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Le Mans. Études et précarité : « Sans petit boulot, il me restait 30 € par mois pour manger »... |
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Étudiant international, Kouassi Jean David n’a pas le droit aux repas à un euro. Il bénéficie en revanche le samedi et le dimanche de repas gratuits grâce au collectif solidaire installé à Eve. © Photo Le Maine Libre - Denis LAMBERT
Kouassi Jean David, étudiant au Mans, a dû changer de formation pour être financièrement plus à l’aise. Il n’arrivait plus à payer les frais de scolarité de son école d’ingénieur.
Kouassi Jean David est Ivoirien. Il est arrivé au Mans pour suivre ses études d’ingénieur à l’Ismans. Un rêve de gosse pour ce jeune homme féru d’automobile et d’aéronautique. Resté sur le campus lors du premier confinement, Kouassi Jean David s’inquiète de cette crise sanitaire qui semble interminable.
Le printemps a été très difficile à surmonter pour l’étudiant international. Mes parents me manquaient et ils s’inquiétaient pour moi. J’ai essayé de les rassurer comme j’ai pu. C’était difficile à vivre car on restait dans nos chambres sans jamais voir personne. Financièrement, ce n’était pas simple non plus. Mes parents me donnaient chaque mois 450 € mais j’en versais 420 à l’école. Il ne me restait que 30 € pour manger.
L’étudiant a terminé son année scolaire le 31 juillet 2020. Difficile dans ces conditions de trouver un job d’été pour un mois. Les offres sont plutôt pour deux mois.
« J’ai une obligation de réussite »
Kouassi Jean David a fait le choix de se réorienter en septembre 2020 en licence de physique-chimie. Il y est inscrit en 3e année. J’aurais préféré devenir ingénieur mais ce n’était plus possible d’assumer financièrement. L’école coûte cher, 6 000 € l’année, et cela commençait à trop peser sur mes parents
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Les 450 € qu’ils me versaient représentent pratiquement tout le salaire de mon père alors qu’il doit aussi s’occuper de mes quatre frères et sœurs qui sont encore jeunes. Je suis conscient qu’ils font un sacrifice en me permettant de poursuivre mes études. Ils investissent en moi, j’ai une obligation de réussite. Je veux pouvoir leur renvoyer l’ascenseur
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En Côte d’Ivoire, raconte-t-il encore, beaucoup de parents se sacrifient pour leurs enfants en les envoyant étudier à l’étranger. Dans notre pays, l’État ne mise pas sur l’éducation. Les bâtiments sont très vieux, il n’y a pas assez de logements étudiants, certains dorment dans les amphithéâtres, et l’année scolaire est souvent hachée en raison de cours qui n’ont pas toujours lieu.
« Un petit boulot pendant le confinement »
Pour pouvoir prolonger son permis de séjour et poursuivre ses études, l’étudiant a dû finir de solder sa scolarité de l’année passée, ce qu’il a fait en septembre. Il me restait 1 000 € à payer
, nous explique-t-il dans sa chambre universitaire de 9 m2. Très rapidement, je n’ai quasiment plus eu d’argent sur mon compte. J’ai constitué un dossier social pour pouvoir bénéficier de chèques services d’un montant de 100 €. Cela m’a servi à pallier l’urgence des repas.
Et le week-end, il vient chercher un repas gratuit à Eve, grâce au collectif solidaire qui a été réactivé et qui propose aux étudiants en précarité un repas chaud gratuit chaque samedi et dimanche.
Kouassi Jean David a également été retenu par le Crous pour devenir étudiant référent. 10 heures par semaine, il va à la rencontre de ses pairs logés à la cité universitaire Vaurouzé pour prendre de leurs nouvelles, leur rappeler les gestes barrière et si besoin les orienter vers le centre social. Un job et des aides qui lui permettent d’être un tout petit peu plus à l’aise, cela aurait été très compliqué sinon
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