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Coupe du monde. Chez les Boudri, « quoiqu’il se passe, on aura une équipe à supporter en finale »... |
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Chez les Boudri, à Parcé-sur-Sarthe, on supportera autant la France de Kylian Mbappé que le Maroc d’Achraf Hakimi. © Ouest-France
Bouchra et Mohammed Boudri, Franco-marocains installés à Parcé-sur-Sarthe, près de Sablé-sur-Sarthe, vont suivre avec plaisir et sans choisir de camp la demi-finale de la Coupe du monde de football entre la France et le Maroc, programmée ce mercredi 14 décembre, à 20 h.
« Ma mère m’a appelé du Maroc ce mardi matin. Elle me lance comme ça : c’est qui qui va gagner mercredi entre la France et le Maroc, c’est vous ou c’est nous ? » Bouchra Boudri n’en est toujours pas revenue, elle qui est née en France mais qui ne possède la double nationalité franco-marocaine que depuis dix ans. « Ma mère m’assimile à une Française. » Elle en sourit. Cette question de sa maman, elle ne s’y attendait pas.
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À ses côtés, son mari Mohammed en rigole. « T’imagines si nous avions été un couple mixte franco-marocain, un vrai. Cela aurait été différent. Moi, si vous me posez la question : je vous réponds d’emblée que le meilleur gagne. Ce n’est que du sport. Le match va s’achever et la vie va reprendre son cours. »
Un foot qui réunit plus qu’il ne divise
La Coupe du monde s’est invitée au cœur de cette famille sarthoise, installée à Parcé-sur-Sarthe. Un événement planétaire que l’on regarde avec une certaine philosophie, loin de tout clivage, de toute étiquette que l’on pose çà et là pour attiser une confrontation qui peut vite tourner au débat d’identité. « Mais pour nous, il n’est pas question de communautarisme, on l’évite à tout prix, recadre Bouchra. Ce match, on veut le partager. »
Le couple raconte la mésaventure de leur fils, Younès, à l’école, qui s’est fait pointer du doigt parce qu’on supposait qu’il allait supporter les Lions de l’Atlas. « Il était un peu frustré de cette situation, souffle Bouchra. Son joueur favori, c’est Kylian Mbappé. En 2018, son oncle lui a même offert un mug où l’on retrouve la photo de l’équipe de France, championne du monde, et Younès avec un maillot des Bleus. »
Le couple parcéen veut se tenir éloigné des clichés, servis à toutes les sauces, de ce ballon rond qui voudrait forcément les voir choisir un camp au détriment de l’autre. Comme s’il fallait obligatoirement se ranger dans une case. Ils n’en ont pas l’envie, le cœur encore moins. « Nous sommes dans le partage, l’amitié, l’échange, insiste Mohammed. Je me suis fait taquiner au boulot (il travaille chez STS Plastic à Précigné). Mes collègues m’ont dit que jeudi matin, si j’avais besoin de mouchoirs, ils pourraient m’en prêter. Cela ne va pas plus loin. »
Bouchra d’ajouter : « Moi, j’ai une collègue de travail qui m’a appelé dans le temps additionnel du match du Maroc face au Portugal pour me dire qu’elle espérait que les Marocains gagnent. » Elle aime ce football qui met du lien, pas celui qui cherche la division.
« Ce que fait le Maroc est historique »
Quand on leur demande de choisir, de faire un pronostic, ils cherchent la touche. Inévitablement. « En phase de poule, j’étais derrière la France, raconte Mohammed. Le Maroc, jamais je n’aurais pensé qu’il serait allé aussi loin dans la compétition. » Au fil des matches, la flamme marocaine n’a fait que grossir. « Pourtant, je regarde leurs matches notamment lors des phases de qualification au mondial ou bien lors de la Coupe d’Afrique des Nations. Ce qu’ils font, c’est historique. On s’est retrouvé avec quelques amis devant la mairie de Sablé après le match face au Portugal mais rien de plus. »
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Le trésorier de l’association maroco-sabolienne ne tranchera pas. Il préfère faire allusion aux 10 ans de son fils Younès, célébrés samedi. Le jour où la France a battu l’Angleterre et le jour où le Maroc a éliminé le Portugal et atteint pour la première fois de son histoire une demi-finale de coupe du monde.
À Parcé, chez les Boudri, on criera « Allez la France » ou « Allez le Maroc » sans vergogne. « On veut voir un beau match et puis quoiqu’il se passe, nous aurons une équipe en finale à supporter », conclut Mohammed.