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24 Heures Motos. Damien Saulnier, le SERT dans la peau... |
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Damien Saulnier vit la course des trois pilotes du SERT – Gregg Black, Xavier Simeon et Sylvain Guintoli – depuis le box de l’écurie sarthoise. © Le Maine Libre – Denis LAMBERT
À la tête du SERT depuis 2019, engagé avec le Junior Team Suzuki depuis 25 ans, le Sarthois Damien Saulnier s’est imposé comme un personnage emblématique de l’endurance mondiale.
Le Mans, c’est une certaine saveur. Quand tu es gamin, que tu viens voir les 24 Heures Motos, que tu es derrière le grillage et que tu regardes les équipes monter sur le podium. Après quand tu te retrouves acteur, que tu montes sur ce podium. Au Mans. J’en ai encore la chair de poule.
Du motocross à l’endurance
À presque 49 ans, c’est encore le gamin de Saint-Calais, celui qui aimait grimper sur les motos des manèges quand les fêtes foraines s’arrêtaient en Sarthe, qui débarque sur le circuit Bugatti pour l’ouverture du championnat du monde d’endurance ce samedi 16 avril 2022. Damien Saulnier est, depuis 2019, le team manager du Suzuki Endurance Racing Team. Deux ans à la tête du SERT et déjà deux titres de champion du monde. L’élève du Lycée Le Mans Sud a pris logiquement la place du Chef
, Dominique Méliand, parti à la retraite.
L’histoire entre Damien Saulnier et l’écurie sarthoise est inscrite de longue date déjà . Elle naît au début des années 90, quand le jeune Saulnier, élève en sport étude au Lycée Sud, abandonne le motocross pour l’endurance et la vitesse. C’est Jean-Claude Chemarin qui est venu me chercher. Chemarin, c’est un grand nom dans le monde de la moto, c’est un ancien champion d’endurance, il a gagné quatre fois le Bol d’Or, trois fois les 24 Heures Motos au Mans à la fin des années 70. C’est lui qui était à l’origine de la création de la section sport étude moto au Mans. Tout s’est joué sur une après-midi. Les pilotes de vitesse de la section moto n’étaient pas là . Jean-Claude a posé la question pour savoir qui voulait se tester sur cette discipline. J’ai levé la main. La semaine suivante, il m’appelle à nouveau pour faire de la vitesse. J’avais dix-huit ans. Il me dit, il va falloir que je parle à tes parents, tu vas arrêter le motocross et faire de l’endurance et du supermotard. C’était parti.
+ EN IMAGES. Revivez le traditionnel départ des 24 Heures Motos
L’aventure du Junior Team
Premiers championnats de France en Enduro et en supermotard en 1992, des résultats pas trop mauvais
, un titre de champion de France endurance en 1996 et déjà Jean-Claude Chemarin se replace sur le chemin du pilote Damien Saulnier pour dévier sa trajectoire. Il avait l’idée de monter une section au lycée de compétition moto. Il voulait pouvoir former les mécanos qui accompagnent les pilotes moto en compétition. Comme ça existait déjà pour l’auto avec la filière Elf. Je me retrouve à monter cette formation de mécaniciens qui allaient encadrer les gamins pilotes qui évoluaient dans le sport étude. Des pilotes dont j’avais fait partie cinq ou six ans plus tôt. Il y avait toute une transmission dans ce parcours.
On est en septembre 1997. Damien Saulnier lâche le guidon de sa moto pour se consacrer à l’enseignement. Poussé toujours par le même Jean-Claude Chemarin. Il m’a dit un jour, tu as fait des trucs bien en moto mais si tu avais dû être meilleur, tu le serais déjà . Ce sont des mots qui marquent. Je m’en rappelle parfaitement. C’est dur à entendre mais il avait raison.
D’autant qu’en parallèle, Damien Saulnier intègre le groupe des instructeurs de l’école de pilotage à l’ACO. Un site superbe avec le circuit, un rêve de gosse de travailler avec eux.
À la tête du SERT
L’enfant du pays tisse sa toile dans le petit monde de la moto sarthois. Malgré quelques propositions pour rejoindre des Grands Prix ou d’autres formations, Damien Saulnier reste fidèle au Mans et à son Lycée Sud. Un an à peine après les premières discussions, un équipage 100 % féminin est engagé sur les 24 Heures Motos au Mans avec une moto Honda, pour la saison sportive 1998. Mais le constructeur japonais quitte le navire trois ans plus tard, pour des raisons internes à l’entreprise et la filière mancelle doit chercher un nouveau partenaire.
C’est là que le proviseur du Lycée Sud de l’époque va chercher Dominique Méliand, qui était le patron du SERT depuis 1981. Il nous accompagne chez Suzuki et décroche un partenariat pour nos élèves avec cinq ou six motos pour nos mécanos. On cherche un nom. Quelque chose qui mette en valeur la marque et le côté original de notre formation.
Le Junior Team Le Mans Suzuki est né. Damien Saulnier et Suzuki échangent leur première poignée de main.

Damien Saulnier, aux côtés de Dominique Méliand, une histoire de transmission à la tête du SERT. Le Maine Libre – Yvon LOUE
Le championnat superbike d’un côté avec les élèves du Junior Team, le championnat du monde d’endurance avec le SERT le reste de l’année. Je fais ce que j’ai toujours rêvé de faire gamin.
La proposition de prendre la tête de l’écurie sarthoise au moment du départ à la retraite de Dominique Méliand arrive donc comme une suite logique pour Suzuki comme pour Damien Saulnier. Deux mois après le passage de témoin, les pilotes du SERT remportent le Bol d’or au Castellet. C’est ma plus grande émotion. La course était dingue, pleine de rebondissements. Elle avait été arrêtée à cause de la pluie. Les favoris avaient eu des pépins. Ça me tord encore le bide d’y penser.
S’enchaînent deux titres de champion du monde d’endurance, remis en jeu cette année. Et si la Suzuki #1 du Yoshimura-Sert a été victime d’une panne d’essence au bout de trois heures de course seulement ce samedi, son duel avec Honda sur les premières heures de course a ravi les dizaines de milliers de passionnés qui retrouvaient cette année les tribunes du circuit Bugatti après deux années de restrictions liées à l’épidémie de Covid-19.