|
Sarthe. Privés de salon de l’agriculture, « les agriculteurs se retrouvent isolés dans leur ferme »... |
1
Pascal Langevin avec Océan, son taureau de 3 ans de race charolaise. © Le Maine Libre
Pascal Langevin, éleveur de charolais à Beaumont-Pied-de-Bœuf, n’a pas pu présenter deux de ses animaux au Salon de l’agriculture 2021, annulé pour cause de pandémie de Covid-19. Il évoque la situation actuelle et l’avenir.
En 2021, Pascal Langevin, éleveur spécialisé dans la charolaise, devait proposer à la commission de choix de la race un taureau de 3 ans Océan et une vache Minette au Salon de l’agriculture qui aurait dû se tenir du 27 février au 7 mars à Paris.
« Le Maine Libre » : Que représente pour vous le Salon de l’agriculture ?
Pascal Langevin : « Le Salon de l’agriculture est le rendez-vous annuel du monde agricole avec les citadins. Tout comme les comices agricoles et la foire-exposition des Quatre jours du Mans, ces évènements nous permettent de communiquer avec la population, d’expliquer nos métiers, notre savoir-faire et aussi de rétablir certaines vérités en direct. Durant quatre ans j’ai été président du Herd Book charolais, seule association nationale en France dédiée entièrement au schéma de sélection de la race charolaise. Je passais quatre à cinq jours au salon. Cette année, pour la première fois je devais présenter deux animaux qui étaient prêts. Je suis donc particulièrement déçu, mais je souhaite le faire en 2022 ».
Parlez-nous de votre exploitation et de votre métier d’éleveur.
« Je suis avant tout un passionné de génétique. Je connais les lignées, les ascendants et descendants de tous mes animaux. J’exploite 125 ha dont 110 ha de prairies, je suis autonome à 95 % et suis adhérent du Label Rouge Charolais. Mon cheptel compte 250 têtes dont 75 veaux de l’année. Les animaux sont en prairie sauf de mi-novembre à mi-mars, où ils sont rentrés à cause des terrains humides. J’engraisse tous les mâles ainsi que six à huit reproducteurs. Tous les ans je garde une trentaine de femelles pour le renouvellement de mon cheptel. Je vends mes animaux dans la distribution locale depuis 1993, entre autres auprès d’Intermarché à Luceau et au Grand-Lucé et des établissements Cosme. En raison de la sécheresse, ces deux dernières années j’ai dû acheter du foin car il faut soigner le bétail de plus en plus tôt, dès début juillet cette année. Pour la paille, heureusement que certains céréaliers du secteur se montrent solidaires. »
Comment vivez-vous la période actuelle et comment voyez-vous l’avenir ?
« À cause de l’annulation des concours, comices et foires-expositions nous ne rencontrons plus les collègues. Comme pour toute la population les échanges nous manquent. Les agriculteurs se retrouvent isolés dans leur ferme. En ce qui concerne l’actualité, nous sommes toujours confrontés au faible prix de vente de nos produits. S’il n’y a pas de contractualisation des prix sur des bases différentes de celles actuelles, je doute de l’efficacité de la loi Egalim. Est-ce que le retour aux produits locaux pendant le confinement perdurera ? Je suis également sceptique car souvent il y a une différence entre le discours du consommateur et son application. Je suis âgé de 61 ans. Mon exploitation et le cheptel que j’ai créé représentent une vie de travail. Il est certain que mes animaux me manqueront, je suis attaché à eux et au travail de sélection réalisé durant ces 37 années. Je ne me sens pas capable de supporter de voir mon exploitation intégrée à une autre, j’aimerais que ma ferme soit reprise par un jeune motivé par la viande bovine et la génétique. »