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« Yellow Letters », un couple d’artistes à l’épreuve de la dictature, dans une Turquie transposée en Allemagne... |
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Özgü Namal et Tansu Biçer, deux excellents comédiens turcs, jouent Darya et Aziz (ici dans le ferry de Hambourg, "doublure" de celui d’Istanbul). © Copyright Haut et Court
Après « La salle des profs » (2023), le cinéaste allemand Ilker Çatak propose, dans « Yellow Letters », une réflexion passionnante sur les conséquences de l’engagement politique sur la vie d’un couple d’artistes turcs. Le jury de la dernière Berlinale a décerné l’Ours d’or du meilleur film, en février, à ce long-métrage qui arrive en salles ce mercredi 1er avril.
Aziz est dramaturge et professeur de fac, à Ankara. Son épouse Darya, comédienne, est la star du théâtre national. Ils forment un couple uni et admiré pour ses idées libérales sous un gouvernement turc de plus en plus autoritaire. Mais un jour, Aziz, qui a soutenu la participation de ses étudiants à une manifestation pour la paix, reçoit une « lettre jaune ». Il est révoqué de l’université. Sa dernière pièce est retirée de la programmation du théâtre. Peu après, Darya, à son tour est renvoyée. Ordre du ministère de l’Intérieur ou de l’Éducation, on ne sait pas…
Privés de revenus, ils doivent quitter la capitale pour Istanbul et trouvent refuge chez la mère d’Aziz avec leur fille adolescente. Pistonné par son beau-frère, qui connaît tout le monde à commencer par le chef de la police, Aziz devient chauffeur de taxi.
Face aux difficultés, le couple va peu à peu se fissurer en prenant des options différentes. Décidé à défendre son droit à la liberté d’expression en attendant son procès, Aziz entame l’écriture d’une pièce, « Yellow Letters », dont Darya sera la vedette. Mais celle-ci, estimant que « le théâtre d’art ne nourrit pas une famille », est approchée par une chaîne de télé pour jouer dans une série…
Hambourg dans le rôle d’Istanbul
« Yellow Letters », du cinéaste allemand Ilker Çatak, à qui l’on doit déjà « La salle des profs » (2023), appuie avec férocité sur la façon dont les liens peuvent se déliter dans une famille, une société, quand les impératifs de survie financière se mêlent aux idéaux.
Pour ajouter à l’effroi, le réalisateur a déplacé l’action de la Turquie, dont sont originaires ses parents, à l’Allemagne. Berlin joue le rôle d’Ankara et Hambourg celui d’Istanbul dans ce film qui met constamment le spectateur sous tension. Une belle idée pour rappeler qu’aucun endroit du monde n’est protégé contre les ombres qui menacent la démocratie. Et inviter chacun à réfléchir à ce qu’il ferait à la place de Derya et Aziz.
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