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Éoliennes XXL en Nord-Sarthe : le projet devra obtenir une dérogation espèces protégées... |
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Le porteur de projet devra, si son avis est suivi par la formation de jugement, « solliciter une dérogation espèces protégées » (photo d’illustration). © Archives Ouest-France
Dans deux communes du nord du département sarthois, le rapporteur public estime que l’impact de deux éoliennes XXL sur les chauves-souris impose une dérogation espèces protégées.
Des chauves-souris, des hommes… et des éoliennes. Ce pourrait être le titre de la saga nouée, depuis bientôt cinq ans, autour du projet de parc éolien du Mortier-Jumeau, porté par Energieteam sur les communes de Moitron-sur-Sarthe et Saint-Christophe-du-Jambet, dans les Alpes Mancelles.
Un risque pour la noctule commune
Une ambition qui a été contrariée d’entrée par un refus du préfet, en décembre 2021. L’absence d’écoute en hauteur de l’activité des chauves-souris n’avait, alors, pas permis d’évaluer leur population.
Le veto du représentant de l’État avait été confirmé par la cour administrative d’appel de Nantes (Loire-Atlantique) le 20 décembre 2023. Le promoteur s’était alors plié aux exigences en plaçant des micros à 50 m et 100 m d’altitude (contre 120 m demandés). Il avait obtenu une autorisation d’exploitation, le 2 avril 2024, immédiatement contestée par les associations de Défense du paysage et de l’environnement du Nord-Sarthe et Sites et monuments, ainsi qu’une trentaine de riverains. Leur recours était examiné hier, à la barre de la cour nantaise.
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D’abord au regard des risques d’impact des deux machines de 200 m en bout de pales sur les nombreux chiroptères recensés. Des risques que le rapporteur public a jugé « suffisamment caractérisés », même en prenant en compte les mesures ERC (éviter, réduire, compenser) – bridage des machines, renaturation – proposées par Energieteam. Directement concernée, la noctule commune, menacée d’extinction totale en France à l’horizon 2050.
Délai maximum de dix-huit mois
Conséquence ? Le porteur de projet devra, si son avis est suivi par la formation de jugement, « solliciter une dérogation espèces protégées » pour régulariser son autorisation, dans un délai maximum de dix-huit mois. Le magistrat exprime aussi de sérieux doutes sur l’impact visuel sur les paysages et le voisinage. Il dénombre « sept parcs dans un rayon de 15 km » créant un effet « d’encerclement et de surplomb » sur treize hameaux.
Certains points de Saint-Christophe-du-Jambet offrent des vues sur « vingt éoliennes », une « dénaturation flagrante du cadre de vie ». Estimant toutefois que l’argument n’est pas « assorti de précisions suffisantes, notamment le nombre d’habitants concernés », il laisse une large marge d’appréciation aux juges de la Première chambre. Délibéré le 10 juin.