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Au Mans, qui élève des poules dans son jardin ?... |
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Myriam Guilleron, propriétaire de Chocolat et Caramel et le géographe, Frédéric Fortunel. © Ouest-France
Un chercheur en géographie de Le Mans université (Sarthe) s’intéresse aux nouveaux rapports des citadins avec les poules. Il lance une enquête auprès des propriétaires de ces gallinacées. Comme Myriam, éleveuse amateuse au Mans.
Caramel et Chocolat caquettent tranquillement en cisaillant des brins d’herbe, sous l’œil goguenard d’un chat noir. « Elles ont un terrain de 250 m², alors que les recommandations sont de 20 m2 par poule. Elles ne sont pas malheureuses » sourit Myriam Guilleron, leur propriétaire. Caramel et chocolat sont des poules urbaines. Elles vivent dans une impasse du quartier Saint-Pavin, au Mans (Sarthe).
Terrain ensoleillé, avec abri à l’ombre. Nourriture bio à volonté. Appartement individuel, chacune à son étage. « Vous pouvez même les surélever. Les poules adorent être en hauteur » conseille Frédéric Fortunel, à la propriétaire. Lui est chercheur au laboratoire de géographie sociale (Eso) de l’université du Mans. Il s’intéresse aux nouvelles relations des humains avec les animaux. Et particulièrement avec les poules.
Le top 10 des poules pondeuses
En avoir une ou plusieurs chez soi est devenu tendance depuis quelques années. « Jusque dans certains appartements parisiens. Mais il s’agit alors plutôt de poules d’ornement, qui servent d’animaux de compagnie », poursuit le géographe.
Pas question de poule en liberté dans la petite maison de Myriam. « C’est une question d’hygiène ! » Il y a quelques années, l’enseignante mancelle s’est retrouvée à partager un jardin, en face de chez elle, avec ses deux voisines. Après avoir consulté sur Internet « le top 10 des meilleures poules pondeuses », chacune en a acheté une.
Une voisine a choisi une poule rousse de Loué. Myriam a opté pour une Harco. « Une poule noire à collerette dorée, magnifique au soleil », baptisée Chocolat. La troisième s’est révélée être… un coq et a dû être exfiltrée. Son cocorico à 3 h du matin ne faisait pas l’unanimité dans le quartier.
Caramel sauvée de l’abattoir
Quand la poule de sa voisine est morte, Myriam n’a pas voulu laisser Chocolat toute seule. Pas question cette fois de débourser une vingtaine d’euros. Sur Leboncoin, elle a trouvé une poule rousse « de réforme », à 2 €. La sauvant ainsi d’une fin précoce à l’abattoir avant une transformation en nuggets. Et ce n’est pas rien pour Myriam, qui, surtout depuis la mort de sa chienne, est devenue « très sensible à la condition animale et à leur bien-être ». Elle l’a baptisée Caramel.
Les deux poulettes s’entendent très bien. La noire est plus farouche que la rousse, davantage « sociable ». Elles sont une attraction appréciée des enfants du quartier. De février à octobre, les cocottes produisent quasi quotidiennement leur œuf « avec un jaune de bonne taille et plus foncé ».
« Ça donne de la vie au jardin »

Les poulettes de Myriam pondent quasi-quotidiennement de bons gros œufs bios. Ouest-France
Il est arrivé que Caramel ponde des œufs sans coquille, s’étonne Myriam. « Durant sa courte vie de pondeuse en élevage, une poule bénéficie d’une nourriture très riche en protéines. Le changement de régime explique peut-être cela, suggère Frédéric Fortunel. Pondre demande un gros effort. Elle a besoin de calcaire. Il faudrait lui donner des coquilles d’huîtres broyées ou même du sable ».
Myriam apprécie ses œufs, qu’elle utilise en cuisine et pour le troc de légumes avec ses voisins. Interrogée par le chercheur sur ses motivations, elle explique qu’élever des poules en amatrice correspond bien à « ses habitudes de faire par elle-même. Et puis, ça donne de la vie dans le jardin ». Et ajoute-t-elle, pensive, « peut-être qu’inconsciemment, je reproduis un peu le jardin de mon grand-père qui avait des poules ». Avant de conclure, « ça me fait plaisir d’avoir des poules heureuses »…
Propriétaires de poules, vous intéressez un scientifique !

La poule rousse Caramel est très sociable. Ouest-France
Avec deux étudiantes de Le Mans université, Frédéric Fortunel, enseignant-chercheur au laboratoire de géographie sociale (ESO), lance une enquête pour « mieux comprendre l’évolution du rapport à l’animal des habitants de la Sarthe ». L’étude s’intéresse aux « territorialités de la poule et aux formes sociales existantes » (producteurs, sélectionneurs, éleveurs amateurs…) aussi bien en zone rurale qu’urbaine.
Pour mener à bien cette enquête, il lance un appel aux particuliers, propriétaires de poules, pour cerner leurs relations avec elles. Pour y participer, c’est très simple. Il suffit de répondre au questionnaire en ligne (https://cutt.ly/BPGX4KX) ; ou bien le lui demander par mail à frederic.fortunel@univ-lemans.fr ; ou pour le recevoir par SMS, appeler le 06 95 12 77 34.
« Les données et avis sont strictement confidentiels, assure le chercheur. L’enquête n’est financée par aucun groupe d’intérêt ».