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Voivres. Un film pour faire entendre le silence de l’inceste... |
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Des intervenants des milieux sociaux, éducatifs et judiciaires vont répondre aux questions du public. © Ouest-France
Victor Augusto a subi des violences sexuelles durant son enfance. Il les a tues durant 40 ans, avant d’en écrire un livre puis réalisé un film, « 40 ans de silence ». La première projection, suivie d’un débat, s’est tenue le 13 octobre 2023, à Voivres (Sarthe).
La salle polyvalente de Voivre (Sarthe) accueillait environ 120 personnes, vendredi 13 octobre 2023, pour la projection de 40 ans de silence. Victor Augusto habite la commune et y a tourné son film ( Ouest-France du 30 septembre). Son film, son histoire, a pour but d’être présenté dans les collèges et lycées pour prévenir de ces maltraitances
, raconte-t-il.
C’est une étape importante. J’ai eu le déclic en voyant le film L’emprise (2015) qui m’a beaucoup bouleversé. Il fallait me libérer l’esprit, aller droit au but. J’ai réussi à faire lire ce livre à ma femme, à mes enfants ce qui m’a apporté encore plus de libération et de vivre. Je n’ai jamais porté plainte, mon bourreau est décédé. Passer pour une victime alors qu’il est décédé n’a plus aucun intérêt pour moi.
Alors comment peut-on vivre ? Je ne sais pas, j’ai failli mettre fin à ma vie à trois reprises. Je dis que ce sont mes rêves d’enfants qui m’ont fait tenir. Je ne vois pas autre chose.
Recueillir la parole des enfants et les protéger
Plusieurs intervenants ont répondu aux questions : Sébastien Colombet, juge d’instruction, le major Butet, de la gendarmerie de La Suze, Lucy Avry, assistante de service social, Élise Blondeau psychologue, Clément Jamois responsable d’unité éducative, Soazic Guelou éducatrice.
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On considère qu’une personne sur sept à dix subit des atteintes sexuelles et elles ne portent pas toute plainte, détaille Sébastien Colombet. Cela nécessite du courage, car sa vie est pourrie et on n’oublie jamais. Déposer plainte est un moyen de voir sa parole reconnue, de se faire reconnaître comme victime. C’est un cap.
La prescription intervient 20 ans après la majorité.
Pour la psychologue Élise Blondeau, le film montre bien le processus d’emprise insidieuse, la déshumanisation, le contexte familial difficile, la protection, le chantage, l’objet qu’est devenu l’enfant ».
Les professionnels insistent sur la parole difficile si l’auteur est dans l’entourage familial ».
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La vigilance et les signes non verbaux sont importants. Nous recueillons les paroles des enfants sans les parents et tout est filmé »,
précise le major Butet. Et parfois, pour le protéger, « il faut enlever l’enfant de son milieu », explique Lucy Avry.
Clément Jamois complète : Nous travaillons aussi avec les agresseurs.
Cela a interpellé dans le public, qui s’est offusqué pour certains. Sans oublier le sentiment de culpabilité de la victime vis-à-vis de sa famille.