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Quand le centre-ville descend aux Sablons |
Le tram a ouvert le quartier aux habitants du reste du Mans. Notamment aux amateurs du marché du jeudi et aux salariés qui travaillent dans le secteur.
Rachid, patron du bar-PMU « Le tram-Atlantide », se frotte les mains : « En dix mois, mon chiffre d'affaires a doublé. Chaque jeudi, j'écoule 5 kg de café », se félicite le commerçant installé en contrebas de la place des Sablons.Même son de cloche à l'enseigne voisine. « Il y a une clientèle que je ne voyais pas et qui est devenue régulière. On vend plus », confirme Hadriya, patronne des Délices d'Orient.
Véritable planche de salut pour un quartier qui souffrait d'un déficit d'image, l'arrivée du tramway a, certes, permis de désenclaver les Sablons. Le paradoxe ? Ce résultat est dû, entre autre, à l'arrivée d'habitants des autres quartiers de la ville venus s'offrir une tranche de Sablons. Ils profitent notamment de la desserte de la piscine des Atlantides. Mais pas seulement. Il faut voir la foule qui circule désormais en rang serré le jeudi, jour de marché.
Il a eu le nez creux
Longue barbe soigneusement taillée et sourire accroché aux lèvres, Zouhir, vendeur de primeurs qui affiche 20 ans de présence dans ce marché réputé pour sa trilogie, coriandre, menthe, persil plat, est catégorique : « Ça a changé la clientèle. C'est vrai qu'on vient désormais plus facilement ici grâce au tramway. »
Juste en face de son étal, Michel s'apprête à débiter un petit requin en tranches. Ce poissonnier de Nogent-le-Rotrou a eu le nez creux : « Il faut voir tous les gens qui déboulent à chaque rame. Et puis ici, on sait qu'il y a des amateurs de poissons inconnus ailleurs. On a senti qu'il y avait un potentiel de clients non négligeable », raconte l'homme qui se félicite de s'être installé là il y a seulement quelques mois.
« Les herbes pour mon taboulé »
Le tramway ? Nadia, patronne du restaurant libanais du centre-ville « La rose des sables », l'adore. « Avant j'étais obligé de venir en taxi pour acheter les herbes pour mon taboulé. Depuis qu'il y a le tramway, j'économise 30 € en transport. »
Arrivée au Mans en août dernier, Fanta, une Guinéenne de 40 ans qui a élu domicile au centre-ville, est devenue, elle aussi en quelques mois, une fidèle du « suppositoire orange ». « Qu'est-ce que c'est pratique. On vient en famille. Il faudrait que la mairie installe une deuxième ligne vers Auchan », raconte-t-elle en rigolant.
Croisé à la station « Atlantides-Sablons » avec un pain plat en main, Chata, retraité de 71 ans, le reconnaît. « Aujourd'hui le tramway me pousse à sortir davantage. Avant, avec le bus, c'était trop long. J'habite près de Carrefour. Désormais, je prends le tramway presque une fois par jour. »
« Un plein par mois »
Autres gagnants de l'arrivée du tramway : les habitants du Mans qui travaillent aux Sablons. Dominique, 50 ans, patiente à la station «Espal-Arche de la nature»: « Je bosse chez des personnes âgées. Aux Sablons, ainsi que près de l'université. Je prends le tramway 5 à 6 fois par jour. Je gagne tellement de temps par rapport au bus. »
Le tramway n'offre pas seulement une économie de temps. Mais aussi d'argent. Gérard, 52 ans, habite dans le quartier Saint-Pavin. Il travaille dans une société d'imprimerie située au bout de la ligne des Sablons. « Je fais quatre voyages par jour. Avant, je venais en voiture. Aujourd'hui, j'ai réduit ma consommation d'essence. J'économise désormais un plein par mois. »
Igor BONNET.
