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Le Mans. 160 heures pour une toile de l’église Saint-Benoit : la restauratrice explique son travail... |
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La restauratrice versaillaise Bérengère Goulard explique les étapes de la restauration de la toile « Le Christ et la Samaritaine » de Pierre Lemaire. © Ouest-France
Une dizaine d’œuvres d’art provenant des églises du Mans sont en cours de restauration. La première vient de retrouver ses couleurs et sa place à Saint-Benoit. Bérengère Goulard, la restauratrice a expliqué son travail.
Il y a un an encore, les paroissiens de Saint-Benoît au Mans (Sarthe) ne pouvaient distinguer les deux personnages qui se trouvaient entre le Christ et la Samaritaine. Il faut dire que le tableau du même nom était perché à 5 mètres de haut, sur le bas-côté sud de l’église Saint-Benoit, en bas de la cité Plantagenêt. Mais surtout, l’œuvre était sombre. Très sombre et en même temps blanchie.
Dix œuvres actuellement en restauration

Les détails sont aujourd’hui plus visibles. Ouest-France
Depuis quelques jours, après une bonne cure de jouvence, la voilà revenue dans son église. C’est la première de la dizaine d’œuvres municipales (1) de retour de restauration. Chaque année, la Ville a décidé d’y consacrer 50 000 €. L’État et le Département apportent leur écot : entre 50 et 60 % du montant total.
« On a choisi les œuvres les plus abîmées, là où il y avait urgence », précise Pascal Mariette, l’élu chargé du patrimoine. Les quatre huiles sur toile de Saint-Benoît sont donc parties dans des ateliers de restauration. C’est Bérengère Goulard de Versailles qui s’est occupée du « Christ et la Samaritaine ». Un tableau de Pierre Lemaire, peintre du XVIIe, inscrit aux monuments historiques et évoquant un épisode de l’Évangile selon Saint-Jean.
Deux « restaurations bricolages »
Mercredi 12 juillet 2023, la restauratrice a expliqué les différentes étapes de son travail sur la toile à une assistance attentive : décadrage, dépoussiérage, cartonnage, reprise des accidents de la toile d’origine, consolidation, vernissage, révision de la tension de la toile, pose d’une protection à l’arrière… Toutes ces actions ont été consignées dans une sorte de carnet de santé de la toile. Ce qui n’était pas le cas après les deux « restaurations-bricolages » passées. « Dans les années 1960-1970, il y a eu une grande mode du vernis qui jaunissait très bien », grimace l’experte.
« Chaque étape doit être réversible et respecter l’intégralité esthétique et historique de l’œuvre », insiste-t-elle. Ainsi, pour le nettoyage, on commence par des solvants doux pour aller crescendo. « On contrôle ce que l’on fait, on ne peut abîmer une œuvre, assure Bérengère Goulard. Les couleurs se sont forcément altérées mais ce sont celles qui sont arrivées jusqu’à nous. »

Le service tourisme et patrimoine a édité un petit fascicule très complet sur la restauration de la toile de l’église Saint-Benoit au Mans. Ouest-France
160 h de travailÂ
Avec ses deux collaborateurs, il lui a fallu 160 heures de travail pour préserver et prolonger la conservation de la toile. « Et je ne vous parle par des heures de séchage, des appels au conservateur pour avis… »
Le coût de la restauration de la toile s’élève à 8 163 € dont la moitié à la charge de la ville, propriétaire. L’État a apporté 2 449 € et le Département, 1 632 €. Le cadre a été confié à un autre restaurateur pour un montant de 3 350 €, (dont 50 % pour la ville). Elle retrouvera sa place dans les prochains jours.
Visites gratuites. Ce jeudi 13, vendredi 14, samedi 15 et dimanche 16 juillet, de 14 h à 17 h, un médiateur du service Tourisme et patrimoine expliquera les restaurations et présentera l’église et ses richesses patrimoniales.
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Un patrimoine de 150Â tableaux et 400Â objets religieux
Depuis la séparation des Églises et de l’État en 1905, les églises paroissiales construites avant cette date et leur mobilier appartiennent aux communes. Charges à elles de les entretenir.Â
Les églises du Mans contiennent environ 150 tableaux et 400 objets : terres cuites, bas relief… Actuellement, des œuvres des églises du Pré, de Saint-Pavin et du Petit Saint-Georges, sont en cours de restauration. À leur retour, une présentation sera faite, avec celles et ceux qui les ont restaurées. À l’automne, à l’église de la Couture, une toile est tellement monumentale (4x5m) qu’elle sera restaurée sur place. Et le chantier sera visible durant un mois.