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« Il organise l’esclavage » : au Mans, un trafiquant de cocaïne condamné à neuf ans de prison... |
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Ce jeudi 16 octobre 2025, le tribunal correctionnel du Mans a condamné un homme considéré comme l’un des organisateurs d’un vaste trafic de cocaïne entre la Guyane et la métropole. Plusieurs membres du réseau ont été arrêtés au Mans. © Archives Ouest-France
Soupçonné d’avoir piloté un vaste réseau de trafic de cocaïne entre la Guyane et l’Europe, un habitant du Suriname a été condamné, ce jeudi 16 octobre 2025, à neuf ans de prison.
Il était le grand absent du procès de quinze trafiquants de drogue, jugés à l’automne 2023 par le tribunal correctionnel du Mans (Sarthe). Un procès hors-norme, baptisé Taki-72. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Michael Zeegenaar, 31 ans, habitant du Suriname, a été arrêté le 22 janvier 2025 à Sainte-Lucie, île des Caraïbes. Avant d’être jugé ce jeudi 16 octobre 2025, au Mans. Seul.
Entre trois et cinq millions d’euros de bénéfices
Le tribunal lui reproche d’avoir piloté un vaste trafic d’importation et de revente de cocaïne entre le Suriname, la Guyane, et la métropole. Plusieurs membres du réseau, principalement des transporteurs, baptisés « mules », ont été interpellés au Mans. D’après les enquêteurs, qui ont comptabilisé une centaine de voyages, l’ensemble des bénéfices aurait rapporté entre trois à cinq millions d’euros.
« Je suis innocent »
Lors du premier procès, tous les prévenus ont minimisé leur implication. Et beaucoup, avant leur condamnation, ont désigné Michael Zeegenaar, surnommé Dann, son deuxième prénom, comme l’une des têtes du réseau.
Écoutes téléphoniques
Interrogé à plusieurs reprises sur ces témoignages accablants, livrés après de nombreuses écoutes téléphoniques le mettant en cause, le prévenu, via une interprète, nie avec fermeté :  Non, non, non. Je suis complètement innocent, je n’ai rien à voir avec ce trafic. Je ne connais pas ces gens. Je ne sais pas pourquoi ils disent ça. Ils se défendent en donnant mon nom pour se justifier. Peut-être qu’ils ont peur.Â
Faux passeport
La présidente du tribunal tique. D’autant que ce père de trois enfants, qui se dit  gentilÂ
, peine à répondre clairement aux questions, notamment au sujet d’un faux passeport, de curieux voyages, de réservations de chambres d’hôtel ou encore de ses rapports avec son ancienne petite amie ou son cousin.
Interrogé sur un important virement bancaire, le prévenu, sans revenu officiel, nie à nouveau. Mais reconnaît avoir été déjà condamné en 2017, à Cayenne, pour transport de cocaïne. L’ancienne mule est-elle devenue cerveau d’un gros réseau ? C’est la conviction du procureur, qui le définit comme  l’organisateur, le surveillant, celui à qui on rend compte de l’accomplissement de sa mission. Il est au sommet de la hiérarchie.Â
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« Boniments »
Balayant les  bonimentsÂ
du prévenu, le magistrat déplore le manque d’explication  rationnelleÂ
 :  Il mène une vie clandestine financée par des activités occultes et organise l’esclavage de jeunes gens qui assument seuls le risque d’être arrêtés et condamnés.Â
Sans grande conviction, l’avocat du récidiviste demande « la clémence » du tribunal. Qui prononce une peine de neuf ans de prison, avec maintien en détention et interdiction de séjour sur le territoire pendant dix ans. A l’énoncé du jugement, le condamné le répète: « Je suis innocent. »