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Méfiez-vous des jolies plantes envahissantes qui colonisent nos communes... |
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Le cytise de la haie (derrière) pousse maintenant de l’autre côté de la route. Selon le botaniste Guillaume D’Hier (au centre), il faut l’enlever au plus vite. © Ouest-France
Reportage. On s’est glissé dans le cours donné par un botaniste à des élus et jardiniers sarthois. De quoi ouvrir un œil plus attentif sur des espèces exotiques très présentes en France, qui peuvent causer des soucis.
Elle paraît bien innocente, cette petite Renouée du Japon qu’on voit en bord de route, à la sortie du village de Sougé-le-Ganelon (Sarthe). Mais c’est une coriace qui pousse vite, indique Guillaume D’Hier, botaniste, chargé de mission au Conservatoire d’espaces naturels des Pays de la Loire (CEN) : « Il faut la couper ou la broyer au minimum trois fois dans l’année, et trois ans de suite pour qu’elle s’épuise », lance-t-il au petit groupe d’élus locaux et de jardiniers qui l’accompagnent.

La renouée du Japon. Ouest-France
« Mais comment l’évacuer sans la disséminer », soupire l’un d’eux. Les charrettes de déchets verts étalent les graines de renouées le long des chemins… Guillaume préconise – notamment – de laisser les plantes coupées pourrir sur place, en bâchant les tas. « Si on la laisse pousser, il ne restera plus qu’elle, explique le botaniste. J’ai vu ça sur une grande surface, dans l’Allier, c’était triste. » Voilà tout le problème avec les espèces exotiques envahissantes. En outre, certaines peuvent « rendre les cultures impropres à la consommation ».
« Plus vous tardez, plus ça sera galère »
Le petit groupe s’arrête ensuite devant la haie du stade de foot, peuplée de cytises qui donnent de jolies grappes jaunes descendantes au printemps. D’où l’engouement paysager pour cet arbuste toxique de l’est et du sud de l’Europe. « On en revient un peu, car il est de plus en plus à l’aise et se retrouve dans les prairies », note Guillaume D’Hier. D’ailleurs, un cytise de 2 m pousse de l’autre côté de la route, près d’un champ. « Vous conseillez de l’enlever ? », demande l’adjointe au maire de Sougé, Sylvie Beucher. « Oui, il a triplé de taille en deux mois, avec les pluies. Plus vous tardez, plus ça sera galère. »

Des jeunes faux-acacias, sur un talus. Ouest-France
Plus loin, des « robiniers faux-acacia », incrustés sur un talus, attirent l’attention. Indésirables eux aussi, nous dit-on. Ah bon ? Malgré les abeilles qui en font leur miel et les petites boules jaunes qui ensoleillent les jardins ? Les professionnels sourient. Tout est dans la mesure : il faut juste limiter la prolifération de cet arbre américain présent chez nous depuis des siècles.
Guillaume D’hier pointe deux « arbres à papillons », l’un à fleurs mauves et blanches. Ces arbustes envahissants d’origine chinoise décorent une rue du centre bourg et l’adjointe au maire s’en réjouit. « Là , c’est géré, rassure Guillaume. On n’en a pas vu d’autres. C’est une question d’organisation, en fait. »

L’arbre à papillons. Ouest-France
Maudit laurier palme
Mais parfois, l’homme est pris au dépourvu. À Saint-Léonard-des-Bois, une commune voisine des Alpes Mancelles, le laurier palme du Caucase pose des soucis. Pourtant, les haies de cette espèce sont prisées. Sauf qu’ici, l’une d’elles s’est développée en arbres énormes, autour d’une propriété à l’abandon. Résultat : « Quand ce n’est plus taillé, ça donne des petites prunes toxiques. Les oiseaux les mangent et les répartissent partout », déplore Ronan, le jardinier au Domaine touristique du Gasseau.

Le laurier palme envahit un bois. Ouest-France
Ainsi, par-delà les champs, des arbustes à feuilles vert pomme persistantes colonisent un petit bois « et plus rien ne pousse en dessous. » Si on les coupe, plusieurs troncs repartent des souches « encore plus vigoureusement ». Que faire ? L’arrachage ? Difficile, donc coûteux. Percer la souche pour y fourrer de l’ail ? « On l’a testé, ça marche parfois, parfois pas », répond le botaniste du CEN.
Johannic Chevreau, du Parc naturel Normandie-Maine, à l’initiative de cette journée de formation, évoque un autre test en cours, dans un bois de l’Orne voisine envahi par ces maudits lauriers. Aujourd’hui, les solutions manquent.

Guillaume D’Hier, du Conservatoire d’espaces naturels des Pays de la Loire. Ouest-France
Fabienne Ménager, maire de Saint-Rémy-du-Val (Sarthe) n’a pas perdu une miette des débats : « La croissance de certains végétaux est impressionnante. C’est vraiment bien d’apprendre à identifier les espèces qui peuvent poser problème. Le cytise, par exemple, on en plante encore chez nous. » En rentrant, elle en parlera aux services techniques.
Contact. Pour les collectivités intéressées par une formation : g.d-hier@cenpaysdelaloire.fr