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Aire de Sargé Le Mans nord sur l’A11. Les routiers priés de dormir ailleurs... |
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À la suite d’une mesure préfectorale liée aux migrants, sur l’aire de l’A11 Sargé Le Mans nord, les routiers sont priés d’aller dormir ailleurs. © Ouest-France
Depuis le 1er janvier, le stationnement des poids lourds est interdit, de 21 h à 6 h, sur l’aire d’autoroute de Sargé Le Mans nord. La préfecture a pris cette mesure pour mettre un frein à l’activité des migrants montant régulièrement dans les camions sur cette aire de l’A11. Pour le moment, l’arrêté n’est pas forcément respecté.
Au petit matin, en pantalon de pyjama, un camionneur bulgare se brosse les dents sur le parking de l’aire d’autoroute de Sargé Le Mans nord. Ce samedi 11 janvier, il vient de passer la nuit sur cette aire d’autoroute au nord du Mans. À côté de lui, un routier russe se réveille lui aussi tout doucement, un mug de café chaud à la main.

Un mug de café chaud à la main, un routier russe se réveille tout doucement sur l’aire de Sargé Le Mans nord, ce samedi 11 janvier. Ouest-France
Au pied de la calandre d’un mastodonte de la route, d’autres chauffeurs, polonais cette fois-ci, ont dressé une petite table de camping et attendent leur tour pour prendre leur douche.
Mais savent-ils que, depuis le 1er janvier, le stationnement est interdit aux poids lourds, entre 21 h et 6 h. Et ce, par arrêté préfectoral sur l’ensemble de l’aire, y compris les parkings et bretelles d’accès. « Première nouvelle », s’étonne Christophe, un routier vendéen.

« Première nouvelle », s’étonne Christophe, un routier vendéen, qui ignorait l’arrêté préfectoral interdisant aux poids lourds le stationnement sur l’aire de Sargé durant la nuit. Ouest-France
Un frein aux migrants
La mesure a été prise par le préfet de la Sarthe, Nicolas Quillet, pour tenter de mettre un frein à l’activité des migrants qui ont pris l’habitude, sur cette aire plus qu’une autre, de monter en clandestin dans les camions en vue d’atteindre l’Angleterre, via le nord de la France par l’A28. La discrétion d’un petit bois, situé derrière le grillage de la station, les y aide fortement.
« Cette mesure n’est pas limitée à cette aire sarthoise. Des arrêtés préfectoraux sont en cours dans d’autres départements sur le territoire national », rappelle un officier de gendarmerie.
Sur les portes vitrées coulissantes menant à la boutique de l’aire d’autoroute, la double page de l’arrêté est placardée. Les usagers de la route peuvent y lire que « cette aire de service, de par son implantation géographique, son environnement et son accessibilité, facilite le développement de réseaux de passeurs engendrant ainsi le transit de nombreux migrants en vue de pénétrer dans les poids lourds stationnés ». Mais aussi que « malgré le démantèlement de deux filières de passeurs en avril et juillet 2019, ce secteur est toujours sujet à la pression migratoire et que l’aire de Sargé Le Mans nord est clairement identifiée comme un point important de montée dans les poids lourds pour les migrants désireux de se rendre au Royaume-Uni ». On y apprend également que la recrudescence de l’afflux de migrants a été constatée depuis le début de l’année 2019 et, en particulier, sur le dernier trimestre.
Hommes armés
C’est au cours de ce dernier trimestre que la peur de quelques salariés de l’aire a pu monter d’un cran. Embauchant vers 6 h, certains d’entre eux ont dû attendre dans leur voiture après avoir été prévenus par leur collègue de nuit de la présence d’hommes armés sur le parking.
Daté du 12 décembre, l’arrêté préfectoral court jusqu’au 1er avril. Une poignée de flyers rédigés en français d’un côté, puis en anglais de l’autre, est disposée à l’intérieur de l’aire. « L’interdiction de stationner s’accompagne de la mise en place d’une information en amont de cette aire de service sur des panneaux d’affichage, via les réseaux des fédérations de transporteurs, via les réseaux des clients des groupes Total et Argédis et via la radio autoroute info », ajoute la préfecture.
Est-ce suffisant ? Pas sûr, vu le nombre de camions qui y stationnent encore la nuit. « L’aire est toujours blindée des deux côtés de l’autoroute, glisse un chauffeur de car habitué à l’A11. L’arrêté n’est pas appliqué. En sachant que ça apporte beaucoup d’activité commerciale à la station. »
Autre point : les chauffeurs routiers sont contraints de respecter un nombre d’heures de conduite maximum entre chaque pause. « Ils n’ont pas pensé à ça en écrivant l’arrêté, raille l’un d’eux. À un moment donné, il faut bien qu’on s’arrête. »