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Municipales 2026 : attention aux réseaux sociaux qui valorisent artificiellement des candidats... |
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La technique de l'"astroturfing" permet aux opérations d'ingérence étrangère de faire émerger artificiellement des candidats sur les réseaux sociaux (illustration) © Corine Monnerie / Ouest-France
SÉRIE « Quand élections riment avec désinformation » [3/5]. Ouest-France analyse et décrypte les différentes techniques de désinformation qui risquent d’apparaître durant la campagne des prochaines élections municipales. Ici, la technique de l’« astroturfing » qui consiste à faire croire à la popularité croissante d’un candidat par manipulation des algorithmes sur les réseaux sociaux.
Les techniques informatiques sont aujourd’hui nombreuses pour faire croire à l’émergence d’une tendance, pour donner du poids à certaines idées, voire à certains partis ou candidats. Le lecteur va avoir l’impression d’une lame de fond alors qu’il s’agit souvent d’une illusion d’optique : une manipulation des algorithmes sur les réseaux sociaux, et parfois l’instrumentalisation d’influenceurs qui donnent une importance artificielle à un message que veut faire passer le commanditaire, qu’il s’agisse d’un parti ou d’une puissance étrangère.
Le candidat roumain inconnu qui a obtenu 23 % des voix
Viginum – le service technique et opérationnel de l’État chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères – a pu décortiquer la façon dont la manipulation s’est invitée dans le débat public à travers l’élection présidentielle roumaine de 2024. Des techniques qui seront sans nul doute dupliquées pour les élections municipales françaises et l’an prochain lors de la présidentielle.
Dans ce cas, il s’agissait de faire monter artificiellement un candidat : Calin Georgescu. Le soir du premier tour, le dimanche 24 novembre 2024, stupéfaction : il obtient 23 % des voix, soit plus de 2 millions de votes. Pourtant, cet inconnu du grand public avait présenté sa candidature en octobre, seulement deux mois auparavant, ne disposait d’aucun budget et recueillait moins de 1 % des intentions de vote un mois avant le scrutin. Sa campagne, il l’a faite quasi-exclusivement en ligne et en particulier sur le réseau social de vidéos TikTok. Il faut savoir qu’en Roumanie, TikTok est très répandu, presque autant que Facebook en France (près de la moitié des Roumains possèdent un compte).
Lire aussi : Avant les municipales, la désinformation pro russe vise les titres de la presse quotidienne régionale
Des notes de renseignement ont permis de voir que des robots (appelés « bots ») avaient massivement relayé de manière artificielle les posts de ce candidat non seulement sur TikTok mais aussi sur Facebook et Instagram. Des influenceurs sur ces réseaux avaient également été payés en sous-main pour relayer ses idées et le faire connaître. De la publicité déguisée et de la manipulation d’algorithme qui ont permis à ce candidat d’émerger de manière « inauthentique » comme le rapporte Viginum.
Résultat : en moins de dix jours, le nombre de vues de son compte TikTok a été multiplié par trois et les mots-clés (ou « hashtag ») associé aux candidats sont devenus soudainement populaires, lui permettant une exposition qu’il n’aurait jamais pu avoir de manière naturelle (croissance dite « organique »). Cette technique, mêlant multiplication de faux commentaires, de posts et de partages se nomme « astroturfing » et nécessite des moyens de coordination inaccessibles pour un simple particulier. Au point que la Cour constitutionnelle roumaine a dû annuler les résultats de l’élection.
Un « astroturfing » repéré également lors des élections en Géorgie et en Moldavie.
Faire croire que l’on est investi par un parti
De manière moins massive et relevant plus de l’initiative individuelle que de l’industrie de la désinformation, on remarque de plus en plus de candidats se revendiquant d’une étiquette ou apposant le logo d’un parti sur les réseaux sociaux. La valse des alliances en France, lors des dernières élections, joue pour beaucoup dans ce phénomène.
Ainsi, en juin 2024 durant les législatives anticipées, une demi-douzaine de candidats « divers » gauche avaient utilisé le logo du Nouveau Front populaire sans être investi par cette coalition de circonstance. Parfois en apposant simplement le logo, parfois en mentionnant « candidat soutenant le Nouveau Front populaire » sans pour autant être investi. Une dizaine d’autres se sont injustement revendiqués de Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron, de Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann ou encore des Verts.
Avec les différentes alliances de circonstance et l’implosion des partis traditionnels, on devrait voir ce genre de problème apparaître à nouveau lors des prochaines municipales. Pas si anodin que cela, lorsque l’on sait que les électeurs peuvent se décider sur le nom d’un parti lorsqu’ils connaissent mal les candidats. Mieux vaut donc aller vérifier sur le site du ministère de l’Intérieur de quelle étiquette est officiellement le candidat pour lequel vous comptez voter.
De fausses enquêtes d’opinion
À mesure que l’on se rapproche des municipales, on voit également fleurir des enquêtes d’opinion qui semblent truquées : l’Ifop a ainsi démenti début février l’existence de deux sondages, à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), où un sondage aurait été commandé par le candidat Reconquête Pierre Piacentini et à Marseille, où le candidat de Marseille pour tous, Erwan Davoux, a publié l’extrait d’un sondage prétendument commandé par Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du département des Bouches-du-Rhône (divers droite).
Cher Monsieur Davoux, ces chiffres sont faux. @IfopOpinion n’a pas réalisé d'enquête publiée à Marseille depuis celle pour @laprovence en décembre 2025. Nous vous remercions de bien vouloir supprimer ce tweet. https://t.co/iNKxwC13sd
— Ifop Opinion (@IfopOpinion) February 5, 2026
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Toute la série «Quand élections riment avec désinformation» :
1. Créer de faux sites internet locaux pour vous tromper
2. Usurper l’identité de vrais médias
3. Valoriser artificiellement des candidats sur les réseaux sociaux [à venir]
4. Diffamer des candidats en faisant circuler des rumeurs [à venir]
5. Décourager les électeurs d’aller voter [à venir]