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Mini-budget, préparatifs express… À La Flèche, comment sont nés les Affranchis, il y a 30 ans ?... |
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La compagnie du Tapis franc, qui participe à la première édition des Affranchis à La Flèche, a aussi cofondé le festival. © Jean-Claude Launey
Les Affranchis ont vu le jour en juillet 1993. La première édition du festival des arts de la rue de La Flèche (Sarthe) a été montée en quelques mois, avec un tout petit budget et beaucoup de bonne volonté.
Les Affranchis vont fêter leurs trente ans, du vendredi 7 au dimanche 9 juillet 2023. Mais comment est né ce festival des arts de la rue qui se tient à La Flèche (Sarthe) depuis désormais trois décennies ?
Remontons à l’été 1991 : Philippe Bilheur, comédien originaire de La Flèche et créateur de la compagnie du Tapis franc, et Jean-René Arnaud, délégué culturel de la Ville, se croisent lors du festival d’Aurillac (Cantal). « Jean-René Arnaud a expliqué que le maire [Guy-Michel Chauveau] avait pour idée d’implanter une compagnie à demeure, rapporte Jean-Rémy Abélard, directeur de l’association socioculturelle du Carroi de 1990 à 2019. L’idée était d’avoir une permanence artistique sur la ville. » C’est ainsi qu’au printemps 1992, le Tapis franc s’établit dans la sous-préfecture sarthoise.
Avant le 14Â juillet
L’idée de monter un festival des arts de la rue naît quelques mois plus tard. Philippe Bilheur et Denis d’Arcangelo, alors comédien de la compagnie du Tapis franc, en discutent entre eux, avant de proposer le projet à Jean-Rémy Abélard, autour d’un verre au Café du commerce, place du Marché-au-Blé. C’est la naissance des Affranchis.

Philippe Bilheur et Jean-Rémy Abélard devant l’affiche de la première édition des Affranchis, qui s’est déroulée en 1993 à La Flèche. Ouest-France
Consulté, le maire Guy-Michel Chauveau conseille d’organiser le festival d’ici le 14 juillet 1993, avant que les Fléchois ne désertent la ville. Il est donc décidé que les Affranchis auront lieu le deuxième week-end de juillet, une date gardée pour toutes les éditions suivantes. Le Carroi, le Tapis franc mais aussi Art Go !, une association de musiques actuelles présidée par Philippe Hautreux, commencent à plancher sur l’événement en mars, seulement quatre mois avant la tenue de celui-ci : « On était un peu fous », rigole l’ex-directeur du Carroi.
Dès le début, un principe est acté : « Le festival se passe dans l’espace public, donc est gratuit. »
« On leur a demandé de jouer à l’œil »
Il faut composer avec un budget plus que modeste : 20 000 francs, soit un peu moins de 5 000 € ! « À l’époque, on était une compagnie phare avec Madame Raymonde [le personnage campé par Denis d’Arcangelo], on connaissait pas mal de compagnies dans le monde de la rue, rappelle Philippe Bilheur. Le Carroi m’a mis un téléphone à disposition et j’ai passé des journées à appeler des copains dont les spectacles me plaisaient. Je me suis retrouvé programmateur sans le vouloir ! »

En 1993, pour la première édition des Affranchis à La Flèche, une douzaine de compagnies répondent présent. Jean-Claude Launey
« On avait souvent joué chez des potes et on en revenait des étoiles plein les yeux. On s’est dit que c’était l’occasion d’offrir quelque chose à la ville et de rendre la pareille à nos amis avec qui on avait démarré », complète Denis d’Arcangelo, joint au téléphone à son domicile parisien. Les artistes « jouent à l’œil », et le festival se charge de les loger, dans des dortoirs du lycée ou chez l’habitant, et de les nourrir.
3Â 000Â Ã 4Â 000Â spectateurs
Douze troupes sont au programme de la première édition des Affranchis qui se tient sur deux jours, le vendredi et le samedi. Dont bien sûr le Tapis franc, qui se reforme d’ailleurs pour la 30e édition. « Il a fait très beau, sauf pour le dernier spectacle, celui des Founambules. Il a plu seulement à la fin, on était bénis », sourit Jean-Rémy Abélard. Des compagnies jouent les prolongations le dimanche matin, en faisant des improvisations sur le marché.

Les Founambules ont clôturé le festival des Affranchis, en 1993. Archives Ouest-France
Si certains sont réfractaires à la tenue de cet événement, Ouest-France rapportait le 12 juillet 1993 qu’il y avait eu 3 000 à 4 000 spectateurs, et écrivait que le festival avait « passé avec brio son examen d’entrée dans la cour des grands. Les saltimbanques du pavé ont donné ce week-end à La Flèche ses lettres d’or du théâtre de rue. »
Pari remporté pour les organisateurs, qui, à l’époque, n’imaginaient pas que les Affranchis seraient toujours là , trente ans plus tard.