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Université du Maine : R. El Guerjouma président... |
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Rachid El Guerjouma accède à 52 ans, à la présidence de l'université du Maine.
Pendant quatre ans, cet acousticien a été vice-président du conseil d'administration de l'université. Seul candidat, il a été élu mercredi avec 18 voix. Il prendra ses fonctions le 1er juillet.
Portrait
Sur le marché où il fait, en habitué, ses courses du samedi matin, le marchand d'agrumes l'interpelle d'un tonitruant « Rachid, t'as oublié tes clémentines ! » Tout à sa conversation avec des amis, des voisins, Rachid El Guerjouma en a oublié ses achats.
À l'hiver 2009, au plus fort du mouvement contre la loi sur l'autonomie des universités (LRU), les étudiants contestataires avaient rebaptisé leur QG, « Amphi Rachid ». Un clin d'oeil à celui qui était vice-président du conseil d'administration, « mais qui soutenait notre mouvement », se souvient Benjamin Sainty, militant à l'Unef.
Même investi du mandat de président de l'université du Maine (10 000 étudiants, 1 000 salariés), Rachid El Guerjouma ne devrait pas beaucoup changer. « Je suis un homme normal », sourit ce docteur en mécanique physique, qui ne cache pas ses sympathies à gauche et milite toujours au Snesup (syndicat de l'enseignement supérieur affilié à la FSU).
L'acoustique... par hasard
Pas du genre, par exemple, à se mettre à porter cravate, lui, qui, été comme hiver, garde toujours la fenêtre de son bureau ouverte. « Je ne supporte pas la chaleur ! » rigole celui qui est né au Maroc il y a 52 ans. Son père, comptable, l'aurait aimé médecin. « Pas envisageable. Je ne peux même pas assister à la mort d'un poulet ! » Mais il se battra pour que se développe la fac de médecine au Mans.
Adolescent, il se voyait déjà dans la recherche universitaire. Après ses études au lycée français de Casablanca, il débarque à 18 ans, à l'université de Bordeaux. Il y fera de la mécanique, plutôt tourné vers la thermique. Jusqu'à ce qu'un prof le pousse à choisir l'acoustique, comme sujet de thèse. Depuis, il en a fait sa spécialité. Dans un domaine pointu : les ultrasons.
« Attention, je ne suis pas l'homme qui parle à l'oreille des chauves-souris ! » plaisante-t-il. Pour expliquer son champ de recherche, il le compare à l'échographie médicale, où l'objectif est de détecter une anomalie, une tumeur. « Moi, je fais la même chose, mais sur des ailes d'avion. C'est ce qu'on appelle le contrôle non-destructif. »
Malher et Zebda
C'est comme cela qu'il a débarqué au Mans, en 2004, après un passage à Lyon. Il y a, dit-il, « gagné en qualité de vie ». Il aime la ville, « les rillettes arrosées de Jasnières » et les matches de foot. Les médiocres résultats du Mans FC le peinent sincèrement.
Comme tout acousticien, il « doit jouer de la musique ». Il a opté pour les percussions, « plus faciles ». Mais a fortement incité sa fille à se mettre... au violon. Côté musique, il avoue une préférence pour les musiques sacrées, les symphonies de Malher et le jazz de Portal et Lubat. « Évidemment », il aime les Beatles, Ferré, Brassens. Et Noir Désir. Il y a quelques jours, il était dans le public de Zebda, avec sa femme et sa fille. Au milieu de beaucoup d'étudiants.
Ses étudiants justement, il veut « garder le contact avec eux » et avec mes collègues chercheurs. C'est pour cela que le futur président continuera à enseigner et poursuivra, « à petites doses », ses activités de chercheurs.
Si Rachid El Guerjouma déteste par-dessus tout, « toutes les injustices », il aime passionnément le débat d'idées, la discussion. La porte de son bureau, très encombré, est toujours ouverte. « Elle le restera », promet celui qui met « le dialogue et l'écoute » au premier rang des qualités d'un président.
L'envers de la médaille ? Il a du mal à être à l'heure aux rendez-vous, oublie de rappeler et répond à ses mails à... 2 h du matin. Avec les clés de l'université, il va aussi « hériter » le 1er juillet, d'une secrétaire. Ce qui devrait lui simplifier la vie. Il promet aussi de s'appuyer pleinement sur l'équipe qu'il va constituer d'ici le mois de juillet.