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« Les bombes ne tomberont pas ici » : ces deux familles d’Ukraine ont trouvé refuge près de Sablé... |
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Valentina (à gauche) et Zoriana (à droite) sont arrivées avec leurs enfants à Notre-Dame-du-Pé pour fuir le conflit en Ukraine, leur pays. © Ouest-France
Avec l’appui du Rotary club de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), deux familles originaires de Novoïavorivsk, une ville à l’est de l’Ukraine près de la frontière polonaise, ont trouvé refuge à Notre-Dame-du-Pé. Loin du conflit, de ses horreurs, ces Ukrainiens trouvent un peu de paix même si l’angoisse tapisse leur quotidien.
Le soleil baigne une charmante longère perdue dans la campagne de Notre-Dame-du-Pé, aux confins de la Sarthe. Dans la cour herbeuse, des enfants jouent à faire des bulles avec de l’eau savonneuse.
38 heures de voyage
Rien ne laisse penser qu’il y a quelques jours, ces mêmes enfants vivaient dans l’angoisse d’une sirène qui annonçait une attaque russe sur la ville de Novoïavorivsk, en Ukraine. Ils ont roulé dans leur pays en guerre pour le fuir, pour se retrouver en Pologne et rejoindre la France après 38 heures de voyage. Pour aller chercher cette sérénité que la barbarie humaine leur a ôtée un jour de février 2022. « Les enfants avaient très peur. Même si nous avons été surpris par l’attaque des Russes, les enfants savaient où ils devaient se cacher. Ils restaient habillés même la nuit », racontent Zoriana et Valentina, arrivées en Sarthe, lundi 14 mars, du côté de Saint-Pavace, avant de rejoindre Notre-Dame-du-Pé avec le soutien du Rotary club de Sablé-sur-Sarthe.
Ce vendredi, à Notre-Dame-du-Pé, seuls les oiseaux viennent troubler la quiétude du lieu. « Nous sommes très heureuses d’être ici, clament les deux Ukrainiennes, heureuses d’avoir trouvé un port d’attache pour mettre leurs enfants à l’abri. On se sent bien. Les enfants ne mentionnent plus la guerre depuis qu’ils sont arrivés. Ils savent aussi qu’ils n’ont pas besoin de se cacher dans le sous-sol. Les bombes ne tomberont pas ici. »
Solidarité, fraternité en attendant la liberté
Nicolas Leborgne et toute l’équipe du Rotary club sabolien s’efforcent de leur faciliter la vie. Des vêtements, un fauteuil roulant pour Yuliia. De toutes ces petites choses qui paraissent anodines et futiles mais qui, lorsque vous fuyez un pays en guerre, et que vous laissez les vôtres derrière vous, prennent toute leur importance.
Au départ, les deux familles ne se connaissaient pas. C’est dans le car qui les menait vers leur terre d’accueil qu’elles ont lié connaissance. Zoriana, infirmière pédiatrique de formation, n’a pas voulu quitter Valentina, mère de six enfants, dont deux vivent avec un handicap.
Solidarité, fraternité en attendant la liberté. Des mots qui résonnent pour cette famille de Notre-Dame-du-Pé, qui a spontanément répondu à l’appel du Rotary club pour offrir une solution d’hébergement. Elle ne veut pas qu’on sache son nom. Pour elle, c’est juste une histoire simple d’humanité.
L’important est ailleurs. Dans les mots de Zoriana et Valentina. « Tout est bien ici et tout ira bien. Pour le moment, nous sommes là . Nous avons expliqué aux enfants qu’on rentrera à la maison quand notre pays sera en paix. » L’émotion n’est jamais bien loin, même si Google traduction a le don de les atténuer. La gorge devient soudain sèche, les larmes se mettent à couler dans les yeux de Zoriana quand il est question des siens, ceux rester là -bas. Valentina a un fils de 18 ans, qui a été enrôlé dans l’armée ukrainienne. Elle enlace sa compatriote en guise de réconfort. À elle seule, elle témoigne de la violence subie. Celle d’une guerre qui aura conduit ces deux familles à Notre-Dame-du-Pé. Là où jamais elles n’auraient imaginé trouver refuge.
« Accueillir ces familles ne s’improvise pas »
Depuis leur arrivée en Sarthe le lundi 14 mars 2022, le Rotary club se démène pour faciliter la vie des deux familles ukrainiennes arrivées à Notre-Dame-du-Pé. « Il s’agit d’un accueil temporaire qui s’étend sur trois semaines, précise Anne-Marie Fouilleux. Le temps de leur intégration. La semaine prochaine, elles vont aller à la préfecture pour avoir des informations sur leurs titres de séjour, la couverture sociale à laquelle elles ont droit. On va se rapprocher aussi d’Alpha Sablé, qui va mettre en place des cours pour apprendre le français. »
Tous les matins, les enfants suivent des cours en ligne instaurés par le gouvernement ukrainien. « Il faut aussi qu’on leur trouve des activités pour s’occuper, pour ne pas qu’ils restent isolés. »
Dans les semaines à venir, les deux familles ukrainiennes devront se positionner sur leurs intentions. « Il leur faudra trouver un logement, peut-être un travail. »
Le Rotary a mis en place des familles relais afin que la famille hôte n’ait pas tout le poids à supporter de l’accueil de dix personnes. « On espère que l’on n’aura pas d’autres familles à accueillir. Ce serait un bon signe, soupire Nicolas Leborgne, le président du Rotary club de Sablé-sur-Sarthe. Accueillir ces familles n’est pas quelque chose qui s’improvise. Ils ont vécu des traumatismes. »