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Sarthe. « Tous les Fléchois sont amoureux » du théâtre de La Halle-au-blé... |
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Thomas Brochard, guide conférencier, au théâtre de La Halle-au-blé, à La Flèche (Sarthe). © Guillaume SALIGOT, OUEST-FRANCE
Quatrième volet de notre série sur les lieux culturels emblématiques, avec le théâtre de La Halle-au-blé, dans la Sarthe. Un site patrimonial exceptionnel, qui est avant tout un lieu de spectacles.
Quand ils entrent, les gens font
Aaahh… »
, sourit Philippe Bilheur, comédien et metteur en scène. Ils ont un choc, ils ne s’attendent pas à une telle salle
, renchérit Monique Massé, adjointe au maire à la restauration, en charge du patrimoine, à La Flèche, de 1989 à 2001.
De cette ville de 15 000 habitants, dans la Sarthe, on connaît généralement le zoo. Mais la commune vaut aussi le détour pour son théâtre de La Halle-au-blé. Un splendide théâtre à l’italienne, l’un des plus petits de France : 135 fauteuils dans un hémicycle surplombé de deux balcons, une scène de 50m² logée entre trois murs, une minuscule loge accessible en empruntant un escalier.
Parée de vert sous une coupole figurant un ciel aéré, la salle arbore un charme désuet, imprégné de l’âme des artistes et des spectateurs qui l’ont fréquentée au fil des siècles. Restaurée entre 1997 et 1999, à une époque où la France ne comptait plus que sept théâtres à l’italienne, La Halle-au-blé fait la fierté des Fléchois. On la surnomme La Bonbonnière pour sa forme très arrondie, très resserrée, qui rappelle les anciennes boîtes à bonbons. C’est une ambiance intime
, explique Thomas Brochard, guide conférencier indépendant depuis 2006 (1).

Thomas Brochard, guide conférencier, au théâtre de La Halle-au-blé, à La Flèche (Sarthe). Guillaume SALIGOT, OUEST-FRANCE
« Les artistes adorent »
Car le théâtre de la Halle-au-blé est bien plus qu’un site patrimonial. C’est avant tout une salle de spectacles qui reçoit du beau monde. On a reçu l’auteur-compositeur Christophe Miossec, l’acteur Jacques Bonnaffé, détaille Richard Le Normand, directeur de la culture de La Flèche. On va recevoir l’artiste Kepa ou encore une cantatrice de l’opéra de Paris, Marie-Bénédicte Souquet. Et on donne carte blanche tous les ans, avec l’Europajazz, à des artistes célèbres.
Cette année, c’est Laurent Dehors, clarinettiste et saxophoniste, qui fera vibrer cet écrin. Les artistes adorent ce lieu, magique et très singulier », reprend le responsable culturel.

Richard Le Normand, directeur de la culture de La Flèche. Guillaume SALIGOT, OUEST-FRANCE
Au Moyen Âge, le site accueille des halles, d’abord en bois, puis à partir du XVIIIe siècle, en pierres. Le bâtiment avec l’hôtel de ville à l’étage connaîtra plusieurs restructurations. Le 8 octobre 1839, le théâtre de La Flèche, reconstruit à neuf dans l’une des ailes, donne sa première représentation devant 400 spectateurs qui s’entassent sur des banquettes. La légende veut que la célèbre Sarah Bernardt se soit en personne produite sur cette scène, mais en fait, l’actrice n’accompagnait pas sa troupe lors de cette représentation.
« Ça mangeait, ça parlait »
À l’époque, on venait au théâtre pour passer des soirées à n’en plus finir, avec entracte. Les vaudevilles étaient un énorme succès, raconte Thomas Brochard. On descendait le lustre pour l’allumer au bec de gaz et on ne l’éteignait pas de la soirée. Ça parlait, ça mangeait, ça fumait, les gens balançaient des boulettes de papier… Le spectacle était autant dans la salle que sur scène. Et on venait aussi pour observer les belles robes. Il n’y avait pas d’autre distraction.

Thomas Brochard, guide conférencier, sur la scène du théâtre. Guillaume SALIGOT, OUEST-FRANCE
L’arrivée du cinéma, au début du XXe siècle, marque un tournant et, en 1947, le théâtre, vétuste et délaissé, baisse le rideau. Il ne le relèvera qu’un demi-siècle plus tard. Le bâtiment, inscrit en 1987 à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, doit sa résurrection à un Fléchois, André Codron, et à l’association du Petit-Théâtre. À l’époque, beaucoup d’habitants ignoraient qu’il y avait un théâtre. C’était en ruines
, relate Monique Massé. L’architecte scénographe Igor Hilbert se voit confier le chantier et restaure le théâtre à l’identique de 1839, sinon au moins de manière authentique. Les fauteuils et les papiers peints retrouvent leur teinte bleu vert, typique de la première moitié du XIXe siècle. Et un lustre de cristal de 350 kg, fabriqué en Égypte selon le procédé de l’époque, surplombe les spectateurs.

Le théâtre de La Halle-au-blé, à l’époque. Jean-Claude Launey
Quant à la régie son et lumière, elle a trouvé sa place dans l’une des loges. La gageure était de ne pas faire un monument historique, mais un théâtre. On a fait le maximum pour ne pas le défigurer. Les comédiens et les troupes ont souvent des besoins logistiques longs comme le bras, mais quand le site leur plaît, ils s’adaptent. Ici, le son est excellent
, se félicite Monique Massé. C’est un lieu habité par tous ceux qui ont joué ici, où spectateurs et comédiens ressentent de vraies sensations
, souligne le comédien fléchois Philippe Bilheur.
Le 22 août, le théâtre fermera (temporairement) ses portes, pour accueillir le tournage du film Un cœur en abîme avec Mélanie Thierry et Louise Bourgoin.
(1) Visites tous les mercredis et dimanches à 18 h, jusqu’au 22 août. Tél. : 06 72 83 52 00.