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En réformant l’AME, Sébastien Lecornu regarde sur sa droite... |
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L’Aide médicale de l’Etat prend en charge les dépenses de santé des personnes étrangères en situation irrégulière. © Jean-Michel Niester/Ouest-France
Le Premier ministre annonce deux décrets visant à lutter contre les fraudes à l’Aide médicale de l’État. Ils sont publiés, ce dimanche matin, au Journal officiel.
L’Aide médicale de l’État (AME), le retour ! Stratégiquement mis sous le boisseau depuis plusieurs mois, ce dossier explosif, crispant les différentes composantes du Parlement, refait surface à la faveur de l’intervention du Premier ministre dans la presse quotidienne régionale. Si Sébastien Lecornu juge ce dispositif sanitaire « indispensable » – destiné à prendre en charge les dépenses médicales des personnes étrangères en situation irrégulière – veut le réformer afin, notamment, de lutter contre la fraude. Deux décrets paraissent en ce sens, ce dimanche matin, au Journal officiel. Le chef du gouvernement n’écarte pas, non plus, la possibilité de revoir, un jour, le panier de soins offert aux bénéficiaires. Mais pas tout de suite.
Un pas à droite
En remettant ce coup de projecteur sur l’AME, le Premier ministre choisit, ostensiblement, de regarder sur sa droite, après avoir privilégié sa gauche lors des discussions financières, longues et tendues. Sébastien Lecornu, qui a fait ses classes à l’UMP et chez LR, fait donc un pas vers la majorité sénatoriale qu’il avait malmenée – et réciproquement – au moment du débat budgétaire récent. Ces derniers mois, au cours d’échanges sur l’AME dans le cadre du projet de finances, la chambre haute avait proposé de conditionner « systématiquement » une demande de prise en charge de certains actes de santé à l’accord préalable de l’Assurance-maladie.
« Des économies potentielles »
« Nous ne sommes pas favorables à la suppression de l’AME, mais nous pensons qu’il faut la réguler un peu plus », avait alors déclaré le centriste Vincent Delahaye (Essonne). Il a, visiblement, été entendu par Matignon. D’autant plus que cet accord préalable figure dans le rapport que Claude Évin et Patrick Stefanini – reçus par Sébastien Lecornu en septembre – ont remis à l’exécutif voici trois ans. Au cours de cette même intervention au palais du Luxembourg, Vincent Delahaye incitait également l’exécutif à revoir par décret la liste de certains actes offerts aux personnes étrangères en situation irrégulière. « Ce qui représenterait des économies potentielles ». Vraiment ? La gauche sénatoriale en doute, refusant « de céder aux injonctions d’une droite s’éloignant de nos valeurs républicaines ».
Un budget stable
Pour cette année 2026, l’État table sur 1,2 milliard d’euros de dépenses d’AME. Un budget stable. Selon la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, l’AME remplit trois objectifs : humanitaire, sanitaire et budgétaire. « Une prise en charge médicale précoce permet d’éviter des interventions plus lourdes », estime-t-elle.