|
Le Mans. Il témoigne après le décès de son fils, sergent au 2e RIMa... |
1
Didier Blaize, père du sergent Alexandre, décédé en mars dernier : « J’ai mis quatre mois avant de pouvoir remonter dans sa chambre. » © Photo « Le Maine Libre » - Denis Lambert
Didier Blaize participait jeudi dernier à l’hommage des marsouins envers leurs camarades décédés. Parmi eux, le sergent Alexandre Blaize, 27 ans, fauché en mars dernier lors d’un retour d’exercice.
Didier, son père et Julie, sa sœur, se tenaient bien droit, jeudi dernier, place Bazeilles, dans le cœur du camp d’Auvours, alors que les 450 marsouins du régiment rendaient hommage à leurs camarades disparus.
Dont Alexandre Blaize, 27 ans, fauché par une camionnette à 5h30 du matin le 29 mars dernier, au carrefour de la Pointe à Fâtines, alors qu’il guidait une marche « d’aguerrissement » dans le cadre de la formation des jeunes recrues. La marche de nuit se terminait d’une manière particulièrement tragique.
« À huit ans, il voulait déjà être soldat »
« Ils ont appelé au boulot. C’est mon patron qui m’a dit qu’il venait de se passer quelque chose de grave. » Ce matin du jeudi 29 mars, Didier Glaize, dans l’atelier de tôlerie où il est employé près de Caen, se retrouve fauché par le malheur : « Ils m’ont dit qu’Alexandre était décédé. Il fallait que je rentre à la maison pour annoncer cela à mon épouse et aux enfants. » : Julie, 19 ans, Aurélie, 31 ans, Jérôme, 29 ans. Alexandre, lui, avait 27 ans.
Un calvaire ! Sept mois après le décès, la cicatrice n’arrive pas à se refermer : « Ma femme ne sort plus. Moi, j’ai mis quatre mois pour simplement remonter dans la chambre de mon fils. On a du mal, vous savez. »
Didier serre les dents et les poings, presque habitué à maîtriser la douleur : « Ils m’ont aidé ici. Le colonel, les camarades, tous se sont mis en quatre pour soulager notre peine. Je suis venu pour rendre hommage à mon fils et remercier ses camarades. Ma fille est là aussi mais mon épouse n’a pas pu venir. C’est encore beaucoup trop dur, beaucoup trop récent pour elle. Perdre un fils, ce n’est pas dans la logique. »
Même d’un soldat ? Didier Blaize hésite. Puis se lance : « Parents, on ne peut pas lutter contre un tel engagement. Alexandre, il voulait être soldat depuis l’âge de 8 ans, lorsqu’il habitait encore avec nous dans notre maison de Douvres-la-Délivrande, près de Caen. Il nous disait déjà qu’il voulait s’engager. »
Julie confirme : « Il ne pensait qu’à cela, ne lisait que des revues militaires, des magazines des troupes de marine. Mais il n’était pas du tout passionné par les armes. Non, il voulait être soldat pour défendre un idéal. »
La peur en Afghanistan
Promesse tenue. Le 2 mars 2004, à l’âge de 19 ans, Alexandre s’engage, militaire du rang au 2e RIMa. Première mission au Gabon dès son arrivée. Puis au Sénégal, en Nouvelle-Calédonie en Guyane et en Côte d’Ivoire jusqu’en 2009.
Survient l’opération Pamir en Afghanistan entre décembre 2010 et juin 2011. Alexandre participe aux combats : « C’est là que nous avons vraiment commencé à avoir peur, se souvient Didier. Il nous a envoyé des vidéos et des photos qui le montraient dans des zones de combat. C’était terrible, violent, inoui. Moi je ne dormais plus. J’ai même craqué nerveusement tant j’avais peur pour lui. L’Afghanistan, c’était la guerre. »
Alexandre revient. Sain et sauf. De retour à la caserne, Alexandre devenu sergent, est désigné pour former des jeunes engagés volontaires. Jusqu’à cette marche de nuit et cette fichue camionnette qui viendra tout fiche en l’air, ce 29 mars dernier.
Didier baisse la tête : « Je voudrais bien savoir ce qui s’est exactement passé. J’ai récupéré ses décorations, son képi. Je me suis fait tatouer sur le blason de son Régiment. Mais y’a rien à faire. Il me manque. »
Jean-Benoît GAYET