueur, que j’ai choisi de projeter dans un endroit où tout le monde peut le voir car, en temps normal, c’est une profession qui reste dans l’ombre. La mairie les a choisis. Ma seule exigence était que ce panel soit représentatif.
Comment sont choisis les arbres où projeter vos portraits ?
Stratégiquement, de manière à former un parcours cohérent dans le Vieux Mans. La balade dure une à deux heures. Le choix des arbres est fonction des distances de projection. Quel visage sur quel arbre ? C’est la partie la plus fine car elle dépend de la forme de visage des personnes photographiées. Je me refuse absolument à toucher les arbres ! Le support est comme il est, c’est à moi de m’adapter. Enfin, avec l’aide de l’équipe technique, il faut déterminer où placer les projecteurs pour que le portrait se découpe sur l’arbre.
Selon les points de vue, les visages apparaissent ou disparaissent…
C’est le but ! Je veux que les passants soient surpris en passant dans l’axe du projecteur. De près ou de loin, ils voient un arbre éclairé, puis, en se plaçant au bon endroit, un visage apparaît. La méthode s’appelle l’anamorphose : plus l’arbre a du volume, plus il faut se placer dans un angle précis pour voir apparaître le portrait.
Un mot sur la soirée d’inauguration, vendredi 3 juillet ?
Super positif ! Certaines des personnes photographiées étaient présentes, ils étaient amusés de se voir ainsi. D’autres ne se reconnaissent pas du tout parce que le visage est déformé par l’arbre. Pour la soirée d’ouverture, les spectateurs étaient guidés sur un parcours dans la ville. Ce qui est intéressant ensuite, c’est quand ils se baladent au gré des rues et tombent par hasard sur un portrait. C’est une logique d’art urbain : les graffitis, ça se déniche ! Avec mes portraits, j’ai voulu dire aux spectateurs : « J’ai mis des œuvres dans la ville, à vous d’aller les chercher ».