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Au théâtre, le destin funeste de la pirate de l’air qui a tenté d’empêcher la sortie du film « Rabbi Jacob »... |
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Dans La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, Jean-Philippe Daguerre rend hommage à Danielle Cravenne, « Don Quichotte des temps moderne ». © Théâtre du Montparnasse
Dans sa nouvelle pièce « La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob », Jean-Philippe Daguerre, rend hommage à Danielle Cravenne, femme passionnée. Le 18 octobre 1973, elle détourna le vol Paris-Nice pour protester contre la sortie du film dont son mari Georges Cravenne, créateur des César, assurait la promotion. Elle fut abattue par les forces de l’ordre.
C’est un fait divers qui a défrayé la chronique, puis est tombé dans l’oubli. Jean-Philippe Daguerre, l’homme de théâtre aux neuf Molières (Adieu Monsieur Haffman, Du charbon dans les veines) a choisi de le raconter dans un roman et de le porter sur scène. Le 18 octobre 1973, Danielle Cravenne, l’épouse du célèbre attaché de presse Georges Cravenne (créateur des cérémonies des César et des Molières), monte à bord du vol Paris-Nice, avec son chien et une carabine 22 long riffle cachée dans son sac. À l’époque, aucune fouille nest effectuée sur les vols intérieurs. La jeune femme détourne l’avion pour tenter d’empêcher la sortie du film Les aventures de Rabbi Jacob prévue le jour même et dont son mari est chargé de la promotion.
La jeune femme, est accablée par la guerre du Kippour qui vient d’éclater et oppose Israël à une coalition rassemblant l’Égypte et la Syrie. J’ai réconcilié un père et son fils, pourquoi pas les Juifs et les Arabes ?
avait-elle dit à son mari.
À l’aéroport de Marignane à Marseille, les passagers sont libérés. Danielle Cravenne qui reste avec le commandant et le chef de cabine, est abattue par un tireur d’élite. Elle a 35 ans.

Jean-Philippe Daguerre a imaginé la rencontre entre Louis de Funès (Julien Cigana) et Danielle Cravenne (Charlotte Matzneff) Théâtre du Montparnasse
Au-delà de l’événement extraordinaire, l’homme de théâtre, fan de Rabbi Jacob, a voulu réunir sur scène cette femme idéaliste, Don Quichotte des temps moderne
(lumineuse Charlotte Matzneff) et cette légende du cinéma
qu’est Louis de Funès, interprété par un Julien Cigana, virtuose et irrésistible.
Jean-Philippe Daguerre, nous tient en haleine, avec des dialogues ciselés. On rit, on est émus. Tout commence lors du coup de foudre, dans une brasserie parisienne, entre Georges Cravenne et Danielle Bâtisse, jeune femme de vingt-quatre ans sa cadette, qui deviendra son épouse fantasque, passionnée, imprévisible, excessive. « C’est aussi une vraie histoire d’amour entre une personne atteinte d’une maladie mentale, la bipolarité et un homme très amoureux d’elle. »

La pièce raconte aussi l’histoire d’amour entre Danielle Cravenne et son mari le célèbre attaché de presse et journaliste Georges Cravenne Théâtre du Montparnasse
Le couple fréquente les hautes sphères du showbiz et de la politique. Danielle Cravenne n’a pas la langue dans sa poche, ne craint pas de tenir tête au ministre Marcellin ou d’écrire au président Pompidou.
Elle était quand même gênante, sans filtre. Elle ne prenait pas de pincettes vis-à-vis des puissants. Je voulais rendre hommage à ces personnes qui sortent du cadre. » Dans la pièce, on croise aussi le réalisateur Gérard Oury, sa fille Danièle Thompson, la célèbre psychanalyste Françoise Dolto…«

Jean-Philippe Daguerre, plusieurs fois récompensé d’un Molière. Stéphane Geufroi / Ouest-France
Le film Rabbi Jacob est sorti avec le succès que l’on connaît, 7 millions de spectateurs. Était-il opportun de faire une comédie sur ce sujet à ce moment très tendu ? Il y a eu beaucoup de doutes chez le réalisateur Gérard Oury. Son producteur qui avait triomphé avec La Grande Vadrouille a décliné. Moi, je pense qu’il est intéressant, à un moment où il y a une difficulté, d’aborder le sujet à travers une forme artistique.
Jusqu’au 19 avril 2026, à Paris, au Théâtre du Petit Montparnasse
La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob de Jean-Philippe Daguerre, éditions Albin Michel, 165 pages, 17,90 €.