|
Législatives en Sarthe. Au coude à coude, ces deux candidats sont « comme dans une lessiveuse »... |
2
Mardi 14 juin, le candidat RN Bruno Pinçon (à droite) et son suppléant Christophe Hannier ont distribué des tracts à Ecommoy. © Le Maine Libre
Le premier tour des élections législatives 2022, dans la 3e circonscription de la Sarthe, a placé Bruno Pinçon (Rassemblement national) et Eric Martineau (Majorité présidentielle) au coude à coude. Nous les avons suivis quelques heures pendant la campagne du second tour (19 juin).
Tiens, encore toi ?
Dans un bistrot de la place principale d’Écommoy, Bruno Pinçon est accueilli avec le sourire par un homme attablé au frais devant un petit verre de blanc. Le candidat du Rassemblement national dans la troisième circonscription de la Sarthe est reconnu par plusieurs personnes, ce mardi 14 juin en début d’après-midi, dans un centre-ville déserté après le marché matinal.
Ne pas perdre de temps à prêcher les convaincus
Le candidat RN et son suppléant Christophe Hannier distribuent quelques tracts aux passants. Sur la place, un homme l’interpelle avant qu’il ne dégaine. On va voter pour vous !
Le binôme s’approche d’un autre homme, qui aide un automobiliste en panne. Vous allez voter dimanche ?
, l’aborde Bruno Pinçon. La réponse est courte, le sourire gêné : Oui, je vous reconnais
. Le candidat n’enchérit pas et s’éloigne. On lui demande pourquoi. Je suis sûr qu’il votera pour moi. Mais il ne veut pas le dire.
Autant ne pas perdre de temps à prêcher un convaincu.

Eric Martineau, candidat Ensemble (majorité présidentielle) aux élections législatives dans la troisième circonscription de la Sarthe, a distribué des tracts dans les boîtes aux lettres de Brette-les-Pins le mardi 14 juin. Le Maine Libre
Dimanche 12 juin, dans la troisième circonscription (La Flèche, Écommoy, Saint-Calais), le responsable communication du Rassemblement national en Sarthe est arrivé premier (27,34 % des suffrages exprimés), au coude à coude avec Eric Martineau (26,05 %, 499 voix d’écart), candidat d’Ensemble, la majorité présidentielle. Ici, dans le sud-Sarthe, la campagne d’entre deux tours va être décisive.
Les deux candidats privilégient le contact direct
Comme son adversaire RN, le maire MoDem du petit village de Chenu depuis 2020, multiplie les débats et interviews radio, télé, les réunions, les allers-retours à la préfecture au Mans pour les formalités administratives, les marchés pour le tractage et les séances de collage d’affiche. Ça n’arrête pas, j’ai l’impression d’être dans une lessiveuse.
Le jeu en vaut la chandelle : un siège de député à l’Assemblée nationale pour représenter le territoire, majoritairement rural.
Pour convaincre les électeurs déçus du premier tour et les abstentionnistes (54 %), une seule réunion publique pour Eric Martineau : mercredi soir au Grand-Lucé, commune dont le maire est son suppléant Pascal Depuis. Aucune pour Bruno Pinçon : C’est trop court pour l’organiser et ça ne sert à rien, il n’y aurait que des gens déjà convaincus. Boire un café au contact des gens, ça, ça vaut le coup !
. Son adversaire a quant à lui annulé toutes ses visites d’entreprises programmées cette semaine. C’est mieux d’être au contact direct de la population sur les marchés, dans les cafés, de faire du tractage.
Ce mercredi en fin d’après-midi, Eric Martineau, qui vient d’aller chercher ses tracts à l’imprimerie de Mulsanne, entame une séance de distribution dans les boîtes aux lettres de Brette-les-Pins, aidé par trois fidèles bénévoles. On ne fait pas de publipostage parce que je veux que notre campagne soit la moins chère possible, même si on sera remboursés des frais.
Un investissement énorme en temps et en kilomètres
La troisième circonscription s’étend sur 40 km du nord au sud et sur 80 km d’est en ouest. Sachant que les deux candidats habitent l’extrême sud du département, cela fait représente des centaines de kilomètres avalés en quelques jours. Leur investissement sera-t-il payant ?
Je suis confiant
, lâche Bruno Pinçon, déjà candidat aux élections départementales en 2021. La troisième circonscription de la Sarthe, la seule où le RN est arrivé en tête dimanche dernier, avait placé Marine Le Pen devant Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. On appelle tous les patriotes et les anti-Macron à voter pour nous. En théorie, ça passe. Mais il faut continuer à labourer le terrain.
Une vague anti-Le Pen plus forte que la vague anti-Macron ?
Eric Martineau y croit dur comme fer également. Je serais hyperdéçu si je perds dimanche.
Il vit mal la vague anti-Macron. Je ne comprends pas cette haine. Parfois j’ai l’impression d’être le suppôt de Satan ! On voit toujours les choses qui vont mal alors qu’il y a aussi des choses qui vont bien ! Regardez le chômage, il n’a jamais été aussi faible.
Il y a encore une décennie, avant la dédiabolisation du FN devenu RN, une majorité d’électeurs de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille n’osaient pas avouer leur vote. Aujourd’hui, la situation se serait inversée. Au début de la campagne, des gens avaient peur de soutenir Eric
, témoigne une proche. Maintenant, je sens un élan pour nos valeurs démocrates.
Le candidat de la majorité présidentielle confirme : Avant le premier tour, des gens tractaient la nuit avec une capuche parce qu’ils ne voulaient pas être reconnus. Comme si c’était une honte de soutenir le président !
La vague anti-Le Pen prendra-t-elle le dessus sur la vague anti-Macron ? Une chose est certaine : dimanche, le second tour mettra aux prises deux camps que tout oppose.