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« Louis 14 » : l’Italie en émoi après que le Musée Carnavalet a supprimé certains chiffres romains... |
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Dans l’ouvrage de Michel Kummer, on apprend que Louis XIV, derrière sa mégalomanie, était d’une nature très anxieuse et assez perfectionniste... © Illustration : Hyacinthe Rigaud, 1701 / Wikimédia / domaine public
La décision du musée parisien de ne plus utiliser certains chiffres romains, au profit des chiffres arabes, suscite l’incompréhension et la colère chez les intellectuels de la botte italienne ce mercredi.
Les foudres de Rome s’abattent sur « Louis 14 » : plusieurs quotidiens italiens ont dénoncé mercredi la décision du Musée Carnavalet à Paris de remplacer les chiffres romains par les chiffres arabes afin de faciliter la compréhension des visiteurs.
« La polémique : Louis XIV deviendra Louis 14 », publie en Une Il Messaggero, le journal de la capitale italienne, tandis que le Corriere della Sera, principal quotidien de la péninsule, écrit également en première page un commentaire aussi lapidaire qu’éloquent : « Louis 14 ».
Le Musée Carnavalet veut se rendre plus accessible
Alors que le Louvre a renoncé il y a quelques années à la numérotation romaine pour désigner les siècles, estimant que ses millions de visiteurs, souvent étrangers, les ignoraient, le Musée Carnavalet, consacré à l’histoire de Paris, a supprimé elle aussi certains chiffres romains d’une partie des documents d’information au public. Une décision justifiée par le fait de permettre un meilleur accès des publics handicapés aux œuvres.
« Une des ambitions fortes de cette rénovation du musée Carnavalet – Histoire de Paris est de proposer un parcours qui soit le même pour toutes et tous. (...) Au musée Carnavalet, nous avons [inscrit] des dispositifs de médiation universelle tout au long du parcours, permettant à tout le monde de faire la même visite : de nombreuses œuvres sont accrochées à hauteur d’enfant, l’écriture braille est incrustée directement sur les textes de présentation au lieu d’être à part, l’usage de chiffres arabes sur ces dispositifs permet d’assurer la compréhension par toutes et tous », souligne Carine Roland, la présidente de Paris Musées qui gère le Musée Carnavalet.
Plusieurs intellectuels italiens s’insurgent contre cette décision
Massimo Gramellini, écrivain et vice-directeur du Corriere della Sera, fulminait néanmoins dans l’édition de son quotidien datée du XVII/III/MMXXI (17 mars 2021).
« Cette histoire des chiffres romains représente une synthèse parfaite de la catastrophe culturelle en cours : d’abord on n’enseigne pas les choses, puis on les élimine pour que ceux qui les ignorent ne se sentent pas mal à l’aise », écrit-il en première page, rappelant que « les obstacles servent à apprendre à sauter ».
Dans les pages intérieures du journal, un autre intellectuel, Luciano Canfora, dénonce une « stupidité » participant « d’un fléau plus général, celui du politiquement correct ».
« Il serait souhaitable d’avoir une loi imposant l’analphabétisme obligatoire et le retour à la seule communication orale », ironise l’écrivain, historien et philologue, qui propose dans un premier temps de supprimer lettres minuscules et majuscules.
Pour le professeur d’histoire romaine Giusto Traina, cité par Il Messaggero, « le vrai problème n’est pas le public ». « Non, le vrai problème ce sont ceux qui décident, les hommes politiques, les dirigeants locaux, ceux qui d’une certaine manière pensent on ne mange pas avec la culture », dit-il.