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Le violeur récidiviste condamné à 11 ans de prison... |
La cour d'assises de la Sarthe a condamné, hier, à 11 ans de prison, l'homme de 35 ans qui a violé à plusieurs reprises une jeune fille de 12 ans. Un bébé est né de ces étreintes.
Comment la plupart des adolescentes ont-elles occupé ces dernières 48 heures ? Copines, rires, insouciance ? Caroline (1) qui fêtera son 16eanniversaire dans quelques jours, les a passées sur le banc des parties civiles de la salle d'assises. Au terme desquelles la cour a condamné à 11 ans de détention celui qu'elle considérait comme un ami de la famille et qui l'a violée quand elle avait 12 ans.
« À l'âge des premiers émois amoureux, elle a connu de sinistres coïts imposés sur la banquette arrière d'une voiture, à 7 h du matin, dans un bois », dénonce son avocat, Me Sadeler. Décrite comme « vulnérable et suggestible », Caroline bénéficiait déjà, à l'époque, d'un suivi psychologique. Elle ignorait tout de la sexualité et a découvert sa grossesse un mois avant le terme. Même le jour de l'accouchement, elle n'a pas compris ce qui lui arrivait. Elle a donné naissance à son bébé cinq minutes après son arrivée à l'hôpital.
Sa famille a été obligée de déménager : « Les gens la montraient du doigt, c'était insupportable », raconte sa maman. Caroline a aussi changé de collège.
« Elle ne parle jamais de ce qui s'est passé »
Quand ses nouveaux amis l'invitaient au cinéma ou au McDo, elle refusait toujours, prétextant que « sa petite soeur était malade ou qu'elle devait la garder ». Mais au bout d'un moment, ce n'était plus tenable pour elle. Avec l'aide de la directrice et de l'assistante sociale du collège, elle a expliqué à la classe que ce n'était pas sa soeur, mais sa fille. « Elle a su se délivrer. Mais, ajoute sa mère, depuis, elle ne parle jamais de ce qui s'est passé. Jamais. »
Depuis deux ans, c'est la maman de Caroline qui s'occupe du bébé. La collégienne prend le relais quand elle rentre. Elle vient de passer ses examens. Son visage s'illumine quand elle parle de ses projets de formation. Mais sa maman pense qu'elle reste une proie possible.
Benoît (1), l'accusé, est aussi du genre taiseux. Dans son box, il se tient la plupart du temps la tête baissée. Reconnaît les faits du bout des lèvres, en en faisant porter la responsabilité sur Caroline. Quand il a appris qu'elle était enceinte de lui, il a dit : « C'est con que ça tombe sur moi ». Lui qui voulait tellement « éviter les emmerdes ».
« Incapable de résister à ses pulsions »
La psychiatre a pointé son « immaturité psychoaffective et sa débilité légère ». Son insuffisance intellectuelle en fait quelqu'un d'« incapable de résister à ses pulsions. Il agit comme un enfant : ce qu'il a envie de faire, il le fait ». C'est ainsi qu'il conduit sans permis, vole ou abuse de petites filles. « Des pulsions ? s'étonne l'avocat de Caroline. Il faut être motivé pour aller voir une gamine de 12 ans à 7 h du matin, à 50 km de là ! » La psychiatre est prudente sur les risques de récidive. « Il reste dangereux. » À moins d'une prise en charge sérieuse « pour intégrer enfin l'interdit moral de relations avec des mineures ».
Par deux fois, il a été condamné pour ces raisons dans le passé. Ce qui pousse l'avocate générale à demander que soit retenue la récidive et à requérir 15 ans d'emprisonnement. Elle dénonce aussi « son absence de remords et d'empathie à l'égard de Caroline et de son bébé ».
Charge alors à Me Godard de « faire comprendre quelqu'un qui ne s'est pas compris lui-même ». Après une enfance cabossée, et grandi sans repère, il gomme systématiquement son passé. « Quand il est avec une fillette, il se considère comme son égal, mais n'intègre pas qu'il met en face d'elle le corps d'un adulte de 30 ans ».
La cour a condamné Benoît à 11 ans de détention avec suivi sociojudiciaire de 5 ans et obligations de soins.
(1) prénoms d'emprunt.
Ouest-France