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« Les clients sont émus » : c’était le dernier service au restaurant la Cafette, à Sablé-sur-Sarthe

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photo  patricia, christine et ginette étaient les toutes dernières clientes du restaurant la cafette, jeudi 30 novembre 2023, à sablé-sur-sarthe.  ©  ouest-france 2

Patricia, Christine et Ginette étaient les toutes dernières clientes du restaurant la Cafette, jeudi 30 novembre 2023, à Sablé-sur-Sarthe. © Ouest-France

Cantine historique de la zone industrielle à l’est de Sablé-sur-Sarthe depuis 17 ans, le restaurant la Cafette a fermé ses portes jeudi 30 novembre 2023. Plus de 200 repas ont été servis pour le dernier midi.

Elles ont prolongé le plaisir jusqu’au bout, à bavarder autour de la table, côté fenêtre. Patricia, Christine et Ginette étaient les toutes dernières clientes à ranger leurs plateaux et quitter la grande salle de la Cafette, jeudi 30 novembre 2023. Les trois copines, qui résident du côté de Châteauneuf-sur-Sarthe (Maine-et-Loire), y avaient leur petit rituel, tous les jeudis, à la sortie de leur cours d’aquagym au centre aquatique du Pays sabolien.

« On n’arrivait souvent pas avant 13 h 30 mais on était toujours servies. Et avec le sourire », apprécient les trois retraitées. Derrière elles, les portes de cette emblématique cantine, où l’on pouvait s’offrir le triptyque entrée-plat-dessert pour moins de 10 €, se sont définitivement refermées. Dix-sept ans, presque jour pour jour, après la première ouverture, un lundi midi de décembre 2006.

« Beaucoup de gens ont changé leurs habitudes »

Historiquement, ce restaurant fut d’abord réservé aux employés d’un petit groupe d’entreprises qui l’entouraient, dans cette zone industrielle à l’est de la ville, avant d’être progressivement ouvert à d’autres salariés des environs et au tout-venant. À l’origine, ce self était d’ailleurs abrité dans les locaux de l’abattoir voisin, à l’époque de la Sabim, société passée sous l’enseigne Charal en 2004. « Mais Charal avait besoin de plus de place pour ses ateliers, alors le restaurant a été déplacé à l’extérieur du site », rembobine Joël Houtin qui en était le chef à cette époque et y a longtemps travaillé jusqu’à sa retraite à la fin des années 2010.

Il tenait à déjeuner sur place pour le dernier jour, accompagné par Maria Loutellier, une autre retraitée et ancienne employée de la Cafette. « C’est normal d’être là. C’est mon bébé », raconte l’ancien cuistot, surnommé Jojo, dont le sourire dissimulait une certaine tristesse face à la situation. « Ça fait mal », dit-il.

L’exploitant, anciennement R2C (Restauration collective Casino), rebaptisé Délisaveurs à son rachat en 2019 par le groupe mondial Compass, a en effet décidé de se retirer. L’histoire avait déjà bien failli s’arrêter en 2015, lors de la renégociation du bail avec le propriétaire des murs. La Cafette s’en était tirée. Provisoirement. Car elle a ensuite dû affronter la pandémie de Covid-19 et ne s’en est jamais véritablement remise.

« Pour le dernier service, on a fait 214 couverts. C’est ce qu’il nous aurait fallu tous les jours, calcule Jean-Louis Chauvin, le gérant depuis quatre ans et demi. Il nous manquait 50 à 60 couverts par jour en moyenne pour continuer. » « C’est malheureux, mais avec le Covid, beaucoup de gens ont changé leurs habitudes. Et à cela il faut aujourd’hui ajouter l’inflation du coût des matières premières », constate Samuel Olivier, le cuisinier, qui officiait depuis sept ans.

Boîte de chocolats et photos souvenirs

Ils étaient encore quatre employés à temps plein à travailler pour la Cafette, plus un renfort occasionnel en intérim. Un reclassement leur a été proposé, au Mans. Ils ont préféré rebondir à leur façon. La plus ancienne, Catherine Le Turdu, dite Cathy, est à quelques mois de la retraite. Elle a fait le choix de ne pas s’échiner à trouver autre chose, pour si peu. Tous ont eu le droit à de nombreux remerciements ces derniers jours. « Les clients sont émus. On avait bonne équipe, une ambiance familiale. Ça les sortait de leur entreprise », confie Cathy.

Parmi les fidèles, Solène a offert une boîte de chocolats en passant à la caisse, jeudi. Un « petit cadeau » pour marquer le coup : avec une dizaine de ses collègues de l’agence sabolienne de Pôle emploi, elle venait former une grande tablée tous les jeudis midi depuis plus de dix ans. « Le jeudi après-midi, nous n’avons pas de rendez-vous. Ça nous laissait plus de temps pour manger ensemble ici », retrace Solène, qui a posé avec tout son groupe pour une photo souvenir.

À la table d’à côté aussi, l’équipe de la fonderie Grandry Technicast a pris une photo avec le smartphone pour immortaliser ce moment. Franck, le directeur, en avait fait sa cantine avec plusieurs membres de son équipe depuis quelques années. « Le personnel est extra. Avec un très bon rapport qualité-prix et une grande salle avec de la place. C’est une grosse perte », commente-t-il.

Lui, Solène, Patricia, Christine, Ginette et les autres se demandent désormais où ils iront pour se retrouver à table.

photo la cafette sonne désormais creux, avenue jean-monnet.  ©  ouest-france

La Cafette sonne désormais creux, avenue Jean-Monnet. Ouest-France

Un repreneur remettra-t-il le couvert après Délisaveurs ?

Le gérant Jean-Louis Chauvin et le reste des employés de la Cafette ont été prévenus il y a environ deux mois que l’exploitant Délisaveurs jetait l’éponge. Alors que le bail actuel avec le propriétaire privé des lieux courrait encore sur an, jusqu’à la fin de l’année 2024, l’entreprise de restauration collective, notamment confrontée à une baisse de la fréquentation depuis la pandémie, a voulu arrêter les frais sans plus attendre.

L’information est remontée à la mission économique, dont le responsable Pierre-Marie Gourhand suit de près le dossier pour tenter de trouver une solution. « Le sujet a été présenté à différentes instances : Chambre des métiers, Chambre de commerce, Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH)… Mais il y a zéro piste de reprise à ma connaissance à ce jour », nous a-t-il répondu au lendemain du dernier service.

La surface du self, avec près de 250 places assises, paraît très grande pour un restaurant plus traditionnel ou un fast-food. « L’idée est de retrouver un service équivalent, car c’est une vraie perte pour les travailleurs de la zone qui s’y rendaient. Peut-être en développant une partie traiteur pour être davantage rentable, ajoute Pierre-Marie Gourhand. Mais chaque jour qui passe va rendre la tâche encore plus compliquée. »

 
Tony FABRI.    Ouest-France  

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