|
Féminicides : elles s’appelaient Nacera, Catherine, Nelly… Qui sont ces femmes tuées en mars ?... |
1
Au moins dix femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en mars 2023 © CÉLINE FONTENEAU / OUEST-FRANCE
Elles sont au moins dix femmes à avoir été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en mars 2023. Depuis le début de l’année, le nombre de féminicides ne faiblit pas en France. En 2022, une enquête de Ouest-France a révélé qu’au moins 104 femmes ont été tuées au sein de la sphère conjugale.
En mars 2023, au moins dix femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou ex-conjoint. Dans la continuité du travail d’Ouest-France réalisé en 2022 sur les féminicides, nous avons voulu raconter ces dix femmes, victimes de ce fléau qui a déjà fait au moins huit mortes en janvier en France et au moins onze en février. Elles étaient en instance de divorce, avaient pour certaines déjà porté plainte contre leurs compagnons ou ex-compagnons, étaient enseignante en littérature, policière, réceptionniste dans un hôtel, mères de famille… Voici leur histoire.
Nacera, 53Â ans
Comme cela arrive fréquemment dans des cas de féminicides, Nacera était en instance de divorce et avait maintes fois alerté sur les violences de son mari. Elle avait déposé une main courante pour harcèlement moral par son conjoint (lui avait déposé une plainte contre elle pour violence). Selon ses proches, une plainte que Nacera voulait déposer n’avait pas été enregistrée le lundi 27 février. Le matin du 2 mars, ses filles ont demandé, en vain, une intervention de la police. Mais ce même jour dans l’après-midi, Nacera est tuée d’au moins onze coups de couteau, dans la cuisine de son domicile de Melun (Seine-et-Marne), avant que son compagnon se tue en se jetant par la fenêtre. Comme le raconte Actu , Nacera était âgée de 53 ans.
Un élan de générosité a eu lieu quelques jours après sa mort. « C’était la tata du quartier avec nous. Elle avait aussi beaucoup de force de caractère. Elle était respectée et respectable », a expliqué Bouba, un proche, au Parisien . « On remercie énormément cet élan de générosité et de soutien autour de notre maman. On veut maintenant qu’elle parte en paix », ont demandé ses filles lors de l’hommage qui lui a été rendu, toujours selon Le Parisien.
Nacera était agente d’accueil dans un lycée. « Nacera Amimer, agente au lycée Blaise Pascal à Brie Comte-Robert, a été sauvagement poignardée par son mari », a déploré Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Île-de-France, juste avant une minute de silence au Conseil régional. « Chaque jour, elle contribuait au bon fonctionnement de son établissement. Elle était unanimement appréciée pour son travail et pour sa personnalité volontaire et chaleureuse. Elle suivait une formation pour devenir agent administratif. Ses quatre filles et ses petits-enfants étaient sa fierté. »
#DirectIDF | Nacera Amimer, agente au lycée Blaise Pascal à Brie Comte-Robert, a été sauvagement poignardée par son mari jeudi 2 mars. @vpecresse, présidente de la #RégionIDF, rend hommage à cette femme de 53 ans, victime de féminicide. pic.twitter.com/52OTqBNAM8
— Région Île-de-France (@iledefrance) March 30, 2023
Catherine, 54Â ans
« Cathy » aussi avait alerté la police, avant finalement d’être tuée par son mari. Le 3 mars, peu après midi, Catherine, âgée d’une cinquantaine d’années, a été tuée à son domicile de Saint-Laurent-d’Arce, à une trentaine de kilomètres au nord de Bordeaux. Son ancien compagnon, retrouvé pendu dans le garage, l’a tué de plusieurs coups de couteau à la gorge et au ventre, avant de l’étrangler, comme l’a raconté Sud-Ouest .
Âgée de 54 ans, Catherine était aide à domicile. Son « amabilité » et sa « discrétion » ont été relevées par plusieurs de ses voisins interrogés par le journal local. « C’était quelqu’un de gentil. On la voyait souvent promener son chien. Toujours avec le sourire », a indiqué l’un d’eux. Surnommée « Cathy » par ses proches, elle vivait avec sa sœur dans la maison où elles avaient grandi. « Cathy était un soleil. Elle était adorable. Elle souriait tout le temps même quand elle n’allait pas bien », a ajouté une amie qui la connaissait depuis l’école. « Elle avait l’air épanouie avec son nouveau compagnon. Elle renaissait littéralement. Elle allait de l’avant », a-t-elle ajouté.
Catherine s’était en effet séparée de son ex-compagnon à la mi-janvier. Elle avait déposé plainte le 5 février puis le 23 février à la gendarmerie de Saint-André-de-Cubzac pour des « violences sans incapacité » et « diffusion d’images portant atteintes à l’intimité de sa vie privée », a indiqué le procureur de Libourne Olivier Kern dans un communiqué, cité par l’AFP. Une inaction qui pose question d’autant que l’homme, âgé de 62 ans, avait été condamné en 2006 par la cour d’assises de la Gironde à vingt ans de réclusion criminelle pour une tentative d’assassinat commise en 2003 sur une ancienne conjointe, a précisé le procureur. Gérald Darmanin a demandé une enquête administrative de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).
Lire aussi : Plaintes, saisine de l’IGGN, antécédents judiciaires… Ce que l’on sait du féminicide en Gironde
Nelly, 50Â ans
Ce même 3 mars, Nelly, 50 ans, est morte tuée par plusieurs coups de couteau à Coulans-sur-Gée, dans la Sarthe, portés par son ex-compagnon. L’homme a été interpellé cinq jours plus tard, mis en examen jeudi au Mans pour assassinat et écroué. Il a préféré garder le silence.
Comme l’a raconté notre rédaction locale de Ouest-France, Nelly était infirmière au sein de la communauté d’établissements gériatriques de la Vallée de la Sarthe de Brûlon. Discrète, elle était mère de deux grands enfants, et divorcée. « Avec son mari, elle a tenu le bar-tabac de la commune pendant plusieurs années. Nous l’avons vue il y a quelques jours. Toujours joviale et très souriante », ont raconté les nouveaux propriétaires de l’établissement.
Les premiers éléments évoqués par le parquet du Mans évoquent une décision de séparation définitive qui venait d’être prise. « L’entourage familial, professionnel et amical de la victime, entendu à ce jour, n’a jamais constaté de trace de coups par le passé, et n’a jamais reçu confidence en ce sens. Madame n’a jamais signalé d’épisodes de violences entre eux, notamment auprès de la gendarmerie », indiquent les premiers éléments de l’enquête, selon notre rédaction locale.
Lire aussi : Féminicide en Sarthe : après la mise en examen d’un homme, que sait-on du meurtre de Nelly Ferron ?
Fatiha, 28Â ans
Troisième féminicide le 3 mars, une femme a été tuée le soir d’un coup de couteau par son ex-conjoint, contre qui elle avait récemment porté plainte pour des violences conjugales, sur le parking d’un hôtel d’Amiens où elle travaillait en tant que réceptionniste. Elle était âgée de 28 ans. L’homme, âgé de 40 ans, a retourné l’arme contre lui. Touché au thorax, cet homme a été hospitalisé avec un pronostic vital engagé.
Le couple était séparé depuis août dernier à la suite d’un dépôt de plainte pour des violences conjugales, a précisé une source policière à l’AFP. L’homme avait l’interdiction d’entrer en contact avec son ancienne conjointe, mais a continué à la harceler, selon cette même source et selon des témoignages de proches. Le directeur des opérations du groupe Première Classe, interrogé par France 3, a confié avoir « proposé [quelques jours avant] à son employée de dormir dans une des chambres alors que son ex-compagnon l’attendait dehors ».
« Elle avait fait une première demande de protection en août dernier mais elle avait été refusée. Elle était retournée au commissariat avec de nouvelles preuves il y a quinze jours et là , elle a obtenu une mesure d’éloignement. Mais ce n’est qu’un bout de papier. Ça ne protège pas vraiment », a regretté Nour, une proche, auprès du Courrier Picard .
« Elle était tout le temps souriante dans les bons comme dans les mauvais moments », a ajouté Nour sur RMC.
Hadas, 39Â ans
Lundi 6 mars, à Poitiers, Hadas est morte après avoir été poussée du cinquième étage de son appartement par son conjoint. Ce dernier, de nationalité érythréenne, a été mis en examen et écroué. Il a reconnu les faits. Aucune plainte n’avait précédemment été déposée contre lui.
Hadas, âgée de 39 ans et également Érythréenne, était enceinte de quatre mois. Le couple avait trois enfants. « Aux dernières nouvelles, les trois enfants d’Hadas retournent à leur école », ont affirmé les habitants et habitantes du quartier, réunis dans un collectif, sur leur site internet.
Selon France Bleu , Hadas était arrivée en septembre 2022 dans ce quartier et était peu connue de ses voisins. « C’était une femme aimante, très proche de ses enfants », a expliqué à la radio locale Stéphanie Marchive membre de l’association Audacia. Cette dernière avait aidé la famille à s’installer en France. « Son intégration n’était pas facile car elle ne parlait pas français mais elle essayait. Elle venait à tous mes rendez-vous. Elle commençait à sortir de chez elle. Elle allait déposer les enfants à l’école. Elle commençait à faire les courses. Elle devait prendre des cours de français. Il y avait des choses qui se mettaient en place », s’est-elle souvenue, toujours auprès de France bleu.
Nadège, 48 ans
À Béthune (Pas-de-Calais), jeudi 9 mars, au lendemain de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Nadège, 48 ans, a été tuée au couteau par son ex-compagnon. Ce dernier, âgé de 52 ans, a reconnu lors de sa garde à vue pour meurtre aggravé « s’être introduit dans le domicile de la victime au cours de la nuit par une porte non verrouillée et lui avoir porté plusieurs coups de couteau », comme l’a expliqué le procureur de Béthune, Thierry Dran, dans un communiqué relayé par l’AFP. La victime avait déposé plainte le 21 février contre lui, « pour des faits de menaces de mort ». Cette plainte « était en cours de traitement ».
Ce féminicide laisse la fille du couple, âgée de 12 ans, désormais orpheline, selon Actu , alors qu’une cagnotte a été ouverte. De nombreux hommages ont été rendus à Nadège sur les réseaux sociaux. « Elle ne cherchait pas de soucis, elle voulait sa tranquillité », a par exemple témoigné une « connaissance » sur Facebook.
Isabelle, 36Â ans
Isabelle, âgée de 36 ans et tuée par arme blanche, a été retrouvée morte lundi 13 mars à Lamothe-Capdeville, près de Montauban (Tarn-et-Garonne). Son conjoint a été placé en garde à vue avant d’être mis en examen et emprisonné. Il a reconnu les faits. Comme l’a raconté Actu , citant le procureur, l’enquête, a été requalifiée en « meurtre précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime aggravé, d’actes de torture et de barbarie en lien avec des faits de nature sexuelle ». Selon le parquet, le couple était inconnu de la justice et des services de gendarmerie.
On connaît peu d’informations concernant le profil d’Isabelle. Tout juste sait-on qu’elle était mère de cinq enfants âgés de 4 à 14 ans.
Mathilda, 35Â ans
Mathilda, policière municipale de 35 ans, a été retrouvée morte à son domicile, jeudi 16 mars 2023. Son conjoint a été interpellé à Ronquerolles (Val-d’Oise) et écroué. « Même les personnes censées nous protéger peuvent être victimes de violences de genre. Les féminicides touchent toute la société », a rappelé à ce moment-là l’association féministe Nous Toutes.
« C’était une belle jeune femme. C’est triste ce qui lui est arrivé », a déploré, un jour après ce féminicide, un voisin interrogé par La Gazette du Val d’Oise . « Selon ce dernier, la victime qui habitait là depuis cinq ou six ans, était divorcée et mère de deux enfants âgés entre 7 et 10 ans et scolarisés dans la commune », ajoute le site d’information. Selon Le Parisien, Mathilda résidait avec son conjoint depuis décembre 2021. Mathilda était également coach de basket, affirme Le Courrier Picard .
Cécile, 47 ans
Cécile a été tuée lundi 20 mars dans la matinée à Paris dans le XIIe arrondissement, non loin de la Bastille. Elle a reçu plusieurs coups de couteau dans le hall de son immeuble et son ex-mari a été interpellé peu après les faits. L’homme à l’origine des coups n’est autre que son ex-mari. À la tête d’une start-up et normalien, comme l’a raconté Médiapart , il a été interpellé et placé en garde à vue, avant d’être mis en examen, dans le cadre d’une enquête ouverte pour assassinat. Ce couple était séparé depuis quelques années, a affirmé une source proche du dossier à l’AFP.
Cécile, née en 1975, était normalienne, agrégée et enseignante en littérature comparée à l’Université Gustave-Eiffel-de-Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). Sur sa page LinkedIn, elle se présentait comme « travaillant sur les mythes et leur réécriture ainsi que sur l’écriture féminine de langues anglaise et française ».
D’après un tweet de sa collègue Mathilde Larrere, elle était « sentinelle égalité à la fac », « adorable et très aimée », ce qu’ont confirmé plusieurs personnes la connaissant sur le réseau social. « Brillante, méthodique et sensible, Cécile était très appréciée des étudiantes et étudiants pour qui elle mettait en place un cadre solide et très humain qui leur donnait confiance », a ajouté l’Université sur sa page internet.
« Cécile avait une vraie générosité, elle avait un tempérament de meneuse. C’est elle qui mettait l’ambiance. Elle était aussi active dans sa vie professionnelle qu’amicale », a témoigné un ancien camarade de l’École normale supérieure (ENS) Ulm et ami, auprès du Parisien .
Sur sa page Facebook, elle postait de nombreux contenus à dimension politique. L’une de ses dernières publications accessible publiquement remontait à 2020 et évoquait les violences conjugales pendant le confinement lié à l’épidémie de Covid-19.
Francisca, 47Â ans
Ce même lundi 20 mars, une femme âgée de 47 ans est morte, tuée par son mari avec une arme à feu, dans leur maison du village de Lagardelle, dans le Lot. Selon l’association Féminicides par compagnons ou ex, la femme s’appelait Fransisca. L’homme s’est suicidé après avoir commis un féminicide. Selon La dépêche du midi , il aurait utilisé un fusil de chasse.
Le couple venait d’accompagner à l’école leur enfant de 11 ans. Ce dernier a été confié à une structure spécialisée. Le couple était « manifestement en instance de séparation », a expliqué le parquet et il n’était pas connu de la justice.
« C’est un couple très discret qui ne fréquentait pas beaucoup de monde », a expliqué un adjoint à la mairie de Lagardelle à La dépêche du midi.
Ce que nous rappellent ces dix nouveaux féminicides
On peut tirer plusieurs enseignements de cette liste. Le premier est que les féminicides continuent. En 2022, un décompte de Ouest-France évaluait à au moins 104 le nombre de femmes tuées par leur ex-compagnon ou compagnon.
Rien que pour les trois premiers mois de 2023, le comptage de Ouest-France dénombre déjà 29 femmes victimes de féminicides. Le profil des victimes du mois de mars confirme que ce phénomène de société concerne tous les âges, tous les milieux sociaux, toute la France.
Lire aussi : ENQUÊTE. Un an de féminicides : neuf graphiques pour comprendre ce fait de société
Le deuxième enseignement est que, comme on le voit dans plusieurs cas ce mois de mars, les violences ont très souvent lieu autour de deux moments clés d’un couple : une grossesse ou une rupture. « Les violences ont très souvent lieu lorsque la femme veut partir et lors de la séparation. C’est souvent un moment déclencheur. Je le constate très souvent. Il y a aussi un autre point culminant dans les violences : les grossesses et les naissances, c’est-à -dire le moment du passage de la femme à la mère. Ces hommes autocentrés ne supportent pas que la femme soit accaparée par autre chose qu’eux-mêmes », expliquait en septembre 2022 à Ouest-France Nathalie Tomasini, avocate au barreau de Paris spécialisée dans la défense des personnes victimes de violences conjugales et intrafamiliales.
Enfin, ces féminicides posent la question des alertes précédemment émises par ces femmes. En effet, plusieurs d’entre elles avaient précédemment porté plainte contre leur compagnon ou ex-compagnon, sans que cela n’empêche leur mort.
Si vous êtes victime de violences conjugales, vous pouvez joindre le 3919 ou le 114 par SMS.