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INSOLITE. Ils se sont lancé le défi fou de faire le tour de France des bars appelés Chiquito... |
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Marc et Augustin photographient les Chiquito qu’ils visitent, comme ici à La Suze-sur-Sarthe, pour alimenter un compte Instagram dédié. © Photo Chiquitour
Marc et Augustin, deux Parisiens de 31 ans, se sont lancé un défi un peu fou : faire le tour de France des bars appelés Chiquito. Leur « Chiquitour » commencé cet été les a emmenés en Sarthe, de Saint-Calais à Saint-Gervais-en-Belin à la rencontre des patrons et des habitués de ces lieux de vie.
Tout est parti d’un délire entre collègues de travail avant de devenir un projet sérieux. Marc et Augustin travaillaient alors ensemble dans la pub, à Boulogne-Billancourt, en région parisienne. Après le travail, nous fréquentions un bar du coin, Le Chiquito, à côté du travail
, raconte Marc. Un jour, dans Paris, je tombe sur un autre bar Chiquito, avec le même nom improbable et le même type de déco. Je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’une chaîne et ça nous a donné envie de creuser le sujet.
Du « naming » avant l’heure
Renseignements pris, articles de presse et datas à l’appui, les deux amis découvrent que le Chiquito était à l’origine un cigarillo lancé par la SEITA en 1959. Dans les années 1950 à 1970, la régie, en situation de monopole, offrait aux débitants une aide substantielle pour peu qu’ils choisissent, comme enseigne, le nom d’une marque de cigarettes ou de cigares
, explique ainsi Le Monde.
Du naming avant l’heure en somme pour les Chiquito, Balto, Maryland, Narval…
Aujourd’hui, la loi empêche de nommer un bar avec un nom de cigarettes
, explique Marc. Les Chiquito sont donc en quelque sorte une espèce en voie de disparition. Plus on en parlait, plus on trouvait ça intéressant.
Des discussions au comptoir du Chiquito de Boulogne est donc né un projet fou : faire le tour de France des bars appelés Chiquito et aller à la rencontre de ceux qui les font vivre, patrons, habitués et clients de passage.
Au moins 112 Chiquito recensés en France
Le covid-19 empêchant toute idée de voyage à l’étranger en cet été 2020, l’occasion était bien là de se lancer dans ce Chiquitour
original.
« On a commencé par essayer de recenser tous les Chiquito de France dans les pages jaunes, puis région par région sur internet. Au départ, on en avait une liste de 57 et aujourd’hui, on est à 112. On a connaissance progressivement de Chiquito que l’on n’avait pas repéré. Au Chiquito du Mans par exemple, le patron nous a indiqué, article de presse à l’appui, un autre Chiquito qui venait de rouvrir en Sarthe, à Saint-Paterne-Le Chevain. Il faudra donc qu’on revienne dans la Sarthe pour le visiter. »
À ce jour, Marc et Augustin ont visité une vingtaine de Chiquito dans l’ouest de la France. Les bars Chiquito font partie du patrimoine. Certains sont restés tels qu’ils étaient à l’origine, avec la devanture caractéristique de l’époque. D’autres ont été entièrement rénovés et modernisés à l’intérieur, donnant un mélange surprenant.
Nos confrères du Télégramme ont retranscrit leur périple dans une carte interactive avec des photos de chacun des Chiquito visités :
De très belles rencontres
De leur voyage au cœur de l’empire Chiquito, les deux amis ont ramené des photos de chaque établissement publiées sur un compte Instagram dédié mais surtout des dizaines d’histoire, que Marc raconte avec beaucoup de tendresse.
On a entendu des histoires incroyables sur la vie des villages, l’histoire des bars, le folklore local… Quasiment à chaque fois, on s’installe au zinc et la discussion se fait naturellement. Les bars-Tabacs PMU comme les Chiquito, sont très ancrés dans les communes, des endroits qui comptent pour les habitants. Ce sont des lieux de passage et de vie, entre ceux qui y passent occasionnellement et restent peu, et les habitués. Deux rythmes différents, deux manières de vivre. Sociologiquement, c’est intéressant à observer
, confie Marc qui veut surtout éviter le cliché des Parisiens qui regardent la province de haut. Ce n’est pas notre but. C’est une vraie façon de visiter la France, d’aller à la rencontre des gens. On s’intéresse à eux, à leur ville et on découvre des villages que l’on aurait jamais vus autrement
.
Les Chiquito face au covid et à la désertification
Toutes ces visites permettent à Marc et Augustin d’appréhender la problématique de la désertification des campagnes et les difficultés traversées par les gérants des bars tabac. « Ils nous parlent spontanément de leurs problèmes, des inquiétudes nées de la fermeture pendant le confinement et des nouvelles activités qu’ils doivent mettre en place pour survivre. Ils nous confient aussi comment ils vivent avec le covid. Certains avouent ne pas porter le masque. On n’est pas là pour juger, juste pour les écouter. »
Le second confinement et la nouvelle période de fermeture des bars ont mis un coup d’arrêt au projet un peu fou de Marc et Augustin. Mais on compte bien reprendre dès qu’on le pourra. On a encore beaucoup de Chiquito à découvrir en France.
Six Chiquito en Sarthe
La Sarthe compte, à notre connaissance, six bars nommés Le Chiquito
au Mans, à Saint-Gervais-en-Belin, à Saint-Calais, à La Suze-sur-Sarthe, à La Ferté-Bernard et à Saint-Paterne-Le Chevain.
Les quatre premiers ont reçu la visite de Marc et Augustin et sont donc désormais estampillés Chiquitour.
Le Mans était la 4e étape du Chiquitour. Marc en retient une très belle rencontre avec les patrons qui étaient très sympas. Il y avait aussi la chienne Iska qui était très fofolle. Le patron était très amusé par notre histoire de Chiquitour !
Le Chiquito de La Suze-sur-Sarthe était très mignon, très typique
, se souvient Marc. C’est vraiment l’image d’Epinal du Chiquito. Mais il a cessé son activité bar et nous n’avons pas pu nous y attarder.
À Saint-Calais, joli village
, les deux amis ont eu une belle discussion avec la patronne qui leur a confié la lente disparition des trois autres bistrots du village
.
Le bar de Saint-Gervais-en-Belin était malheureusement fermé le jour où Marc et Augustin s’y sont présentés. C’est vraiment dommage parce que quand j’essayais de faire comprendre à mes proches notre projet, le copain de ma cousine avait été très enthousiaste parce qu’il est originaire de Saint-Gervais-en-Belin et qu’il a des souvenirs ultra-forts au Chiquito de la commune. Il nous a parlé de l’arrière-salle avec un billard. Nous serons donc obligés de revenir en Sarthe pour le visiter !