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Le Mans. Brocanteur, un métier de plus en plus concurrencé par internet... |
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Le Mans. Brocanteur, un métier de plus en plus concurrencé par internet
Une centaine de brocanteurs s’est installée jusqu’au lundi 11 novembre 2019 à la rotonde du Parc des Expositions du Mans pour les Puces Sarthoises. Si les promeneurs sont nombreux, les acheteurs, eux, se font de plus en plus difficiles.
« On a du mal à savoir ce que les clients viennent chercher »
, entend-on dans les allées. « L’achat coup de cœur est moins présent qu’avant, les gens viennent avec une idée en tête. »
Saïd tient l’un des plus grands stands des Puces. Il est un visage connu pour certains visiteurs puisque ce brocanteur de 25 ans de métier, installé en centre-ville du Mans, fréquente le marché des Jacobins tous les vendredis et tous les dimanches. « Il y a encore une clientèle de collectionneur »
, analyse-t-il, mais le marché est de plus en plus difficile.
Pour appuyer ses propos, il trouve dans l’une des caisses, au milieu de petits objets divers, un petit pot de faïence, signé Malicorne sur le dessous. « Ce pot avant, je l’aurais vendu 20 ou 30 €. Aujourd’hui il traîne au milieu d’autres et personne ne s’est arrêté sur lui. Des pièces plus grosses mais de la même maison se vendaient encore il y a quelques années jusqu’à 200 €. Actuellement, elles en valent 30 à 40. »
Les meubles, moins vendeurs
La vaisselle, comme les gros meubles, selon lui ne font plus le métier. « C’est comme les cartes postales, ce n’est plus à la mode. »
Ce que recherche la jeune clientèle aujourd’hui « c’est du vintage, les années 50-60-70. On est moins dans les gros meubles en bois massif avec dorures. Même si les très très belles pièces trouveront toujours acheteurs. »
La principale concurrence pour les brocanteurs est difficile à combattre. « C’est internet qui nous fait du mal. Maintenant quand les gens veulent se débarrasser d’un meuble ou d’un objet, ils vont d’abord voir combien il se vend sur les sites de chine qui se multiplient. Et ils voudraient qu’on leur achète au prix où on va essayer de le vendre »
, constate Saïd.
Lui continue de se rendre chez des particuliers pour alimenter son stock. « Mais là aussi, ça peut vite devenir un piège. On ne peut pas sélectionner nos pièces et souvent on se retrouve à faire des allers-retours à la déchetterie pour très peu de belles pièces à garder. »
Les insolites des Puces
Une machine à vapeur pour expérimenter. « On fait chauffer l’eau à droite et la vapeur va faire tourner la roue qui est à gauche. Ça peut intéresser un collectionneur de vieux jouet pour enfants ou quelqu’un qui va être intrigué par l’objet qui date de la fin XIXe, début XXe. Il lui manque les connexions entre le bac à eau et la roue, on l’a récupéré au hasard chez un particulier. Donc incomplet, cet objet peut se vendre 400 €. »
Un flipper des années 80. « C’est de plus en plus recherché. Ce sont des objets qu’on trouvait avant dans les caves et que les gens mettent aujourd’hui dans leur salon. Celui-là vaut 2 400 €. Il est opérationnel, on peut jouer avec. Il est très classique dans sa structure mais avec sa belle couleur rouge, ça peut être un coup de cœur. Souvent c’est un achat nostalgie, des personnes à qui ça rappelle leurs années lycées, dans les bars de quartiers. »
Un bicorne de la franc-maçonnerie. « Il vient des États-Unis. Je dirais qu’il date de la fin du XVIIIe, début du XIXe. Les objets liés à la franc-maçonnerie se vendent très bien parce qu’il y a une part de mystère et de secret qui les entoure et qui plaît aux clients. Ce bicorne-là se vend 200 € mais il va intéresser des personnes qui participent à des reconstitutions historiques ou des soirées à thèmes. Parfois même les adeptes de la mode gothique. »
Le portrait d’une belle inconnue. « Ce sont souvent des photos que l’on récupère dans des lots. Je garde pour la vente les portraits qui interpellent par la douceur ou la beauté d’un visage. Il faut qu’il y ait un charme ou une histoire qui se dégage. Ce sont des gens qui ont été pris en photo un jour quelque part et dont on ne sait rien mais qui vont donner envie au client d’imaginer leur histoire. On va pouvoir le vendre à des gens qui cherchent à décorer un magasin, une boutique. Dans des salons de coiffure par exemple pour créer une ambiance vintage. J’estime le prix à 30 €. »
Pratique
Les Puces Sarthoises se déroulent à la rotonde du Parc des Expositions du Mans ce dimanche 10 et lundi 11 novembre de 10 heures à 19 heures. L’accès coûte 4 €, il est gratuit pour les moins de quinze ans.
Près de 120 brocanteurs professionnels exposent sur 5 000 mètres carrés.