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Coupe du monde 2026. « La pression on la ressent depuis plus de 8 ans » : l’Italie tremble avant son barrage... |
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Pio Esposito lors de la défaite de l’Italie face à la Norvège comptant pour les éliminatoires pour la Coupe du monde 2026, le 13 novembre 2025 à Milan. © Isabella Bonotto / Anadolu via AFP
C’est tout un pays qui attend fébrilement ce moment. L’Italie affronte l’Irlande du Nord lors de la demi-finale de barrage des éliminatoires de la zone Europe de la Coupe du monde de football 2026, jeudi 26 mars (20 h 45). En cas de défaite, la Squadra Azzurra manquerait ainsi un troisième Mondial consécutif. Un séisme pour le football italien.
Traumatisée par les éliminations de 2018 et 2022, l’Italie va jouer sa place pour la Coupe du monde 2026 lors des barrages de la zone UEFA. Pour espérer rallier l’Amérique du Nord et le groupe B de ce Mondial (Canada, Qatar, Suisse), la Squadra Azzurra devra dans un premier temps dominer l’Irlande du Nord (69e nation au classement Fifa) puis le vainqueur de la rencontre entre Galles (35e) et la Bosnie (71e).
Rien d’insurmontable pour une sélection quadruple vainqueur de la Coupe du monde (1934, 1938, 1982 et 2006)… sur le papier. Mais l’équipe dirigée par Gennaro Gattuso voit, avec ces matches couperets, ressurgir de vieux démons qui l’ont privée de la plus grande compétition depuis 12 ans.
« Une équipe qui n’est pas à la hauteur du nom qu’elle porte »
C’est donc sous pression et avec la peur au ventre que les supporters italiens attendent ces rencontres décisives. La pression se fait sentir depuis quelque temps déjà, avoue Leonardo, 35 ans, Romain pure souche et supporter de la Lazio. De manière générale, c’est le sujet central du football italien depuis des mois. La fédération est évidemment sous une grosse pression. Même si je pense que le mot juste, c’est vraiment la peur. La peur
de ne pas se qualifier.
»
Un sentiment partagé également par la presse transalpine à l’image d’Emanuele Gamba, journaliste à La Repubblica. Pour être tout à fait honnête, la pression, on la ressent depuis plus de 8 ans et ce barrage perdu face à la Suède pour se qualifier pour le Mondial en Russie. Après, je pense qu’il n’y a pas trop de difficulté à domicile face à l’Irlande du Nord. En revanche, aller jouer à Cardiff ou en Bosnie, ça sera plus compliqué car la sélection a déjà montré des difficultés ces dernières années dans des ambiances hostiles. Ça sera un match difficile.
En effet, la Nazionale en est là aujourd’hui, à craindre le pays de Galles ou la Bosnie. Depuis l’énorme échec de participer au Mondial 2018, la sélection semble ressentir un blocage lors des rencontres décisives. La preuve en est avec la lourde défaite subie face à la Norvège (1-4) à San Siro lors des éliminatoires, qui a fait voler en éclats les certitudes acquises ces dernières saisons.
Avant, on ne s’intéressait pas vraiment aux matches de qualification, c’était considéré comme une simple formalité. Mais depuis 2018, les choses ont changé, poursuit le tifosi. On est conscients d’avoir une équipe qui n’est pas à la hauteur du nom qu’elle porte. On a toutes les qualités pour battre l’Irlande du Nord, le pays de Galles ou la Bosnie. À vrai dire, on avait déjà assez de qualités en 2018 ou en 2022 pour battre nos adversaires respectifs, et pourtant on n’y est pas arrivés.
« Le problème c’est le niveau moyen du footballeur italien »
Nommé officiellement sélectionneur, le 15 juin 2025, Gennaro Gattuso est attendu comme le sauveur même s’il est la cible de nombreuses critiques. C’est un homme de caractère, même si oui, ce n’est pas un grand entraîneur, avoue Emanuele Gamba. Je pense que c’est le technicien le plus en capacité à gérer la pression, le sentiment national et tout ce qu’il y a hors du terrain.
Un son de cloche que l’on retrouve chez les supporters. Gattuso est une figure emblématique du foot italien, il incarne l’esprit combatif et la gagne, admet Leonardo. Beaucoup auraient préféré voir Ancelotti ou Allegri sur le banc. Malgré tout, je pense que Gattuso peut apporter ce surplus de caractère et de personnalité qui manque au groupe.

Gennaro Gattuso et Gianluigi Donnarumma après la victoire de l’Italie face à Israël, lors des éliminatoires pour la Coupe du monde 2026, le 14 octobre 2025. Marco Luzzani / Getty Images via AFP
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: pourquoi les clubs italiens vivent une crise sans précédent
Une troisième élimination serait donc vécue comme une catastrophe, un échec total pour le football italien tant au niveau de la sélection que pour les clubs en difficulté sur la scène européenne. Pour Gianluigi Buffon, champion du monde 2006, les difficultés traversées par le football transalpin sont le résultat de nombreuses erreurs
commises par le passé. Dans une interview accordée à La Gazzetta Dello Sport en novembre 2025, il précise ses propos : Nous traversons une période de transition et nous ne savons pas encore quelle voie suivre. Les résultats d’aujourd’hui prennent racine il y a vingt ans, lorsque nous nous sommes reposés sur nos acquis. Nous pensions que cela durerait éternellement, comme par grâce divine. Déjà à l’époque, il aurait fallu repenser nos modèles techniques et tactiques, mais nous avons joué les cigales.
« Des jeunes n’ont aucun souvenir de l’Italie dans un Mondial »
Un constat partagé par Emanuele Gamba. Pour toutes les équipes, les sélections, il y a des hauts et des bas. Certaines années, de grands espoirs vont sortir des académies alors que pendant plusieurs années, ça sera plus noir. Le problème chez nous, c’est le niveau moyen du footballeur italien.
Avant de poursuivre sur le problème de la formation en Italie : Le souci c’est qu’il n’y a pas d’école fédérale qui regroupe les meilleurs jeunes. Nous n’avons pas notre Clairefontaine. Sans oublier que dans les catégories de jeunes, les entraîneurs sont jugés sur le résultat plutôt que sur l’évolution des joueurs. La priorité sera toujours de gagner le championnat à tout prix. C’est tout à fait problématique. Tout comme le fait que les jeunes ne jouent plus dans la rue en Italie, alors que selon moi c’est essentiel.
Une situation inquiétante qui peut ainsi enfoncer le football italien encore un peu plus dans la crise en cas d’élimination. Mais l’espoir demeure malgré tout chez les supporters. La passion des Italiens pour le football est toujours intacte même s’ils vont trembler jusqu’à la qualification
, note le journaliste. Personne ne veut imaginer un troisième échec, assure Leonardo. On y croit même si ma génération a grandi au caviar et maintenant, elle en est réduite au pain et à l’oignon. Il suffit de regarder l’effectif de la Nazionale des années 90 jusqu’en 2006, et de le comparer à celui d’aujourd’hui. C’est démoralisant de se dire qu’il y a des jeunes, majeurs aujourd’hui, qui n’ont probablement aucun souvenir des Azzurri dans un Mondial.
Reste donc désormais aux Donnarumma, Di Lorenzo, Barella ou encore Tonali à redonner le sourire à des tifosi en manque de dolce vita mais surtout de Coupe du monde.