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ENTRETIEN. Argent, vacances, liberté : les bémols d’un urgentiste intérimaire... |
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Le Dr Pierre Brihier, intérimaire, aux urgences de l’hôpital de Montval, en Sarthe. « Une vacation standard de 24 heures, c’est 1 000 €. » © Ouest-France
La loi Rist, qui doit entrer en vigueur le 28 octobre, recadre la rémunération des médecins intérimaires. Le Dr Brihier, urgentiste intérimaire en Sarthe, explique les avantages et inconvénients de ce statut.
La loi Rist, qui doit entrer en vigueur le 28 octobre, vise à mieux contrôler la rémunération des médecins intérimaires, parfois qualifiés de mercenaires. Le Dr Pierre Brihier, urgentiste, a été praticien hospitalier avant de devenir intérimaire, notamment en Sarthe et en Normandie. Il explique les avantages et inconvénients de ce statut.
Entretien
Dr Pierre Brihier, 45 ans, urgentiste intérimaire au centre hospitalier de Montval (Sarthe).
Plutôt que de vous faire embaucher dans un hôpital, vous travaillez comme intérimaire. Pourquoi ?
J’ai travaillé quinze ans comme praticien hospitalier titulaire en Martinique. Pour revenir en métropole, j’ai pris une disponibilité. Je ne me voyais pas m’engager dans un hôpital avant de voir sur place.
Je vis en région parisienne, où il y a beaucoup de gros hôpitaux avec des dysfonctionnements. Je préfère aller dans de petits hôpitaux de province. J’ai travaillé dans le Loiret, en Normandie, en Sarthe…
Votre statut vous permet de gagner en liberté…
J’ai seulement la liberté de ne pas travailler quand je veux. En août, j’ai pu profiter de mes enfants. Mais j’ai gagné zéro euro. Et je suis soumis aux offres des hôpitaux : souvent pour le week-end et les vacances scolaires.
Combien gagnez-vous ?
Sur l’année, environ 10 % de plus que ce que je gagnais comme praticien hospitalier.
À combien s’élève une vacation ?
Pour 24 heures aux urgences de Montval, je touche 1 000 € net. Ça paraît beaucoup, mais les gens ne voient pas les côtés négatifs du statut d’intérimaire. D’abord le temps : six heures de route pour faire l’aller-retour. Quand j’enchaîne avec une garde, une journée de repos puis une nouvelle garde, ça fait 2 000 € pour 80 heures sur place, loin de ma famille, avec du travail de nuit.
Les autres inconvénients ?
À la différence des praticiens hospitaliers, on ne bénéficie pas des cinq semaines de congés annuels, des quatre semaines de RTT, des deux semaines de congé formation. Une formation, ça tourne autour de 2000€. Et surtout, si j’ai un accident de la route en rentrant chez moi, je n’ai aucune aide.
Vous pouvez souscrire une assurance.
Aucune banque, aucune société d’assurance, n’accepte de me couvrir en cas d’invalidité après un accident ou une maladie grave. Si j’ai un gros pépin, je me retrouve à la rue. C’est une énorme insécurité. Il faut mettre de l’argent de côté.
Ça peut aller vite. Certaines annonces proposent des vacations à 2000€
C’est vrai. Mais dans certains hôpitaux uniquement, sur des dates précises, genre 31 décembre. Comme personne ne veut travailler sur ce jour particulier, avec beaucoup d’interventions, c’est mieux payé.
Des médecins négocient. Vous trouvez ça normal ?
Les négociations se font à la marge, autour de 10 %. Et pas par hasard. C’est souvent parce qu’on vous appelle au dernier moment, pour aller dans un endroit difficile.
Le salaire doit être lié à la pénibilité. Urgentiste est un métier très dur. Certains partent parce qu’ils n’en peuvent plus, ils n’arrivent pas à prendre leurs vacances. Et il y a des endroits, quel que soit le salaire, on n’a pas envie d’y aller. Quand vous avez vingt patients en danger dans le couloir, le jour où il y a une plainte, ça vous retombe dessus.
Quelle serait la solution ?
80 % du problème, c’est l’absence de lits pour hospitaliser nos patients qui restent dans les couloirs. Si on améliore la prise en charge, avec des lits en aval, les médecins prendront des postes dans ces services. Et il n’y aura plus de poste libre pour des remplaçants. Le problème est pris dans le mauvais sens. Mais ça permet d’accuser les méchants mercenaires plutôt que le gouvernement défaillant, à l’origine du problème.
La loi Rist vise à faire cesser les enchères des intérimaires en veillant à harmoniser le montant des vacations…
Ce n’est pas en réduisant le salaire des intérimaires qu’ils vont travailler davantage. On fait déjà des gros volumes horaires. Si on paie moins, les gens bosseront moins.