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Suivez pas à pas le légendaire tournage de Steve McQueen au Mans... |
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Steve McQueen parmi les spectateurs, au début de la ligne droite, en face des stands. © Archives Ouest-France
Trésors d’archives. En cette période de confinement, Ouest-France vous propose de revivre ensemble des moments forts et des beaux souvenirs. Aujourd’hui, retour en 1970 sur le tournage du film Le Mans, avec Steve McQueen.
Il y a cinquante ans, douze ans après le dernier grand tournage au Mans (The Scapegoat de Robert Hamer), l’une des plus grandes vedettes américaines du moment, s’installait dans la Sarthe pour plusieurs mois. Fou d’automobile, Steve McQueen a en effet décidé de consacrer son prochain film à sa grande passion et de célébrer les 24 Heures du Mans.
Le documentaire The Man & Le Mans a récemment fait découvrir les coulisses du film. Nous, nous revivrons le tournage comme un Manceau de l’époque. Alors, en route à 300 à l’heure, vers ce proche passé qui a laissé tant de bons souvenirs dans le département.
Steve McQueen est au Mans
Nous sommes le 9 avril 1970. Il est 16 h. Un petit avion-taxi d’Air Paris se pose sur sa piste de l’aérodrome du Mans. La porte s’ouvre… Jusqu’au dernier moment, les plus sceptiques n’y auront pas cru. Pourtant, c’est bien Steve McQueen qui descend de l’appareil ! À ses côtés, se trouve John Sturges, le réalisateur de La Grande évasion qui doit diriger le nouveau film de la star. Ainsi donc, ce que les journaux annonçaient depuis des mois était vrai…
Boitillant en raison d’un accident survenu quelque temps plus tôt, Steve s’avance vers l’accueil. Il signe quelques autographes de bonne grâce et prend la direction de son hôtel, à Loué. C’est fait ! Steve McQueen a posé le pied en Sarthe.
Steve, pilote des 24 Heures 1970Â ?
Si l’acteur américain est au Mans en ce mois d’avril 1970, c’est d’abord pour participer aux essais des 24 Heures. Car il a bien l’intention d’être sur la grille de départ le 13 juin prochain, avec Jackie Stewart pour coéquipier.
Le hic, c’est que son assurance exige une caution de trois millions de dollars pour sa participation à l’épreuve d’endurance. Cette somme considérable aura finalement raison du rêve que Steve nourrit depuis quatre ans et sa Porsche 917 est officiellement retirée de la liste à la fin du mois.
Privé de course, Steve McQueen n’a pas pour autant renoncé à son projet de film. La Solar productions engage donc, dans la compétition, la Porsche 908 numéro 29, équipée de trois caméras.
Rendre au cinéma la fureur du sport auto
Rendre au cinéma les poussées d’adrénaline, les grands frissons, l’atmosphère électrique, la puissance sauvage du sport automobile, n’est pas une mince affaire. Pour y parvenir, la Solar ne va pas lésiner sur les moyens. Ce n’est d’ailleurs pas le genre de Steve McQueen, connu pour se donner à fond – voire à l’excès – dans tout ce qu’il entreprend.
L’acteur-pilote commence par tourner  dans le videÂ
pendant plusieurs jours au volant de sa 917, entre le virage de Mulsanne et le virage Ford. Puis les premiers tours de manivelles sont donnés, fin juin, quand sa femme, son fils, son chat et ses chiens arrivent de New-York.
Avant même le début du tournage, l’équipe avait déjà enregistré des heures de film lors des 24 Heures 1969 et 1970. Le reste sera entièrement recomposé sur des portions du circuit de la Sarthe et rendu plus vrai que nature par l’opération magique du cinéma.
Six mois de tournage et des scénarios évolutifs
En juillet, les caméras tournent plein pot sur la ligne droite des Hunaudières avec quatorze voitures – Porsche, Matra, Ferrari, Lola, Ford… – et quelques-uns des meilleurs pilotes du monde. Dans le village, entièrement créé par la Solar, non loin du Chemin aux Bœufs, et dans différents autres sites également investis par la société de production, une impressionnante tribu d’hommes et de femmes de l’ombre – comme les accessoiristes de Don Nunley – travaillent sans relâche.
Seulement voilà . Le scénario n’est pas au point et de profondes divergences apparaissent entre un Steve McQueen omniprésent et le réalisateur John Sturges qui ne reviendra pas après une pause de quinze jours à la fin du mois de juillet. Il est remplacé par un tout jeune réalisateur : Lee Katzin.
1 000 Manceaux jouent les figurants
La scène du départ est tournée au cÅ“ur de l’été, le 7 août. Steve a choisi de revenir à la célèbre formule de  l’épiÂ
; ce départ  type Le MansÂ
pourtant justement abandonné lors de la dernière édition des 24 Heures.
L’équipe de tournage est de retour sur la ligne droite des stands le 12 octobre pour y filmer de nouveaux plans du départ et de l’arrivée avec plus de mille figurants. Pas de voitures sur la piste, aujourd’hui, c’est le public que l’on filme. Re-belote le 14 octobre, avec quatre voitures cette fois.
Vrais et faux accidents
Des incidents plus ou moins graves émailleront le tournage électrique de Le Mans. Même Steve se blessera, une nuit, sans que la presse n’en sache rien. Le 19 août, dans les S d’Indianapolis, la Ferrari de Derek Bell prend feu. Plus grave encore, le 16 septembre, le pilote britannique David Piper est victime d’un accident à l’entrée de Maison Blanche. Il y perdra une partie de sa jambe droite.
La scène de l’accident fictif du film était un moment à la fois attendu et redouté par l’équipe de tournage. Elle a lieu le jeudi 8 septembre,  un jour à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des effets spéciaux et du cinémaÂ
s’enflamme le journaliste d’Ouest-France encore sous le coup de la séquence filmée par onze caméras.
L’acteur-pilote tourne en centre-ville
Le jeudi 22 octobre, les scènes que beaucoup de Manceaux n’osaient plus espérer après l’annonce d’un recentrage de l’action sur le seul circuit, sont finalement tournées, place des Jacobins. La ville sera donc bien, elle aussi, à l’écran !
Le tournage de Le Mans s’achève – comme souvent chez les Gaulois ! – par un banquet, donné le 20 novembre, à la Chambre de Commerce, place de la République.
Le film n’obtiendra pas le succès attendu mais, cinquante ans plus tard, il reste un très bel hommage au sport automobile, en général, et au Mans, en particulier. Et son tournage restera longtemps dans les mémoires sarthoises.