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Le Mans. Livreur pour Deliveroo : « une arnaque », ces nouveaux tarifs... |
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Le mécontentement a gagné les livreurs manceaux de la plateforme de livraison de repas à domicile. © Le Maine Libre
Les mouvements de contestation des livreurs de repas à domicile se multiplient en France depuis que la plateforme britannique Deliveroo a annoncé un changement de ses tarifs fin juillet. Rencontre avec un coursier au Mans.
Il a 25 ans et finance ses études grâce à ça. Inscrit en master à l’université du Mans, Issa* est livreur de repas – indépendant (auto-entrepeneur) comme tous ses pairs – pour la plateforme Deliveroo. Un job qu’il exerce depuis un peu plus d’un an.
Le guidon de son scooter bien en main, il s’apprête à débuter sa tournée du midi ce mardi 13 août. « D’habitude, je ne travaille que le soir mais cette semaine, l’entreprise où je suis en stage est fermée donc je peux bosser toute la journée »
, explique le jeune homme.
Il ne sera disponible qu’en début d’après-midi pour nous faire partager son opinion sur la grogne du moment et ses conditions de travail.
« Revenir à un tarif minimum »
Depuis le 29 juillet, la plateforme de livraison de repas a revu ses tarifs de paiement. La société britannique valorise désormais les courses plus longues en les rémunérant davantage. Contrairement aux trajets courts dorénavant moins bien payés. L’objectif affiché étant d’étendre le périmètre de livraison en incitant les livreurs à faire de plus longues distances.
La mesure passe mal, quelques mois seulement après la suppression de la rémunération minimale de 4,50 €, attribuées auparavant aux livreurs circulant en vélo ou en scooter.
« Maintenant, on peut faire des courses qui rapportent moins de 3 euros »
, proteste Issa. Le Manceau dénonce l’absence de vraies références tarifaires, d’un barème auquel les coursiers pourraient se fier. « Il faut revenir à un tarif minimum comme avant », réclame-t-il.
« On est payé en fonction du nombre de kilomètres que l’on fait, pose l’étudiant manceau. Plus les trajets sont longs, plus les courses sont payées cher. Sauf qu’en réalité, c’est une arnaque. Ils ne respectent pas ce qu’ils annoncent. J’ai refusé pas mal de courses récemment en voyant le tarif affiché sur mon téléphone et en comparant avec la distance à faire. L’autre jour, une commande à 3,70 € a fait le tour de tous les livreurs. On l’a tous refusée, si bien qu’on a fini par me la proposer à 5,50 €. Ils fixent les tarifs comme ils veulent. »
Un débrayage au Mans la semaine dernière
Selon notre interlocuteur, ils ne sont pas plus d’une vingtaine de livreurs Deliveroo à exercer au Mans. C’est deux à trois fois moins que le principal concurrent Uber eats pour lequel Issa a travaillé pendant trois mois.
« Je peux dire que c’est bien mieux encadré et plus sérieux chez Deliveroo, reconnaît-il toutefois. Je gagne jusqu’à six fois plus qu’avec Uber. On est bien moins de livreurs déjà. Uber prend un peu tout le monde. Donc on fait plus de courses, parfois en bossant jusqu’à 10-11 heures par jour certains week-ends. Et puis, il y a plus de clients et donc plus de commandes avec Deliveroo »
, assure le jeune coursier.
Mais ça n’empêche pas Issa de soutenir le mouvement de protestation qui sévit actuellement chez les livreurs de l’enseigne britannique, laquelle est implantée dans la capitale sarthoise depuis mars 2018. « Ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs que l’on ne doit rien dire et que notre travail est assez payé »
, soutient-il.
Il a d’ailleurs participé au débrayage organisé mardi dernier (6 août) place de la République au Mans, aux côtés de ses compères livreurs. « On a refusé les commandes pendant deux heures, entre 19 et 21 heures. »
D’autres actions suivront peut-être si l’entreprise britannique ne fait aucun geste envers ses travailleurs indépendants.
2 400
En euros, la rémunération mensuelle que touche en moyenne Issa grâce à ses livraisons de repas en scooter. Ce, en travaillant 45 heures par semaine environ.
* Prénom d’emprunt