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Charles Trenet, l’alchimiste du bonheur, au cœur d’un documentaire « Rembob’Ina », ce dimanche soir sur LCP... |
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Patrick Cohen, en compagnie de Richard Poirot de l’INA, reçoit Alex Beaupain, auteur, compositeur, interprète, et Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France, ce dimanche. © INA
Ce dimanche 22 février, sur LCP-Public Sénat, « Rembob’Ina » rappelle le « fou chantant » à travers de belles archives, dont une interview avec Pierre Bouteiller, autour d’un piano en plein air dans la garrigue.
Auteur, compositeur et interprète, Charles Trenet a marqué de son empreinte la chanson française. Ce dimanche 22 février, à 20 h 40, sur LCP, Rembob’Ina rend hommage au « fou chantant », 25 ans après sa mort. Entretien avec Didier Varrod, journaliste et producteur sur France Inter , auteur d’un podcast Tout l’été pour Trenet.
Que contient l’émission consacrée à Charles Trenet, ce soir ?
Elle est construite autour d’une magnifique archive de Charles Trenet, 58 ans, interviewé par Pierre Bouteiller (ex-grande voix de France Inter) au milieu de la garrigue, du vent et des cigales, un piano posé là, devant la mer. Eux, debout, autour du clavier, parlent avec une simplicité, une sincérité et une complicité émouvantes. Pierre Bouteiller l’accompagne même au piano un instant. Et Charles Trenet s’interroge sur ce qu’il a apporté à la musique, à ce qu’il appelle « l’art mineur » de la chanson, et sur ce qu’il pourrait apporter encore. Comment vieillir en tant qu’artiste…
Auteur d’un podcast en 2011 sur Charles Trenet (9 épisodes), comment le décririez-vous ?
Il est né dans une famille de musiciens amateurs, mais il était surtout amoureux de littérature et de poésie. Il était l’ami des surréalistes, Max Jacob et Cocteau. Il a été le premier à faire swinguer la langue française. Il voulait faire sonner le français comme l’anglais, sur une rythmique accélérée et des tonalités jazz. Et sur scène, ce génie de la mélodie vivait ses chansons avec son corps, et avait un style, avec son Panama, ses mimiques. Sa vitalité lui a valu le surnom de « fou chantant ». Charles Trenet a vécu son âge d’or dans les années 1950. Ses chansons sont devenues des standards américains, reprises alors, entre autres, par Frank Sinatra.
À quelle période correspond cette séquence d’archives de 1971 ?
En 1971, il est de retour dans la lumière et triomphe sur la scène de l’Olympia. Les années 1960 ont été dures. Accusé d’homosexualité, alors réprimée, il séjourne en prison à l’été 1963. Artistiquement, il reste à l’écart de la vague des yéyés, puis des Polnareff, Dutronc, Sanson, dont il trouve les chansons tristes. Il passe à côté de Mai 68 et en 1969, c’est l’année érotique de Gainsbourg, qui va, à son tour, faire swinguer la langue française sur tous les rythmes.
Quand il chante la joie, c’est une façon de doubler la mélancolie ?
Charles Trenet répare la mélancolie avec la joie. C’est un alchimiste du bonheur. Il est né en 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale. Et il prenait son envol artistique en 1938, un an avant la Seconde. Entre les deux, il y a eu le divorce de ses parents et plusieurs années mal vécues dans un pensionnat religieux. Beaucoup de ses chansons ont un double sens. Je chante, au rythme si joyeux, se termine par un suicide. D’autres sont simplement et doucement mélancoliques et magnifiques : La Mer, Revoir Paris ou Que reste-t-il de nos amours.
Le festival du Printemps de Bourges l’a-t-il relancé en 1977 ?
Charles Trenet a fait ses adieux en 1975. Mais Daniel Colling le convainc de remonter sur scène au Printemps de Bourges, comme un parrain pour les nouveaux Jacques Higelin et Hubert-Félix Thiéfaine. Il se produira avec un dernier album à 80 ans, au Québec, mais aussi en France, jusqu’à la consécration en 1992, dans le nouvel opéra Bastille. Son influence a été immense. Alex Beaupain, issu de la nouvelle scène des années 2000-2010, revendique cet héritage.
LCP-Public Sénat, 20 h 40.