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24 Heures du Mans. Le « niet » du Russe Rusinov qui refuse de rouler sous bannière neutre... |
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L’Aurus de Rusinov en 2019, l’année de la première participation de G-Drive sous cette dénomination. © Ouest-France
Roman Rusinov et son équipe G-Drive, soutenue par le groupe énergétique russe Gazprom, sont des acteurs important de l’Endurance avec dix participations aux 24 Heures du Mans. La neutralité demandée sur les compétitions par la Fédération internationale automobile en réaction à la guerre en Ukraine, ne convient pas du tout au pilote moscovite âgé de 40 ans.
Un drapeau russe sur les épaules, Roman Rusinov arrose de champagne sa LMP2 placée en contrebas. C’est la photo choisie par le pilote russe pour illustrer le post Instagram dans lequel il s’exprime sur les mesures mises en place par la FIA en direction des sportifs russes et biélorusses. en raison de la guerre en Ukraine. « Aujourd’hui, moi, pilote de l’équipe russe G-Drive Racing, j’ai refusé d’accepter les conditions discriminatoires de la FIA. »
Le patron-pilote du programme sportif G-Drive, engagée aux 24 Heures du Mans et dans les championnats d’Endurance depuis 2012, fait allusion aux décisions de la Fédération internationale automobile stipulant qu’« aucune compétition internationale n’aura lieu en Russie et au Bélarus, jusqu’à nouvel ordre » et « aucun drapeau/symbole ou hymne de la Russie/Bélarus ne sera utilisé dans les compétitions internationales jusqu’à nouvel ordre ».
Principes de paix et neutralité
En conséquence détaille un communiqué de la FIA diffusé mardi 1er mars : « Les pilotes, les concurrents individuels et les officiels russes/biélorusses ne participeront aux compétitions internationales qu’à titre neutre et sous le drapeau de la FIA, sous réserve d’un engagement spécifique et du respect des principes de paix et de neutralité politique de la FIA, et ce jusqu’à nouvel ordre. »
Ces dispositions ne conviennent pas à Rusinov, 40 ans, qui préfère renoncer aux programmes de G-Drive en Endurance, en WEC (le championnat du monde d’Endurance, qui intègre les 24 Heures du Mans, en ELMS, où Rusinov était engagé personnellement et en IMSA sur le continent nord-américain. « Le but de chaque athlète est d’entendre l’hymne de son pays sur le podium. En plus de dix ans d’expérience sur la scène internationale, notre équipe l’a fait à plusieurs reprises. Nous avons hissé le drapeau russe, nous avons entendu et chanté l’hymne russe. Pour le bien de mes fans, pour le bien de mes coéquipiers et de l’honneur sportif, je ne signerai pas ce document. Mieux vaut ne pas conduire du tout. »
Tout gagné… sauf Le Mans
Depuis 2012, G-Drive est un acteur important de l’Endurance. En LMP2, l’équipe a tout gagné avec Rusinov à son volant : le WEC en 2015, l’ELMS en 2018 ou l’Asian Le Mans Series en 2019-2020. Tout gagné… sauf Le Mans… En 2018, Rusinov est monté sur la plus haute marche du podium, avant d’être déclassé pour avoir enfreint le règlement technique.

Roman Rusinov s’élève contre les « discriminations » proposées par la FIA. Daniel Fouray – Ouest-France
Le programme G-Drive n’engage pas ses protos en direct mais prend appui sur des écuries existantes comme Signatech, Jota Sport, TDS Racing ou Algarve Pro Racing. Côté pilotes, Rusinov a toujours su très bien s’entourer avec notamment Sam Bird, Jean-Eric Vergne, Nyck de Vries, Mikkel Jensen ou René Rast. Depuis 2019, les Oreca 07 de G-Drive sont « badgées » Aurus du nom d’une marque de voiture de luxe russe créée à la demande de Vladimir Poutine.
Lire aussi : Guerre en Ukraine. Gazprom, le sponsor russe qui dérange dans le monde du sport
« L’équipe G-Drive a toujours été internationale : pilotes, mécaniciens, ingénieurs – ils viennent tous de différents pays du monde, avance Rusinov dans son post Instagram. Et, si nous demandions à chacun de renoncer à son drapeau, son expérience et son nom, une telle fraternité sportive et les victoires n’auraient jamais eu lieu.
C’est dommage que ces personnes soient également laissées à l’écart de la compétition. Nous envisageons déjà des projets de développement du sport automobile à l’intérieur de notre pays. J’espère sincèrement que nous pourrons revenir à la course internationale, lorsque l’esprit sportif et des conditions égales pour tous les participants seront revenus. »

L’Aurus 01 – Gibson de Roman Rusinov, Jean-Eric Vergne et Mikkel Jensen dans le soleil rasant du Mans, en 2020. Le programme G-Drive ne sera pas en Sarthe en 2022. Ouest-France – Daniel Fouray
En vue des prochaines 24 Heures du Mans, G-Drive avait un engagement assuré du fait de sa participation en WEC, et pouvait en solliciter un autre pour l’auto de Roman Rusinov, concurrente annoncée en ELMS. La liste des 62 voitures invitées (plus dix suppléants) à participer à la classique mancelle devait être dévoilée lundi 28 février.
La gestion du cas G-Drive, en attendant notamment les recommandations de la FIA a conduit l’ACO, organisateur des 24 Heures, à repousser cette annonce. La déclaration de Roman Rusinov semble sceller les choses : le pilote et son sponsor ne seront pas là .
« Conditions inacceptables »
MISE À JOUR : Dimanche, le compte Instagram de G-Drive Racing confirmait que l’équipe « ne participera pas au Championnat du monde d’endurance FIA WEC 2022, qui débute dans deux semaines aux États-Unis. Cette décision a été prise dans le cadre des conditions inacceptables de la Fédération internationale de l’automobile. »