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Les effets secondaires après la troisième dose de vaccin sont-ils plus importants ?... |
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Une femme reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19 au centre de vaccination de Chantepie, à Rennes, le 8 décembre 2021. © Martin ROCHE / OUEST-FRANCE
La campagne de rappel vaccinal s’accélère en France pour contrer la cinquième vague de Covid-19. Alors que les Français sont appelés à se faire administrer une troisième dose ou une dose de rappel, doivent-ils craindre davantage d’effets secondaires ? Décryptage.
Afin de freiner la cinquième vague de Covid-19, la stratégie de vaccination s’est accélérée en France. Depuis le 27 novembre 2021, toutes les personnes de 18 ans et plus peuvent effectuer leur rappel vaccinal dès 5 mois après leur dernière injection de vaccin ou infection au Covid.
Fièvre, gros coup de fatigue, maux de tête, douleurs musculaires… Certains patients rapportent avoir davantage ressenti les effets du vaccin pour la 3e dose. S’agit-il d’expériences personnelles ou les effets de la troisième dose sont-ils vraiment plus importants que les précédentes doses ?
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« Ce n’est pas du tout ce qu’on constate sur le terrain », explique Dr Muriel Alvarez, infectiologue en charge de la cellule de crise Covid au CHU de Toulouse. « On ne trouve pas d’effets secondaires autres que ce qui avait déjà été constaté lors de l’administration des premières et secondes doses. Les effets secondaires principaux qui sont rencontrés sont mineurs, dits immunogènes, c’est-à-dire liés à notre réaction face au vaccin : de la fièvre, des courbatures, des céphalées – comme si on était un peu malade en fait — et qui disparaissent 24 heures plus tard, voire quelques jours après », ajoute-t-elle.
Des effets indésirables similaires
En France, comme en Europe, la dose de rappel doit se faire avec un vaccin à ARNm, c’est-à-dire le vaccin Pfizer-BioNTech (Comirnaty) ou Moderna (Spikevax) pour les personnes de 30 ans et plus. Et ce, quel que soit le vaccin utilisé dans le cadre du premier schéma vaccinal.
Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), les effets indésirables fréquents de ces vaccins sont généralement d’intensité légère ou modérée et disparaissent en quelques jours après la vaccination. En plus d’une douleur au bras, l’agence de médicaments liste des cas de fatigue, céphalées, arthralgies, fièvre, myalgies, frissons, diarrhée, vomissements…
L’ANSM observe pour les deux vaccins que ces réactions systémiques sont plus fréquemment rapportées lors de l’administration de la 2e dose par rapport à la 1re dose. Le fait que la deuxième dose permet d’amplifier et consolider la réponse immunitaire peut expliquer une possible plus forte réaction.
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Selon l’infectiologue Muriel Alvarez, la campagne de rappel vaccinale en France qui en est encore à ses débuts, ne permet pas d’affirmer que les effets liés à la 3e dose sont plus fréquents.
Dans son dernier avis sur le suivi des effets indésirables des vaccins contre le Covid-19, l’ANSM constate simplement que pour Pfizer « aucun signal spécifique n’a été identifié chez les personnes ayant eu une dose de rappel. Le profil des effets indésirables rapportés est similaire à celui rapporté dans une population comparable vue en début de la campagne de vaccination. » De même que pour Moderna : « Les effets indésirables rapportés sont similaires à ceux de la primo-vaccination. Aucun signal spécifique n’a été identifié concernant les doses de rappel et les troisièmes doses. »
Effet boost
Le Dr Muriel Alvarez rappelle par ailleurs que la dose de rappel a justement pour objectif de booster l’immunité étant donné que le taux d’anticorps diminue avec le temps. « Comme c’est la troisième stimulation de l’immunité, l’immunité est effectivement très stimulée par cette troisième dose, ce qui est très bénéfique parce que ça veut dire qu’on va fabriquer beaucoup d’anticorps ».
Si les effets réactogènes dépendent des personnes, l’infectiologue explique que théoriquement ou scientifiquement « il est plus logique que les gens plus jeunes réagissent plus que les gens plus âgés, pour qui, avec l’immunosénescence (vieillissement du système immunitaire), l’immunité fonctionne moins bien. Les avantages c’est qu’on réagit moins au vaccin, mais ça a des inconvénients parce qu’on fait moins d’anticorps ».
Les effets indésirables seraient-ils alors bon signe ? « Quand on a des effets réactogènes, on peut estimer que notre corps a bien subi une stimulation immunologique, car la vaccination est bien de faire croire à notre organisme qu’on est attaqué. Mais, a contrario, ce n’est pas parce qu’on a eu aucun signe que ça n’a pas été le cas », ajoute-t-elle.
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L’infectiologue rappelle enfin une règle générale à prendre en compte. « Ce qui est recommandé pour ce vaccin, comme pour tous les vaccins, c’est qu’il ne faut pas se faire vacciner quand on a une maladie infectieuse en cours. Si vous êtes un peu enrhumé, un peu malade, fiévreux… Il vaut mieux attendre d’être en forme avant de bénéficier d’une vaccination ».
Ce que des études montrent
Aux États-Unis, où la campagne de rappel vaccinal a commencé plus tôt, les effets secondaires observés après une dose de rappel des vaccins anti-Covid de Pfizer et Moderna sont largement « similaires » à ceux expérimentés après la deuxième, selon une étude publiée en septembre par les autorités sanitaires américaines.
Ces données ont été rassemblées auprès de 20 000 personnes, non représentatives de la population américaine, s’étant inscrites sur une application (v-safe), et ayant rempli volontairement un questionnaire après leurs injections.
L’étude montre que « les doses de rappel sont pour le moment bien tolérées », avait déclaré Rochelle Walensky, directrice des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). « La fréquence et le type d’effets secondaires étaient similaires à ceux observés après les deuxièmes doses de vaccins, et ils étaient la plupart du temps légers ou modérés, et de courte durée ».
Parmi les personnes ayant complété ce questionnaire après chacune des trois doses, environ 79 % d’entre elles ont signalé une réaction localisée après la troisième injection (douleur à l’endroit de la piqûre…), contre 78 % après la deuxième dose. Et 74 % ont rapporté une réaction affectant la totalité de l’organisme (fatigue, fièvre, maux de tête, nausées…), contre 77 % après la deuxième dose. Celle-ci semble donc moins fréquente.
En Israël, où la campagne de rappel a débuté dès juillet, une étude relayée par Reuters a également étudié la fréquence des effets secondaires après une troisième dose du vaccin Pfizer en particulier. Les données rapportent que 88 % des personnes qui ont reçu une troisième dose de ce vaccin ont « ressenti des effets secondaires similaires ou moindres qu’après avoir reçu la deuxième injection ». Environ un tiers des vaccinés ont ressenti un effet secondaire, principalement une douleur au bras. Moins d’un demi-pourcent a exprimé des douleurs respiratoires.
Quoi qu’il en soit en France, pour l’infectiologue Muriel Alvarez, malgré les effets secondaires désagréables qui peuvent accompagner une dose de rappel, une seule chose compte selon elle : l’efficacité des vaccins. « Vaccinez-vous, vaccinez-vous, vaccinez-vous », insiste-t-elle.