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ÉDITORIAL. Contre le cancer, de la science, des machines et beaucoup d’humanité... |
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Au centre hospitalier de Cholet, dans le service oncologie. Photo d’illustration. © Franck Dubray, archives Ouest-France
En France, la mortalité imputable aux cancers a globalement diminué entre 2012 et 2022. Le résultat, notamment, de diagnostics plus précoces, des efforts de prévention et d’avancées thérapeutiques. L’intelligence artificielle nourrit de grands espoirs.
Notre mère, notre frère, notre ami, notre collègue, le voisin, nous. Le cancer nous touche toutes et tous. Dans son panorama 2025, l’Institut national du cancer recense 433 136 nouveaux cas en 2023 (1). La même année, 1,3 million de Françaises et de Français étaient traités pour un cancer en hospitalisation courante. Mais la mortalité a globalement diminué entre 2012 et 2022.
À ce titre, l’intelligence artificielle (IA) nourrit de grands espoirs : elle augmente les capacités des médecins pour mieux diagnostiquer et mieux soigner. Ainsi, l’Institut Gustave-Roussy utilise déjà « un algorithme qui croise un certain nombre de caractéristiques : génétiques, familiales ou liées à l’exposition » pour proposer une prévention individualisée (2). Grâce à l’IA, le même institut crée un double numérique de la tumeur pour simuler ses cibles et prévoir les blocages adaptés. La technologie permet également d’identifier l’origine des cancers rares. Autant d’avancées qui font dire à l’oncologue Sarah Watson qu’ « un monde sans cancer incurable est possible » (2).
L’avenir est un luxe pour certains patients
Une affirmation comme un talisman pour toutes celles et ceux qui luttent ou qui ont lutté. Mais il convient de tempérer le propos. D’abord, parce que l’avenir est un luxe pour certains malades et leurs aidants qui ne peuvent attendre les progrès du futur.
Mais aussi parce que l’horizon de passer de 65 à 80 % de cancers guérissables est une moyenne (2), comme le rappelaient nos confrères du Parisien, mercredi, à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer. Selon la localisation de la tumeur, les chances de survie ne sont pas les mêmes.
Il y a aussi, une part pour laquelle les progrès de la science ne peuvent pas grand-chose et qui nous revient : tabac, alcool, alimentation déséquilibrée… Près de la moitié des cancers seraient évitables, selon l’Institut national du cancer.
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Des dépistages qu’on ne fait pas toujours
Et si les dépistages progressent, on ne les fait pas toujours. Parce que la pénurie de soignants allonge les délais de rendez-vous. Que les difficultés personnelles et sociales rétrogradent parfois la santé au dernier rang des préoccupations. Ou par pudeur – c’est le cas pour le dépistage du cancer colorectal. Quelle que soit la cause, les conséquences sont lourdes. Chez les femmes, la réalisation d’un frottis, dans les délais préconisés par les autorités de santé, permettrait d’éviter neuf cancers du col de l’utérus sur dix.
Sans compter la peur. « Quand on se sent en pleine forme, on n’a pas envie d’imaginer qu’on pourrait être malade », analyse le président de la Ligue contre le cancer, Philippe Bergerot (4). La solution ? Un accompagnement par des professionnels de santé, estime-t-il. Pour vaincre le cancer, la science et les machines sont sans doute nos meilleures armes mais il faudra aussi beaucoup d’humanité.
(1) Institut national du cancer, panorama 2025 ; (2) Ouest-France du 2 février ; (3) Le Parisien du 4 février ; (4) La Croix du 4 février.