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Jocelyn Coutable : « Sans médecin dans la commune, une petite pharmacie ne peut pas tenir »... |
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Jocelyn Coutable est président de l’Ordre des pharmaciens des Pays de la Loire. © Laurent Ardhuin
Jocelyn Coutable est président de l’Ordre des pharmaciens des Pays de la Loire. Pour lui, la fermeture de la seule pharmacie à Tuffé (Sarthe) est symptomatique d’un manque d’attractivité du métier.
Le Maine Libre : Nous parlons beaucoup du manque de médecin en zone rurale, qu’en est-il concernant les pharmaciens ?
Jocelyn Coutable : C’est la même chose : on ne trouve plus de pharmacien ni de préparateur. Les diplômés veulent rester dans les grandes villes et on estime qu’il manque 1 000 étudiants en France. Dans notre région, l’université d’Angers a fait le plein mais pas celle de Nantes qui n’a que 85 étudiants sur les 130 places disponibles.
Ce
manque d’attractivité nous inquiète et l’Ordre a lancé
un plan national sur ce sujet. Nous avons toujours mis en avant le maillage territorial de notre profession : chaque Français est à moins de 20 minutes d’une pharmacie. Ce maillage est très important pour un accès égal au médicament. Il n’est pas menacé pour l’instant, mais il faut faire attention
. »
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Les « petites » pharmacies peuvent-elles survivre ?
S’il n’y a pas de médecin, non. Sans médecin, une pharmacie ne peut pas tenir. Les patients, même fidèles, fréquentent en moyenne trois ou quatre pharmacies. Donc s’ils doivent trouver un médecin dans une autre commune, ils iront dans la pharmacie la plus proche. Si en plus la commune perd ses commerces, les habitants vont vers les grands centres commerciaux et donc s’organisent pour passer à la pharmacie.
Depuis quelques années, le métier a beaucoup évolué et les pharmaciens ont d’autres missions que la délivrance de médicaments. C’est positif mais il faut trouver le temps de se former, donc avoir du personnel. Et pour une affaire de petite taille, c’est compliqué.
»
Comment vont faire des communes comme Tuffé-Val-de-la-Chéronne, qui disposent d’un Ehpad mais pas de pharmacie ?
L’Ehpad trouvera un autre fournisseur. Le problème c’est qu’on demande depuis quelques années de plus en plus de choses au pharmacien qui doit, par exemple, préparer les piluliers en plus de fournir les médicaments. Et le tout bénévolement. La pharmacie doit alors fournir les consommables, la main-d’œuvre, livrer les piluliers, éventuellement un chariot pour desservir les chambres… Ce n’est pas rentable et les petites pharmacies, comme celle de Tuffé, ne peuvent pas s’en sortir. Il faut limiter les frais et savoir dire « non ».