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La gare s'ouvre sur le boulevard Robert-Jarry... |
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Photo © Philippe Blondel
Une cérémonie s'est déroulée hier soir pour attribuer au boulevard de la gare le nom de Robert Jarry, l'ancien maire du Mans.
« En descendant du TGV, nous arriverons dans la ville de Robert Jarry. » Jean-Claude Boulard, maire du Mans, vient de dévoiler la plaque qui indique désormais que, devant la gare nord, nous sommes sur le boulevard Robert-Jarry, ancien maire de 1977 à 2001. Il vient de rappeler comment son prédécesseur s'est battu pour que le TGV passe par la gare du Mans (lire ci-dessous).
La cérémonie s'est déroulée mercredi soir en présence d'environ deux cents personnes. Elle a aussi été marquée par un discours émouvant de François Jarry, fils de l'ancien maire, accompagné de sa mère Solange. Fier de ce que son père a accompli, il a expliqué, au nom de sa famille, combien il appréciait « cet hommage durable de la ville ».
Il a rappelé les valeurs qui ont guidé l'action de son père, la justice et la solidarité entre autres. Il voit comme un symbole l'attribution du nom de Robert Jarry à ce boulevard, parce qu'il s'agit d'« un lieu bien vivant, a-t-il déclaré, qui fait écho à l'énergie que mon père a déployée [...], d'un lieu de départs, d'arrivées, de passage et de rencontres ».
Et si la plaque ne comporte que quelques mots, la lecture que les proches de Robert Jarry peuvent en faire est beaucoup plus riche. Parce qu'elle offre aussi le souvenir de « tous ses compagnons d'action », a rappelé François qui peut lire entre ces mots « une belle histoire d'hommes et de femmes qui ont partagé courage et sensibilité, constance et détermination, en quête de justice ».
Étienne RIBAUCOUR.
L'homme qui sauva la gare TGV
Le choix de rebaptiser le boulevard de la Gare en boulevard Robert-Jarry n'est pas un hasard. Dans les années 80, l'ancien maire du Mans fut un combattant acharné du contournement du Mans par la future ligne TGV Ouest. À l'époque, les techniciens de la SNCF veulent « sauter » Le Mans, quitte à construire une gare TGV dans les champs, du côté de Saint-Saturnin. Argument suprême, les mêmes techniciens avancent qu'il faudra détruire au moins 200 maisons pour faire passer le TGV par le Mans.
« Robert Jarry a su tenir tête à ce discours technocratique qui voulait imposer ses volontés aux élus », se souvient Jean-Claude Boulard, alors président de la communauté urbaine. S'il n'y avait pas eu de gare TGV au coeur du Mans, il n'y aurait jamais eu de quartier d'affaires. Aujourd'hui, Novaxis, c'est une centaine d'entreprises et plus de 3 000 salariés. Et un sacré changement d'image pour la ville.
Jean-Claude Boulard n'hésite pas à comparer Robert Jarry à Jacques Trouvé-Chauvel. En 1848, l'ancien maire, devenu ministre, avait obtenu que le tracé définitif de la voie ferrée Paris-Rennes passe par Le Mans, alors en concurrence avec Alençon. Sans fâcher les Ornais, Le Mans lui doit d'avoir échapper au statut de petite ville.
Robert Jarry est né en 1924 à Connerré. Diplômé du certificat d'études à 13 ans, il a commencé à travailler comme maçon. Fuyant le STO (service du travail obligatoire) sous l'Occupation, il a été arrêté et contraint de travailler pour les chemins de fer. Son retour dans le secteur du bâtiment après la guerre l'amène aussi à la CGT. À la même époque, à l'âge de 20 ans, il est entré au parti communiste dont il est élu secrétaire départemental cinq ans plus tard.
En 1953, il est entré au conseil municipal, dans l'opposition. Mais ce n'est qu'en 1977, à la faveur d'une élection triangulaire, qu'il est devenu maire du Mans, après avoir mené une liste d'union de la gauche. Il a alors aligné quatre mandats par lesquels les Manceaux lui ont donné le temps de transformer un « gros bourg » en grande ville. S'il a quitté le parti communiste (il en a été exclu par Georges Marchais en 1989) en résistant aux pressions parisiennes du parti, et pour répondre à une stratégie locale qui lui avait jusque-là réussi, il n'en est pas moins resté fidèle à son engagement contre les inégalités et au service des milieux populaires. Robert Jarry a été aussi conseiller général de 1967 à 1992 et conseiller régional par deux fois, de 1976 à 1989 et de 1992 à 1998.
Il est décédé le 17 septembre 2008.