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DÉCRYPTAGE. Municipales 2026 en Sarthe : un maire RN à La Flèche, épiphénomène ou vraie poussée ?... |
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Marie-Caroline Le Pen, déléguée départementale du Rassemblement national en Sarthe, était présente à la préfecture au Mans. © Ouest-France
La victoire de Romain Lemoigne (Rassemblement National) à La Flèche est-elle le signe d’un ancrage encore plus fort en Sarthe ? Ou un cas isolé ? La question divise.
Non, Romain Lemoigne n’est pas le premier maire d’extrême droite en Sarthe. En effet, le premier a été Marcel de Cossé-Brissac, maire de Nauvay, de 1989 à mars 2001. Le châtelain de Nauvay, son titre de noblesse, a dirigé la plus petite commune de la Sarthe de 1989 à mars 2001 (18 habitants à l’époque, 11 aujourd’hui). Il était encarté Front National. On peut parler d’un épiphénomène.
Une alerte aux législatives
En revanche, ce qui s’est passé à La Flèche, ce dimanche 22 mars 2026, est plus significatif. En effet, Romain Lemoigne, 25 ans, a fait basculer un bastion de gauche. Mais il n’a pas réussi ce coup de force en quelques semaines. Lors des législatives 2024, il était déjà le candidat RN dans la 3e circonscription de la Sarthe. Au premier tour, il avait viré en tête avec 42,54 % face à Éric Martineau (Modem), le député sortant, et bien loin devant le candidat de gauche du Nouveau front populaire. C’était aussi le cas plus spécifiquement à La Flèche, puisque Romain Lemoigne était en tête au premier tour avec 2 509 voix (36,82 %). Mais aussi au second tour avec un nombre de voix plus important (2 843, 41,94 %). Sans compter qu’aux européennes, quelques semaines plus tôt, le score de la liste de Jordan Bardella (34,31 %), bien loin devant la gauche socialiste de Raphaël Glucksmann, avait déjà marqué à La Flèche.
« Un plafond de verre »
Cette double alerte a-t-elle été reçue par Nadine Grelet-Certenais et l’équipe socialiste sortante ? Pas certain. Moins de deux ans plus tard, période au cours de laquelle Romain Lemoigne a littéralement labouré le terrain fléchois, la tête de liste RN a viré en tête au premier tour des municipales. Et confirmé au second. Pour le président du département, Dominique Le Mèner, cette victoire du RN à La Flèche ressemble plus à un épiphénomène. Dans les autres communes de la Sarthe, le Rassemblement national n’a pas réussi à s’imposer. Il y a une sorte de plafond de verre, que ce soit à Bonnétable ou à Sablé, avec des votes qui restent aux alentours de 15 %. Comme au Mans, d’ailleurs. La Flèche fait partie des communes de gauche du département qui ont basculé. Sans doute que les électeurs n’ont pas reconnu une mairie sortante.
La Sarthe, la porte d’entrée vers l’Ouest du RN
La lecture est évidemment tout autre du côté de Marie-Caroline Le Pen, la responsable départementale du RN en Sarthe. On assiste à un basculement politique dans la Sarthe. D’abord avec l’élection de Romain Lemoigne à La Flèche, très légitime, avec une participation de plus de 70 %. Ce n’est pas donc pas une élection par hasard. C’est une adhésion. Les gens veulent une alternance que nous représentons.
L’ancienne candidate aux législatives dans la 2e circonscription en Sarthe va même plus loin. À La Flèche, les Républicains ont pris le risque de faire passer la maire socialiste, je trouve que c’est un comportement assez grave. Et ça tombe bien, puisque nous sommes en train de les remplacer en Sarthe, comme c’est le cas au Mans. Nous apparaissons comme la force d’opposition et d’alternance. C’est le signe de l’enracinement du RN en Sarthe et dans l’Ouest, une porte ouverte sur ce que nous appelons entre nous « la conquête de l’Ouest.
Un pied dans la porte
Dimanche soir, ce n’est pas Nauvay et ses 11 habitants qui a été prise par le Front national d’antan. Mais bien La Flèche, qui est tombée dans l’escarcelle du RN avec ses 14 000 habitants. Soit la deuxième ville de la Sarthe. Un département qui voit, à chaque élection, le nombre d’électeurs augmenter en faveur du RN depuis 1987. Épiphénomène ? Véritable ancrage ? L’avenir nous le dira. Mais dimanche, le RN a bien mis un pied dans la porte qui ouvre vers l’Ouest.