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« Il y a de la boue partout, c’est Bagdad ! » : la décrue de Loire charrie son lot de dégâts... |
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Au plus fort de la crue, sur le tronçon Loire aval entre Les Ponts-de-Cé et Mauves-sur-Loire, le niveau de la Loire a atteint les 5,89 m, le 22 février, à Montjean-sur-Loire, et les 5,87 m le lendemain, à Ancenis-Saint-Géréon et Liré (Orée-d’Anjou). © Franck Dubray / Ouest France
En pays d’Ancenis (Loire-Atlantique), six communes de bord de Loire ont demandé de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. Une lente décrue s’amorce et les sinistrés découvrent les dégâts, repoussent l’eau, nettoient, mettent au sec maisons et autres biens.
Jeudi, j’avais encore 3 cm d’eau. C’est redescendu. On a de la vase partout, donc on ventile et on la repousse au souffleur »,
explique Florent, revenu en urgence au chevet de la maison familiale qui l’a vu grandir. À Varades (Loireauxence), les habitants de la Meilleraie retrouvent une vie (presque) normale.
Dans ce quartier où tout le monde se connaît, la solidarité s’est organisée rapidement. Nous avons créé un groupe WhatsApp, rapporte Anabelle. Cela permet de se soutenir, d’installer des parpaings qui nous manquaient, d’aller faire les courses…

Après la crue, Florent déblaye la vase laissée par la Loire lors de l’inondation de la maison familiale. Ouest-France
Chez Florent, au plus fort de la crue, l’eau est montée jusqu’à 50 cm. Mon père a juste eu le temps de hisser quelques meubles à l’étage. Nous étions en région parisienne pendant l’inondation, donc on a dit qu’on compterait les points à la fin.
Comme d’autres habitants, il apportera des photos des dégâts en mairie, comme cette dernière les y invitait le 25 février. Elles permettront de consolider le dossier de demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle de la commune.
L’annonce a été mise sur Facebook, mais tout le monde n’est pas dessus »,
regrette Grégoire dans la même rue. Avec un délai court de deux jours, assorti d’un protocole contraignant. Il ne fallait pas passer un coup de serpillière, tout laisser sale et prendre des photos, prolonge Florent. Mais certains ont nettoyé dès la décrue.
Ils ont tout de même envoyé un SMS »,
rectifie Anabelle, sa voisine relativement épargnée dans sa vieille maison de bord de Loire adaptée
aux crues.
Cela a été demandé par la préfecture et nous avons respecté ce délai, précise Philippe Jourdon, maire de Loireauxence. Les sinistrés peuvent continuer à remonter leurs informations en mairie, mais surtout, qu’ils contactent leurs assureurs.
Derrière la voie ferrée et la digue qui protège des centaines d’habitations dans le pays d’Ancenis, entre Oudon et Ingrandes-Le-Fresne-sur-Loire, la crue a contraint des habitants à évacuer et l’inquiétude a gagné les professionnels. Hélène Thomas, directrice des Écuries du Val de Loire, a craint pour son activité : Quand on a eu le message de nous déloger, forcément, ça nous a mis un coup. On pensait connaître cette crue parce qu’on en a eu d’autres, mais il y avait un aspect imprévisible.

À Varades (Loireauxance), Hélène Thomas, directrice des Écuries du Val de Loire, a craint pour son activité. Ouest-France
Tout en gardant un œil sur la Loire, elle a poursuivi son activité. On avait tout anticipé. Il y a quand même 90 chevaux. On ne peut pas les déplacer comme des vaches. Ça ne se met pas en troupeau dans un endroit. Il a fallu s’adapter.
Malgré la décrue, la situation reste problématique. L’eau revient et bloque nos paddocks. Nos chevaux ont les sabots dans l’eau.
Désormais, lorsqu’elle scrute l’avenir, la question de l’entretien des digues l’inquiète. Tout le monde se décharge parce que ça coûte très cher. On a peur, car on est installé derrière. Si elle cassait, j’imagine qu’on n’aurait pas le temps de se retourner.
Hélène Thomas voit se dessiner trois scénarios : Il y a des fissures à certains endroits de la digue. Soit on la répare, elle fait son travail et on garde toutes nos activités. Soit ils prévoient des zones pour qu’en période de forte crue, on puisse tout déménager, mais ça me paraît complexe. Ou alors, ils nous donnent un gros billet, on quitte tout et on laisse cette zone sauvage.

Le département de la Loire-Atlantique est désormais placé en vigilance orange par vigicrues. Franck Dubray / Ouest France
À Ancenis-Saint-Géréon, Emmanuelle Robineau, gérante du camping privé trois étoiles de l’île Mouchet avait tout mis en œuvre pour sauvegarder ses mobile homes. On les a rehaussés de 40 cm sur parpaings, au-dessus des cotes les plus hautes depuis trente ans.
Celle de janvier 2004 avait atteint 4,96 m et en 1995, 5,46 m, indique Vigicrues. Elle s’est avérée plus importante et rapide que prévu (5,87 m le 23 février, NDLR). On s’est retrouvé encerclé. Un mobile home a été soulevé par l’eau et s’est écroulé à côté des parpaings.

Au camping de l’île Mouchet d’Ancenis-Saint-Géréon, la crue a fait des dégâts considérables, soulevé et déplacé des mobile homes et des terrasses, détruit des clôtures… Ouest-France
Ce samedi, la gérante recense les dégâts. Un douloureux inventaire. C’est compliqué. Le terrain est trop meuble et ensablé. Ce qui m’inquiète, ce sont les trous creusés par les eaux. On doit faire une déclaration en mairie, et après on attendra l’expertise de l’assureur. Mais, c’est mort pour le lancement de saison du 1er avril. Même pour celle des camping-cars. Il y a de la boue partout. C’est Bagdad !

La décrue est lente et à Ancenis-Saint-Géréon, le stade de la Davrays et une partie du camping de l’île Mouchet sont toujours inondés. Ouest-France
Un immense chantier de nettoyage s’annonce. Alors, les propositions d’aide de ses voisins, amis ou confrères d’autres campings apportent un précieux réconfort. Une bonne solidarité !
Afin de sortir la tête de l’eau et en attendant d’avoir les pieds au sec.