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« Les rayons et les ombres » : Xavier Giannoli plonge Jean Dujardin dans les heures noires de la collaboration... |
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Nastya Golubeva et Jean Dujardin © Cinéart
Comment peut-on passer des idéaux pacifistes à l’infamie nazie ? Le dernier film de Xavier Giannoli ausculte la France de l’Occupation à travers la chute de Jean Luchaire. Un chef-d’œuvre.
C’est un peu l’anatomie d’une chute. Celle d’un patron de presse aux idéaux nobles, Jean Luchaire qui s’est compromis par avidité et lâcheté avec l’idéologie nazie, entraînant dans sa descente aux enfers sa fille Corinne. Jean Dujardin et Nastya Golubeva incarnent avec une justesse incroyable ce duo maudit.
Le cinéma français a assez peu raconté de l’intérieur la collaboration sous le régime de Vichy. Bien sûr, il y a eu Lacombe Lucien et Monsieur Klein, il y aura désormais Les rayons et les ombres.
Après le magnifique Les Illusions perdue » qui déjà s’attaquait à la compromission de journalistes dévoyés, vendant leur plume aux plus offrants, Xavier Giannoli pousse encore plus loin le curseur de la noirceur des âmes. Dans cette longue fresque (3 h 15), il plonge le spectateur dans les heures sombres de la France où ceux qui collaboraient par conviction ou opportunisme ont pactisé avec le diable, buvant du champagne et mangeant du caviar à l’heure des tickets de pain.
Itinéraire d’un « collabo »
Comment devient-on un « collabo » quand on a soutenu le pacifisme ? Quels ressorts de l’histoire font se tordre les idées généreuses ? Giannoli nous oblige ici à regarder la France en face, celle qui s’est couchée, a fermé les yeux sur les atrocités nazies, voire les a soutenues. Il raconte le passé mais nous éclaire aussi sur les errements de l’antisémitisme qui ressort de l’ombre.
Prenons garde aux discours faciles de ceux qui prêchent la haine de l’autre car « les mots des salauds arment le bras des imbéciles ». Une phrase tirée de la pladoirie du procureur qui condamna à mort Jean Luchaire.