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La fac en grève balance un cours dans le tram |
Pour protester contre la réforme de l'université, cinq profs ont offert une leçon d'histoire dans le tramway. Thème du jour : l'autonomie de la fac déraille.
En guise de chaire, le marchepied d'un fauteuil orange. Hervé Guillemain, prof d'histoire à l'université du Maine, prend la parole au milieu du brouhaha : « Aujourd'hui, nous proposons que l'université descende dans la ville, emprunte les voies du tram et dise comment, du Moyen-Âge à nos jours, elle a défendu, par de multiples formes de contestation, une véritable autonomie. Bienvenue à l'université ! ». Dans la rame bondée, une bonne cinquantaine d'étudiants applaudissent.
Cours sauvage
Il est 14h, mercredi. Cinq enseignants-chercheurs, maîtres de conférence en histoire, entament un « cours sauvage » dans le tram. Dans l'amphi sur rails, des mordus d'histoire et de géographie, comme Florian ou Hélène, brassard blanc « en grève » noué autour du bras. Mais aussi de jeunes militants venus de biologie, comme Mathieu et Guillaume : « Ça change du blocage, c'est une mobilisation différente, pour montrer qu'on peut faire des trucs intelligents, qui peuvent intéresser tout le monde. »
« Direction Antarès », égrène la voix enregistrée. Le voyage à travers le temps et la ville démarre avec une plongée au Moyen-Âge, où l'on apprend que, déjà, des étudiants « semaient le trouble ». Le prof évoque la menace d'étudiants, plutôt riches à l'époque, appelant à une grève de six ans : « Une catastrophe économique. »
Place de la Rep' s'engouffre une vague de nouveaux passagers, surpris, puis vite indifférents au récit du tribun mobile. Précisant que les enseignants ont parfois été « inamovibles, sauf faute lourde », un des profs contestataires souligne qu'au XIXesiècle, ces intellectuels ont contré le pouvoir : « Dans l'empire austro-hongrois et en Russie, histoire et philosophie sont interdites, car considérées comme subversives. » En France, l'Empire contrôle le recrutement des universitaires. Et leurs opinions. Dans la rame, des blagues fusent sur « Sarko-Napoléon ».
Au terminus, changement de salle, tout le monde passe sur le quai d'en face. Les troupes ont fondu. En tram, facile de sécher le cours... C'est le temps du retour. Vers la fac. Et Mai 68, où certains contestataires posaient notamment cette question : « Pourquoi des professeurs ? »
Jérôme LOURDAIS.
Contrôleurs. Peu avant 14h, un bataillon de contrôleurs de la Setram s'est pointé à la station Campus-Ribay. Devant la menace, tous les étudiants ont ostensiblement sorti un ticket. Les contrôleurs ne sont pas montés.
